Un projet inquiétant pour la biodiversité

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La chronique Écologie

mardi 7 mai à 7h20

Durée émission : 3 min

La chronique Écologie

Johannes Herrmann s'inquiète d'une disposition qui pourrait mettre en danger les écosystèmes français, en pleine crise climatique.

Alors que le GIEC de la biodiversité se présente à Paris avec un rapport catastrophique, il circule dans les milieux gouvernementaux un projet inquiétant.

Ce projet concerne les prérogatives du CNPN, le Conseil national de la protection de la nature. C’est un groupe d’experts qui se prononce sur les demandes de dérogation à la loi sur les espèces protégées. Chaque fois qu’un projet comme une autoroute, l’extension d’une carrière, une zone commerciale etc est initié, comme il va nécessairement avoir un impact sur des espèces protégées, animales ou végétales, et sur leur milieu de vie, pour respecter la loi, le porteur doit dire ce qu’il va faire pour réduire ou éviter cet impact. Si ce n’est pas assez, le CNPN peut retoquer le projet. Des élus planchent sur un transfert de cette compétence aux « CNPN régionaux », qui sont déjà en manque de moyens. L’idée affichée est de dégager la route aux projets à fort impact sur la vie sauvage, au moment même où on apprend qu’elle est en plein effondrement. Certains disent qu’à cause des espèces protégées, on ne peut plus rien construire. Le rythme de l’urbanisation en France est passé de la surface d’un département tous les 10 ans, en 2003, à un tous les 7 ans. L’immense majorité des projets à fort impact est réalisé avec des compensations écologiques peu efficaces. Quelques pour cent sont retoqués. Depuis 1976, date de la loi sur les espèces protégées, on a perdu la moitié des animaux sauvages ! Donc cette loi n’entrave rien du tout, on bétonne à tout va et on constate une biodiversité en miettes. Avec ce projet, on voit là que nos sociétés et nos décideurs appliquent toujours le même vieux logiciel qui dit que la nature, ce n’est pas ce qui nous fait vivre, c’est un ennemi ou un obstacle, et que plus on la détruit, plus on se développe. Et cette attitude est générale à quasiment tous les partis. Malgré les alertes le changement n’arrive pas.
 

Comment expliquer que ces schémas se maintiennent s’ils sont périmés ?

Ce sont des schémas ancestraux qui remontent au temps où l’homme avec sa petite hache essayait de se faire une place. Seulement les bulldozers ont remplacé les haches mais les têtes n’ont pas changé. D’autre part, tout un faisceau de raisons court-termistes poussent à bétonner plutôt qu’à respecter les arbres ou les zones humides. Le développement permis par la nature, les fameux services écosystémiques, c’est abstrait, c’est peu visible. Les conserver, ça ne se met pas au bilan d’un mandat. Pourtant, sans eux, tout notre développement, c’est préparer le repas pour un cadavre. Ce n’est pas une image. La FAO estime qu’il y a un risque pour les décennies à venir d’un effondrement de la production agricole à cause de l’effondrement des écosystèmes. Aujourd’hui, le vrai progrès, ce n’est pas éliminer la nature, c’est en prendre soin. Ce virage n’est toujours pas pris. Il faut faire très vite cette révolution dans nos têtes.

Vous pouvez retrouver ici le lien vers la consultation relative à ce projet.

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Le présentateur

Johannes Herrmann

ornithologue, auteur avec Mahaut Hermann de La Vie Oubliée Crise d’extinction Agir avant que tout s’effondre Edition Première partie Membre de la rédaction de la revue Limite http://revuelimite.fr/ sur Twitter : @Taigasangare