Une saison en France

Présentée par

S'abonner à l'émission

La chronique Cinéma

mercredi 31 janvier à 8h52

Durée émission : 3 min

Une saison en France

© Ad Vitam 2017

Mahamat-Saleh Haroun nous donne un regard de l'intérieur sur les migrants arrivés en France, et sur la souffrance créée par l'attente des papiers. Cette saison en France sera l'hiver.

Voir la bande annonce du film

France, 2017, 1h37.
avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Bibi Tanga.
Sortie en France 31 janvier 2018

Professeur de français, Abbas a fui la Centrafrique au moment de la guerre, il a perdu sa femme et est arrivé en France avec ses deux enfants. En attendant sa régularisation, il a trouvé un petit boulot, tout comme son ami Etienne. Le film les suit pendant les quelques mois d'hiver où, grâce à l’accueil de quelques uns, ils s'installent dans le provisoire.

Mahamat-Saleh Haroun est un réalisateur tchadien. Lui aussi vient d'un pays politiquement instable et trop souvent en état de guerre civile. On peut dire qu'il est un migrant lui aussi, même si son statut de cinéaste reconnu internationalement lui permet d'exercer pleinement son métier. Pour le premier film qu'il tourne en France, il parle non pas des dangers du voyage accompli par les migrants mais de cette longue incertitude qui les emprisonnent en attendant une éventuelle régularisation administrative.

Alors cette saison en France sera l'hiver. Pour Abbas et Etienne, autrefois enseignants, il faut accepter un travail peu reluisant socialement, dormir chez des amis d'amis, dans des foyers ou des cabanes dans les friches urbaines. Il faut ravaler sa fierté, se faire discret et même irréprochable pour ne pas risquer l’expulsion. Comment alors garder sa dignité, et même sa virilité d'homme ? Comment nouer une vraie relation quand on se sent constamment sur le qui vive ? C'est cette souffrance qui est au cœur du film.

Une Saison en France est portée par les deux acteurs principaux, l'excellent Eriq Ebouaney dont le corps massif laisse transpirer le chagrin d'avoir perdu sa femme et la peur de ne pas savoir reconstruire une autre vie, et Sandrine Bonnaire dans le rôle de Carole, la compagne d'Abbas, au sourire éclatant et dont la générosité naturelle traverse le film. A leurs côtés, c'est le musicien Bibi Tanga qui interprète Etienne, le compatriote et ami d'Abbas, un compagnonnage intellectuel qui ne s'embarrasse pas de leurs différences ethniques ou religieuses.

Au cœur du film, une très jolie scène pour l'anniversaire de Carole : un long plan où la caméra surplombe légèrement la table de fête La flamme vacillante des bougies allumées fait écho à aux lumières de la ville aperçues à travers la grande baie vitrée, les yeux brillants des enfants, la chaleur de la pièce qui est celle de ce repas partagé et joyeux, parfait et fragile comme tous les moments de pur bonheur. Et puis, parce qu'on n'est pas dans un conte de fées, lorsque la menace d’expulsion devient certaine, la scène finale où Carole, éperdue, fait face au vide de la jungle de Calais, ''nettoyée'' de ses occupants, un silence où ne brille plus aucune lumière.

Si le film est parfois maladroit et a quelques faiblesses dans la mise en scène, il est pourtant indispensable pour parler de ces temps ''morts'' où l'incertitude ronge les hommes, les empêchant de se construire matériellement et affectivement. Mahamat-Saleh Haroun nous donne un regard de l'intérieur sur les migrants venus du centre de l'Afrique, sur la souffrance de ceux qui attendent, ceux qui doivent voyager léger sans pouvoir s'attacher car ils savent qu'ils seront, encore une fois, chassés.

 

Les dernières émissions

L'émission

Tous les mercredis à 08h52

Le mercredi c'est le jour où sortent les nouveaux films au cinéma. C'est aussi le jour où écouter la chronique Cinéma de Magali Van Reeth !

Le présentateur

Magali Van Reeth

Magali Van Reeth est journaliste spécialiste du cinéma. Depuis 2006, elle est la secrétaire générale de SIGNIS-France.