Vers la réforme SNCF

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La chronique Économie

jeudi 1 mars à 7h12

Durée émission : 3 min

La chronique Économie

​Les syndicats ont décidé de donner une chance à la concertation avec le gouvernement sur son projet de réforme de la SNCF.

Le front syndical a été uni, ce qui est assez rare pour être signalé. Les syndicats ont indiqué que si le projet est maintenu en l’état, le 14 mars, lors de la présentation du projet de loi, ils appelleront à la grève. Ils attendent un recul sur les principaux points de la réforme : fin du statut de cheminot pour les nouveaux embauchés, transformation de la SNCF en société anonyme et ouverture du secteur à la concurrence. Peu de chance d’avoir gain de cause.

Pas sûr pour autant que l'on aille vers des grandes grèves, comme en 1995. En 1995, le plan Juppé était très ambitieux. Ni plus ni moins que mettre fin aux régimes spéciaux de retraite des fonctionnaires et des entreprises publiques : SNCF, mais aussi RATP et EDF. Cette fois, le gouvernement n’a pas voulu ouvrir plusieurs fronts : D’abord les agents actuels de la SNCF garderont leur statut de cheminot, seuls les nouveaux embauchés n’y auront pas droit. Et les retraites des cheminots ne seront pas concernées par le nouveau « pacte ferroviaire ». Ensuite, Edouard Philippe, le premier ministre a cherché à ménager les élus locaux en renonçant à fermer des petites lignes comme le préconisait le rapport Spinetta.

Le contexte est lui aussi différent. L’image de la SNCF est abimée par des incidents à répétition, des retards et une politique tarifaire incompréhensible. Et la rhétorique d’Emmanuel Macron au salon de l’agriculture, comparant d’un côté des agriculteurs, « qui n'ont pas de retraite », à des cheminots « dont on ne pourrait pas changer le statut », semble porter : 69% des Français sont favorables à la disparition du statut.

Et la CGT n’est plus ce qu’elle était. Elle est désormais le deuxième syndicat de France et a beaucoup de problèmes internes. Surtout, le service minimum, qui oblige les cheminots souhaitant cesser le travail à se déclarer 48 heures en amont, atténue désormais la portée d’une grève. Et comme la SNCF exclue depuis plusieurs années de payer les jours de grève, il y a désormais de quoi hésiter à se lancer dans un long conflit.

Ce n'est quand même pas encore gagné pour Emmanuel Macron et Edouard Philippe. En 1995, le plan Juppé avait provoqué une standing ovation à l’assemblée et obtenu le soutien de la CFDT et d’une partie du PS. Puis l’opinion publique avait basculé en faveur des grévistes, malgré les blocages. Cette fois, il y a un risque du côté des fonctionnaires, qui peuvent craindre eux aussi la remise en cause de leur statut dans la réforme de l’Etat que prépare le gouvernement. Ils manifesteront le 22 mars. Et puis, il y a la perspective de la réforme générale des retraites en 2019, avec la fin des régimes spéciaux, cheminots compris.

Les prochaines semaines seront donc cruciales. S’il gagne ses galons de « réformateur d’une France bloquée » dans le bras de fer qui s’engage, Emmanuel Macron, aura les mains libres. S’il échoue….

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Avec Vincent de Féligonde, l'actualité économique expliquée chaque jeudi.

Le présentateur

Vincent de Féligonde

Chef du service Économique et social au journal La Croix.