Vers un retour du vote par correspondance en France?

Présentée par PR-24940

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L'actualité politique

mercredi 18 novembre 2020 à 7h20

Durée émission : 3 min

Vers un retour du vote par correspondance en France?

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Supprimé en 1975, le vote par correspondance fait l'objet d'une réflexion dans la perspective des élections régionales, potentiellement décalées en juin 2021.

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Le Covid-19 a eu un effet surpuissant sur les élections américaines. Par peur de la maladie, la plupart des États ont encouragé le vote par anticipation, le "early vote". Le jour du scrutin, plus de 100 millions d’Américains avaient déjà voté en avance, dont 64 millions par voie postale, alors qu’il n’y avait eu "que" 33 millions de votes par correspondance pour le match Trump-Clinton, en 2016. Cette année, 164 millions de suffrages ont été exprimés, dont 78 millions pour Joe Biden et 73 millions pour Donald Trump. Un record absolu. Jamais aucun candidat à la Maison Blanche n’avait eu autant de voix. Le taux de participation final frise les 67%, un niveau de mobilisation qu’on n’avait plus vu de puis l’année 1900 et le XIXe siècle dans ce pays.

Un vote par anticipation en France ?

Et comment ! Ces chiffres vertigineux ont tapé dans l’œil d’une partie de notre classe politique nationale, qui cherche un moyen de ramener les citoyens aux urnes. Nos municipales ont été marquée par une très forte abstention, et les départementales et les régionales de 2021 pourraient être encore en-deçà.

Jean-Louis Debré, l’ancien président du Conseil constitutionnel a été missionné par le premier ministre pour étudier la question. Il a remis son rapport à Jean Castex vendredi. Jean-Louis Debré y suggère de décaler le scrutin au mois de juin, pour que les candidats puissent faire campagne dans de bonnes conditions, mais il recommande aussi d’"envisager le développement du vote par correspondance ou par internet" en France.
 
Cela existe déjà pour élire les députés des Français de l’étranger, ça coûte cher et c’est compliqué, mais ça marche. Le rapport Debré souligne que les Anglais, les Allemands et les Suisses utilisent aussi la voie postale, sans difficultés particulières. Les votes envoyés par courrier représentent même 90% des suffrages exprimés en Suisse.

L’idée intéresse l’Elysée mais elle tracasse Matignon. Gérald Darmanin s’est fendu d’une lettre ouverte, dimanche, pour dire que "le ministère de l’Intérieur ne sera pas prêt" pour le printemps prochain et que "le risque de fraude est trop important". C’est ce même argument - la fraude - qui avait convaincu la France d’abandonner le vote par correspondance en 1975. 

Il faudrait un peu de temps pour mettre sur pied un système qui ne donnerait pas lieu à contestation des résultats, comme on peut le voir en ce moment aux États-Unis. Le Modem est très pour. En Marche n’est pas contre, mais pas pour les prochaines élections. La France Insoumise et le Rassemblement national ne veulent pas en entendre parler. Et beaucoup d’élus, toutes familles confondues, ont des avis partagés sur la question, notamment par peur de pressions sur les votants, une question qui ne se pose pas quand vous êtes seul dans l’isoloir.

L'avis des Français

Les Français sont plutôt favorables à un retour du vote par voie postale. Ils sont pour à 57% d’après un sondage de l’Ifop, réalisé à la demande du groupe Union centriste, au Sénat. C’est la majorité, mais c’est un petit "oui". Seules 9% des personnes interrogées par l’Ifop considèrent le retour du vote par correspondance comme la mesure "la plus efficace" pour convaincre les gens de voter. La prise en compte du vote blanc a bien meilleure cote : 81% des sondés y sont favorables, et 33% pensent que cette mesure-là serait la plus efficace. C’est bien plus que pour le vote par correspondance et c’est inquiétant.

33% des Français font de la reconnaissance du vote blanc une priorité, c’est beaucoup. Ça veut dire qu’un électeur sur trois pense que les gens voteraient plus si on leur donnait le moyen d’afficher qu’ils ne veulent d’aucun des candidats qui se présentent. Un tiers des citoyens qui n’ont plus ni confiance, ni espoir dans la politique et les élus, c’est quand même un méchant symptôme, non ? La défiance est là, ce qui fait de notre démocratie un patient en bien mauvais état. Et ce n’est pas que du Covid qu’il est malade…

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Le présentateur

Stéphane Vernay

Stéphane Vernay est journaliste, rédacteur en chef délégué et directeur de la rédaction de Ouest France de Paris.