Voile et école, décidément, le courant ne passe pas

Présentée par

L'édito d'Isabelle de Gaulmyn

lundi 14 octobre à 7h55

Durée émission : 3 min

Voile et école, décidément, le courant ne passe pas

Coucou, le revoilà ! Qui ? Eh bien le voile !

Une proposition de loi pour imposer la neutralité religieuse aux parents d’élèves accompagnateurs, c’est-à-dire l’interdiction du voile pour les mamans, sera examinée en séance dès la fin du mois d’octobre. L’idée de ce texte, porté au Sénat par Les Républicains est d’empêcher le port de signes religieux ostensibles à toutes les personnes qui concourent au service public, y compris aux parents lors de sorties scolaires.

C’est une longue histoire : au printemps 2019, déjà, le Sénat, dominé par la droite, avait voté un amendement à la loi Blanquer pour interdire de signe religieux ostensible les parents accompagnant une sortie scolaire. Mais cette disposition n’avait pas survécu à l’examen du texte en commission mixte paritaire.

Qu’à cela ne tienne, le groupe LR revient donc à la charge, avec une proposition de loi déposée par la sénatrice du Val-d’Oise, Jacqueline Eustache-Brinio, et qui sera débattue en séance dès le 22 octobre, pour un premier passage dans l’hémicycle le 29 octobre.

Ce texte propose pour cela de modifier le code de l’éducation pour lui faire préciser que : « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics et lors des sorties scolaires organisées par ces établissements, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves ou les personnes concourant au service public de l’éducation manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. » Je ne minore pas le problème actuel du communautarisme, cependant devant cette initiative, j’aurais trois remarques :

Ma première remarque, c’est de m’interroger s’il n’y a pas plus urgent, pour les parlementaires qui se penchent sur l’éducation nationale, que de savoir si des mamans avec un voile peuvent accompagner ou pas leurs enfants en sortie scolaire. Pourquoi ne pas parler plutôt des moyens, de la violence scolaire, des classes surchargées, des différences de niveau, de formation des enseignants ?

Ma seconde remarque, c’est de se demander s’il faut vraiment considérer les mamans, et les papas (ne les oublions pas !) qui accompagnent comme des « collaborateurs occasionnels du service public ». Si oui, alors de fait, il est logique « que l’interdiction des signes religieux ostentatoires ait vocation à s’y appliquer ». Mais cela veut dire au fond que philosophiquement, l’école ne les accepte, que si ils ne sont plus parents, mais des espèces d’enseignants bis, soumis aux mêmes devoirs de neutralité. L’école refuse de considérer les parents comme des parents, avec leurs opinions propres, le cas échéant. Il me semble qu’il y a là une conception de l’école comme une forteresse contre tout ce qui n’est pas elle. Et que cela nie le rôle des parents à l’école, qui n’ont plus leur place propre, à côté des enseignants : que les enseignants soient neutres, oui. Mais les parents, ne sont-ils pas parents ?

Enfin, troisième remarque, je vois derrière ce débat deux conceptions possibles de la laïcité. Une première conception, c’est la laïcité exclusive. Tout ce qui n’est pas comme nous est interdit. C’est une telle laïcité que défend cette proposition de loi. Les mamans sont différentes, alors elles n’ont pas leur place. La seconde est inclusive : la laïcité doit permettre l’intégration de tous à un projet de société commun. Ne vaut-il pas mieux que les mères voilées participent aux activités de leurs enfants et s’intègrent dans le processus éducatif ? Et sincèrement, comment penser que l’on va encourager un enfant à réussir à l’école, si cette même école est incapable d’accepter sa maman telle qu’elle est ? L'humiliation des parents n'est-elle pas le meilleur moyen de créer le communautarisme ?

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Le présentateur

Isabelle de Gaulmyn

Rédactrice en chef au quotidien La Croix sur Twitter : @idegaulmyn