Contre l'antisémitisme, le dialogue judéo-chrétien

Ce mardi 19 février, des marches contre l'antisémitisme sont organisées un peu partout en France. À cette occasion, RCF vous propose un dossier pour redire l'importance du dialogue judéo-chrétien.

AugmentaTion du nombre d'actes antisémites En France

14 partis politiques appellent à des rassemblements contre l’antisémitisme à Paris et un peu partout en France. L'objectif : dénoncer une résurgence des actes anti-juifs dans l’Hexagone. En moyenne, un tiers des actes racistes commis en France sont dirigés contre une personne de confession juive alors que les juifs représentent moins de 1% de la population française. 

Les actes antisémites ont progressé de 74% en 2018 après avoir reculé en 2017 et 2016. 541 actes ont été recensés en 2018 contre 311 l’année précédente. Et la tendance pour ce début année 2019 est sur la même lancée.
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L'importance du dialogue judéo-chrétien

Pour les chrétiens, comprendre le message de l'Évangile passe par la connaissance des réalités juives. RCF propose chaque semaine "Connaître le judaïsme", une émission qui nous fait entrer dans la richesse de la tradition juive, qui est à la racine du christianisme et de l'islam.
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Connaître le judaïsme, pourquoi c'est essentiel pour un chrétien

Connaître le judaïsme

RCF relance son programme "Connaître le judaïsme". Chaque semaine, Elise Chardonnet vous propose un dialogue avec un fin connaisseur du monde juif.

"On ne peut pas comprendre l’enseignement de Jésus ni celui de ses disciples si on ne l’inscrit pas dans l’horizon juif et dans la tradition vivante d’Israël."* Entre les juifs et les chrétiens, des relations de proximité et en même temps une grande différence. Comme le dit le Père Christian Algoud, ces relations sont "source d'étonnement, de bousculement, voire d'incompréhension". Or il est nécessaire, fondamental, pour un chrétien de connaître le judaïsme.
 

Si on veut comprendre quelque chose au message de l'Évangile, il faut connaître les réalités juives

 

Le judaïsme est-il à la racine du christianisme?

De toute évidence les débuts du christianisme constituent un épisode de l'histoire du judaïsme. Peu à peu la distance s'est creusée jusqu'à donner naissance à deux religions bien distinctes. Dans la lettre aux Romains, saint Paul dit: "Ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte" (Rm 11,18)**.

Pour le Père Algoud, on peut parler de racine du christianisme pour désigner le judaïsme, à condition de préciser de quel judaïsme on parle. Celui des apôtres et du Nouveau Testament, celui de l'époque du Christ, correspond au judaïsme dit de la période du Second Temple.

 



 

comprendre l'Évangile à la lueur de la tradition juive

Pour comprendre l'importance que l'Église accorde au judaïsme dans l'interprétation des textes, on pourra lire le texte émis par la Commission pontificale biblique: "Le peuple juif et ses saintes écritures dans la Bible chrétienne", préfacé par le cardinal Joseph Ratzinger (Benoît XVI).

Si on veut comprendre quelque chose au message de l'Évangile, précise le Père Algoud, il faut connaître les réalités juives. Ainsi, quand on parle du "Fils de l'homme" dans la Bible, cela renvoie "à toute une littérature où le fils de l'homme n'est pas qu'un fils d'homme mais quelqu'un qui nous vient d'en haut".

 

*À l'occasion des 50 ans de la déclaration Nostra ætate la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme a publié en novembre 2015 le texte "Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables".
**Source: AELF

 

 

Pourquoi le peuple juif a dit non à Jésus ? L'importance du dialogue judéo-chrétien

Connaître le judaïsme

Quel sens a le "non" du peuple juif à Jésus? Ce n'est que dans un climat de confiance que juifs et chrétiens pourront dialoguer de ces questions essentielles et grandir chacun dans leur foi.

En 1965 avec Nostra Ætate - texte fondateur voire révolutionnaire pour certains - l'Église affirmait qu'il existe des liens forts entre judaïsme et christianisme. Et surtout, cette déclaration issue du concile Vatican II invitait les théologiens et plus largement l'ensemble des croyants à prendre conscience de l'importance de la connaissance du judaïsme pour comprendre la foi chrétienne. 50 ans après, où en est-on ? "Au tout début de la réflexion", répond Fr Louis-Marie Coudray, o.s.b.. Lui qui a vécu 35 ans en Terre sainte, à l'abbaye Sainte-Marie de la Résurrection d'Abu Gosh (Israël), est aujourd'hui le directeur du Service national pour les relations avec le judaïsme (SNRJ) à la Conférence des évêques de France (CEF). Il nous explique de façon très concrète de quoi est fait le dialogue judéo-chrétien.
 

"Dans des petits groupes où il y a déjà un certain climat de confiance, on peut réfléchir à des questions comme : pourquoi le peuple juif a-t-il dit non à Jésus ?"

 

 

Quelle est la finalité du dialogue judéo-chrétien ?

Le dialogue judéo-chrétien ne peut avoir la même finalité que l'œcuménisme, où on essaie de trouver une déclaration commune entre chrétiens - catholiques, protestants, orthodoxes. Ainsi en 1998, le pape Jean-Paul II et les représentants de la Fédération luthérienne mondiale ont-ils signé une "Déclaration conjointe sur la doctrine de la justification".

Dans le cas du dialogue entre juifs et chrétiens, il peut y avoir un exercice de définition des termes. Donnons-nous le même sens à des termes comme "le peuple de Dieu" ou "l'Alliance" ? On peut aussi interroger le sens de différentes pratiques. "Ensuite, nous dit Fr Louis-Marie Coudray, mais ça n'arrive que dans des petits groupes où il y a déjà un certain climat de confiance", on peut réfléchir ensemble à des questions "plus profondes" encore, plus cruciales...
 

"Dans des petits groupes où il y a déjà un certain climat de confiance, on peut réfléchir à des questions comme : pourquoi le peuple juif a-t-il dit non à Jésus ? C'est aussi une question extrêmement importante pour nous car c'est aussi à partir de cette constatation du 'non' du peuple juif qu'on a élaboré la théologie de la substitution et qu'on a eu tout ce mépris pour le peuple juif.
Et donc de découvrir qu'il y a peut être aussi une valeur positive à ce 'non' du peuple juif : quel sens ça a ? Et de la même façon, quel sens a le fait que, par la prédication chrétienne, une grande partie de l'humanité a découvert le Dieu unique ? Est-ce que, par le biais de l'Église et du peuple chrétien, se réalise la bénédiction faite à Abraham 'En toi seront bénies toutes les familles de la terre' (Gn 12, 3) ?"

Fr Louis-Marie Coudray

 

Trois étapes nécessaires Avant le Dialogue

Se rencontrer, se connaître et établir un climat de confiance. Ce sont les trois étapes nécessaire pour pouvoir dialoguer en vérité et dans le respect de l'autre. C'est d'autant plus important de le rappeler que le mot dialogue est tellement utilisé que l'on en a fait quelque chose de convenu voire de consensuel.

Appliqué aux relations judéo-chrétienne, cela suppose d'oser aller à la rencontre de ses voisins juifs : "On vit souvent côte-à-côte et puis c'est tout." Ensuite se rendre compte par la connaissance de l'autre de tous ces "clichés et a priori" sur lesquels "on fonctionne". À propos de ceux qui nous entourent, "et peut-être encore plus du monde juif car on a une bonne vieille tradition de 2.000 ans !". Et s'il s'agit de connaître le judaïsme, il faut le comprendre "tel qu'il se définit lui-même" , précisent les textes de l'Église. Sans oublier que le monde juif tout autant que le monde chrétien sont pluriels, multiples. Se rencontrer, se connaître pour enfin établir un climat de confiance. "Ce n'est qu'à ce moment que vous pouvez vraiment être dans un dialogue."

 



 

Qu'est-ce que le dialogue ?

Le dialogue, c'est être à l'écoute de l'autre, être dans la capacité de comprendre l'autre, et que l'autre vous comprenne. Le Fr Coudray précise bien : "Ce n'est pas parce que je comprends l'autre que je suis d'accord avec lui et ce n'est pas parce que l'autre me comprend qu'il est d'accord avec moi."

Ainsi, entre juifs et chrétiens, la façon de comprendre un même texte biblique est radicalement différente : "c'est là qu'est l'enrichissement !" Fr Louis-Marie Coudray rappelle d'ailleurs que "même au sein du judaïsme, les interprétations d'un même texte sont complètement différentes". La richesse des Écritures saintes tient notamment à leur "polyphonie de sens".

 



 

Grandir dans la foi : le but du dialogue interreligieux

On comprend mieux dès lors les enjeux du dialogue interreligieux et comment il fait grandir la foi de chacun des interlocuteurs. Évidemment, le dialogue suppose une envie d'aller vers l'autre, un désir de réfléchir sur sa foi et de s'interroger soi-même. "Ça nécessite d'être aussi profondément enraciné dans sa propre foi tout en étant ouvert pour entendre ce qui peut aussi être une remise en question par l'autre. Il faut accepter d'être déstabilisé et de ressortir encore plus fort dans sa foi, que l'on aura étayée, enracinée."

 

AJCF : juifs et chrétiens célèbrent 70 ans de dialogue et d'amitié

Le Temps de le dire

Née après la Seconde Guerre mondiale, l'Amitié judéo-chrétienne de France (AJCF) fête ses 70 ans - 70 ans, le temps qu'il aura fallu pour aller contre 2.000 ans d'anti-judaïsme chrétien.

 "Scrutant le mystère de l’Église, le saint Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament à la lignée d’Abraham.... l’Église ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l’antique Alliance, et qu’elle se nourrit de la racine de l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage."
Déclaration Nostra Ætate (1965)

 

Cette année, l'Amitié judéo-chrétienne de France (AJCF) fête ses 70 ans. Une fédération d'associations qui n'a pas attendu Vatican II et Nostra Ætate pour relire les relations entre christianisme et judaïsme et désirer qu'elles s'apaisent.

"Les premiers chrétiens sont juifs, c'est une évidence qu'il faut rappeler !"

 

Aux origines du dialogue judéo-chrétien

L'AJCF pouvait toutefois s'appuyer sur "Les Dix Points de Seelisberg", le texte né de la conférence de Seelisberg (Suisse). Un rassemblement qui s'est tenu au sortir de la Seconde Guerre mondiale, entre le 30 juillet et le 5 août 1947, pour étudier les causes de l’antisémitisme chrétien.

Il aura fallu 70 ans pour "qu'on se retourne", comme le dit Moché Lewin. 70 ans pour "aller contre 2.000 ans de haine, pour progresser, étape par étape". Et se dire, en étant "novateur", d'après le mot du rabbn, que ce passé ne peut nous empêcher de construire des relations d'amitié. La Shoah, aura été à ce titre "un catalyseur important qui a remis en question la pensée anti-judaïque".

 



 

Nostra Ætate, une étape clé

La déclaration Nostra Ætate a eu 50 ans en 2015. Un texte issu du concile Vatican II (1962-1965) qui rappelle le lien spirituel qui unit les juifs et les chrétiens et constitue l'une des étapes essentielles du dialogue entre croyants des deux religions. ​"On ne peut pas être un bon chrétien si on ne sait pas ce qu'est le judaïsme" : c'est Moché Lewin qui le dit.

En 2016, la Conférence des rabbins européens (CER) a apporté une réponse à Nostra Ætate, en adressant au pape François le texte "Entre Jérusalem et Rome". Une réflexion sur les relations entre le judaïsme et le christianisme, où les rabbins rendent hommage à la déclaration conciliaire.

 



 

Retour sur Les causes de l'antisémitisme chrétien

"Les premiers chrétiens sont juifs, rappelle Alain Massini, c'est une évidence qu'il faut rappeler !" Mais alors si c'est une évidence pourquoi l'a-t-on oublié à ce point? "Il y a pas si longtemps, raconte Moché Lewin, les prêtres n'avaient pas le droit de citer le Premier Testament, l'enseignement était un enseignement anti-judaïque théologique, avec le peuple juif qui était considéré comme déicide."

C'est que l'anti-judaïsme des premiers chrétiens était d'ordre identitaire. Le Père Louis-Marie Coudray, directeur du Service national pour les relations avec le judaïsme (SNRJ), parle d'un "anti-judaïsme d'identification", où "définir son identité" pour les chrétiens c'était se définir "contre le judaïsme". Par ailleurs, ces premiers chrétiens "ont lu leur foi chrétienne comme étant l'accomplissement, ce qui venait avant était terminé".

 

​Haïr l’antisémitisme

L'édito de Samuel Grzybowski

Retrouvez chaque mercredi l'éditorial de Samuel Grzybowski.

La haine des juifs, l’antisémitisme et, auparavant, l’antijudaïsme ont une histoire millénaire qui est indissociable de l’histoire de l’humanité tout entière. Du côté de la responsabilité chrétienne, c’est en octobre 1965 que l’Église publie la déclaration Nostra ætate sur les relations avec les religions non chrétiennes. Elle propose de rénover l’enseignement de l’Église sur les juifs.

L’évolution est importante, car l’on est ainsi passé d’une "théologie de la substitution", qui considérait les juifs comme étant appelés durant leur vie terrestre à se convertir au christianisme, à une " théologie de la filiation", qui admet la coexistence de deux alliances légitimes aux yeux de Dieu, établissant que la vérité est en partage, et encourage à la compréhension et au respect réciproque. L’Église a opéré, avec Vatican II, un changement de position radical et amorcé un dialogue ininterrompu avec les Juifs.

Le traumatisme inégalable de la Shoah a fait écrire à Adorno, persuadé que la culture ne pourra se reconstituer ensuite : "Après Auschwitz, écrire de la poésie est barbare". Ce traumatisme n’a pas affaibli pour autant l’antisémitisme. Lequel perdure, et il n’est pas rare d’entendre des français reprocher aux juifs de trop se plaindre, de se voir comme d’éternels parias. Ce grief, qui surgit couramment ici ou là, me semble assez vicieux puisqu’il fait reposer la haine sur le fait de l’avoir auparavant suscitée. Le discours victimaire des juifs deviendrait le prétexte à la persécution. Et ainsi de suite...

L’on discerne déjà là sur quel axiome se construit la rhétorique du mal : les juifs ne sont pas comme les autres, il faut toujours qu’ils se distinguent, et ce n’est pas juste. Ils ont même droit à un terme spécifique, "antisémite", pour désigner leurs ennemis, alors que ceux des autres discriminés sont regroupés sous la même bannière de "racistes". Ce sont probablement la mauvaise foi et l’ignorance qui dénient à l’antisémitisme sa spécificité. Car ses causes, que le rabbin Delphine Horvilleur examine brillamment dans une tribune publiée dans L’Obs et intitulée "Pourquoi n’aime-t-on pas les juifs ?", se démarquent clairement de celles des autres racismes.

Delphine Horvilleur souligne que "la haine des juifs n’est jamais un racisme ordinaire. Là où le raciste, convaincu de sa supériorité physique, culturelle ou morale, fait de l’autre un “moins que lui”, l’antisémite souffre souvent au contraire d’un étrange complexe d’infériorité. Il reproche au juif d’être là où lui-même aurait dû être, d’avoir usurpé une place confortable qui aurait “dû” être la sienne, d’avoir comploté pour, au final, être un peu mieux loti que lui... ou parfois même d’avoir un peu trop souffert, au point d’éclipser sa propre douleur, moins “grandiose”. Ce qui les rapproche, c’est le processus de mise à l’écart d’un groupe choisi d’individus qui facilite à terme son exclusion totale de l’humanité. L’immatriculation à la place du nom vient achever ce glissement de la séparation à la déshumanisation."

L’antisémitisme est une misanthropie, un diabolo-centrisme, un ennemi universel de l’Humanité. Il est un piège constant du rusé. Combattre l’antisémitisme n’est pas l’affaire des juives et des juifs de ce pays. Car combattre l’antisémitisme c’est combattre le crime suprême, celui sur l’autel duquel, Satan a glorieusement triomphé avant d’échouer. Combattre l’antisémitisme est une façon de signifier son appartenance à une commune Humanité, c’est un devoir philanthrope et anthropo-centré. Ni les émotions, les relations, le langage, la créativité, l’art ou même l’intelligence ne nous distingue des bêtes, des animaux et des machines. Ce qui nous distingue c’est notre capacité à aimer l’amour et haïr la haine. Ça commence aujourd’hui par haïr l’antisémitisme ! 

Michel Wieviorka: "l'antisémitisme est une forme de racisme à part"

Michel Wieviorka: "l'antisémitisme est une forme de racisme à part"

Plongée au cœur des causes du racisme, de l'antisémitisme et du mal qui engendre le terrorisme, avec le sociologue Michel Wieviorka.

Cela fait plusieurs années que le sociologue Michel Wieviorka travaille sur les questions de racisme, de violence, d'antisémitisme et de terrorisme. Il revient aujourd'hui avec un dernier ouvrage: "Face au mal, le conflit sans la violence" (éd.Textuel).
 

"L'antisémitisme transite par différentes formes"

Il y a dix jours, à Sarcelles, un enfant de huit ans portant une kippa était agressé dans la rue. Pour Michel Wieviorka, plutôt que de parle de recrudescence des actes antisémites en France, il faut préciser que "l’antisémitisme est devenu meurtrier, ce qui n’était pas le cas dans les années 50-70 en France. Un enfant, c’est toujours terrible. Ce n’est pas le premier drame avec un enfant. Ce n’est pas complètement neuf. Il est difficile de dire que l’antisémitisme progresse ou régresse, car il transite par différentes formes qui ne montent ou ne descendent pas en même temps. Plus de violence, de menaces, mais tout cela est un peu limité à certains quartiers" explique le sociologue.

Quant aux causes de l’antisémitisme, elles évoluent. "Il y a toujours eu de l’antisémitisme en France. Cela s’est redéveloppé dans les années 70-80 à l’extrême-droite avec le négationnisme. Il s’est développé ensuite au sein de populations issues de l’Afrique du Nord tout simplement car au sein de ces populations, des identifications soit à la cause palestinienne soit à l’islam en guerre contre l’Occident, a fait pousser cet antisémitisme. Mais il y a un autre phénomène dont on ne parle pas encore assez, c’est celui lié à Internet, un domaine où il ne doit y avoir aucune limite à la liberté d’expression" ajoute Michel Wievorka.

Pour ce spécialiste du racisme, l’antisémitisme doit rester une forme de racisme à part. "Vous n’avez aucun peuple, aucun groupe humain, qui depuis 2 500 ans reçoit la haine d’autres groupes. Je ne dis pas que l’antisémitisme est un racisme plus grave qu’un autre. Tous les racismes sont terribles. Mais il est à mettre à part uniquement pour des raisons historiques" précise l’auteur de "Face au mal, le conflit sans la violence" (éd.Textuel).
 

Quels processus poussent les jeunes au terrorisme ?

Face à cela, pas de recette miracle. "C’est un effort permanent qui doit combiner plusieurs démarches. Il faut de l’éducation, il faut utiliser tout l’arsenal que nous offre la loi. Il faut être très actif en ce qui concerne Internet. Nous sommes un peu comme en 1880, l’époque où apparaît la grande presse et l’on s’aperçoit qu’il faut introduire des mesures règlementaires pour éviter que cela ne parte dans tous les sens" analyse encore Michel Wieviorka.

Au sujet du terrorisme actuel, Michel Wieviorka, observant la photo de Salah Abdeslam, s’interroge sur les processus qui auraient poussé cet homme à participer à de telles atrocités. "Il y a trois événement qui donnent beaucoup à réfléchir. On juge maintenant des terroristes. Et certains demandent à être jugés en France. Ces gens incarnent la capacité d’un pays comme le nôtre à juger démocratiquement des gens qui  ont transgressé nos lois. Ils nous permettent de sortir la tête haute des carnages auxquels ils ont participé" lance le sociologue.

"Dans de nombreux cas, ce sont des jeunes issus de l’immigration, venant de quartiers populaires. Ils ont connu le racisme, la discrimination, la délinquance, la prison, qui ont rencontré la religion parfois très tard. Sans la religion, ils ne seraient pas passés à l’acte. Ils ont voyagé, ils ont dérivé" analyse le sociologue, qui ajoute que pour tenter de comprendre ce phénomène, la sociologie ne suffit pas. "Il faut circuler" dit-il, entre la personnalité, et la sociologie, même s’il concède "qu’il y a toujours une part de mystère, de hasard. « Qu’est-ce-qui fait qu’en un individu, le mal soit possible ? Là, mes compétences s’arrêtent" conclut Michel Wieviorka.

Etre chrétien face à l'antisémitisme

Chronique des Eglises

Monseigneur Balsa revient sur la vague d'antisémitisme qui secoue notre pays et insiste sur le rôle et l'attitude que doivent, selon lui, avoir les chrétiens.

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