La circoncision chez les juifs, ou l'Alliance inscrite dans la chair

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Connaître le judaïsme

mercredi 24 janvier à 16h00

Durée émission : 25 min

Connaître le judaïsme

© Benjamin BARDA/CIRIC - Lors de la circoncision, le sandak couvre la tête du bébé avec son châle de prière

Qu'ils soient pratiquants ou non, beaucoup de juifs sont très attachés à la tradition de la brit milah ou circoncision. Un rituel qui intervient huit jours après la naissance.

"Il y a une solidarité que ressentent beaucoup de personnes juives, même quand ils renient un certain nombre de fondements spirituels il reste une une sorte de fond intouchable, et c'est ce que représente la circoncision, c'est l'être juif dans sa dimension inconditionnelle, intouchable. Voilà pourquoi beaucoup y restent profondément attachés." 
Rivon Krygier

 

Huit jours après sa naissance, le nouveau-né juif est circoncis. Une tradition à laquelle les juifs sont très attachés, qu'ils soient ou non pratiquants. Dans le judaïsme, comme l'explique le rabbin Rivon Krygier "on ne dissocie pas l'être, l'esprit, la chair et l'âme".
 

Le huitième jour

Dans la tradition juive, le huitième jour est comme un retour au premier. La circoncision intervient donc comme une seconde naissance, il s'agit de renaître à la communauté. C'est une tradition à la portée spirituelle dense et très profonde, qui se déroule lors d'une cérémonie riche en symboles. Ce jour-là il y a le bébé et ses parents. Le personnage clé est le mohel, c'est-à-dire le circonciseur qui a été formé sur le plan médical et qui n'est pas forcément le rabbin (dont la présence n'est pas exigée). Un autre personnage important lors de la circoncision est le sandak, celui qui porte l'enfant et qui joue en quelque sorte le rôle du référent.

Il y a des bénédictions, qui sont prononcées, une coupe de vin, qu'on lève, des épices, dont on fait sentir les odeurs... Et une chaise vide. Elle représente l'absence - et la présence - du prophète Élie. Dans la religion juive en effet, Élie est considéré "symboliquement et spirituellement présent dans le monde pour accompagner le processus de développement du monde jusqu'à la rédemption".

 



 

Le sens spirituel de la circoncision

À travers la circoncision, il y a l'idée que "l'homme n'est pas complet, qu'il n'est pas plein de lui-même, qu'il doit renoncer à quelque chose de sa toute-puissance ; c'est faire place à une autre dimension." Avec cette idée qu'il faut retirer quelque chose de soi pour qu'il y ait "une aspiration vers quelque chose de supérieur à soi-même".
 

"Dieu dit à Abraham: «Toi, tu observeras mon alliance, toi et ta descendance après toi, de génération en génération. Et voici l’alliance qui sera observée entre moi et vous, c’est-à-dire toi et ta descendance après toi : tous vos enfants mâles seront circoncis. La chair de votre prépuce sera circoncise, et cela deviendra le signe de l’alliance entre moi et vous."
Gn 17, 9-11*

 

La circoncision est une marque d'engagement. En hébreu, brit milah signifie "alliance de la circoncision" : cette coupure est une jonction pour rattacher l'être à quelque chose de plus large." En devenant incomplet, l'unité de l'être se fait par le lien à Dieu. Il n'y a pas de cœur plus entier qu'un cœur brisé, disait le rabbi Nahman de Bratslav (1772-1810), l'un des grands maîtres du hassidisme. Pour Rivon Krygier: "Il n'y a pas d'homme plus entier qu'un homme qui concède une partie de soi."

 



 

La circoncision au temps des premiers chrétiens

Dans le Nouveau Testament, saint Paul fait mention de la circoncision. "Quelle est l’utilité de la circoncision ?" écrit-il (Rm 3, 1)*. On a longtemps considéré que l'apôtre y était opposé. En réalité, rappelle Rivon Krygier, "il n'était pas opposé à ce que les juifs la pratiquent mais opposé à ce qu'on oblige les nouveaux chrétiens païens à le faire". Le rabbin ajoute que saint Paul parlait aussi "de la circoncision du cœur". Qui, elle, concerne tout le monde.

 

* Source : AELF

 

Invités

  • Rivon Krygier , rabbin de la communauté juive massorti de France, théologien, engagé dans le dialogue judéo-chrétien

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Comment comprendre les rites, les fêtes qui rythment le calendrier hébraïque? Comment lire la Bible à la lumière de la tradition juive ? Qu’apporte la lecture du Talmud ou les textes de Maïmonide à un croyant juif...? Chaque semaine, dans un dialogue avec un fin connaisseur du monde juif, Elise Chardonnet nous fait entrer dans la richesse de cette tradition religieuse qui est à la racine du christianisme et de l’islam.

Le présentateur

Élise Chardonnet