[Dossier] Lire la Bible et se rapprocher de Dieu

Lire la Bible, cela se fait tout au long de la vie, tant le livre de chevet des chrétiens est inépuisable! Parfois, on ne sait pas par où commencer, ni comment comprendre certains passages. Ce dossier vous guidera dans votre lecture de la Bible.

La Bible dit-elle la vérité?

B comme Bible

La Bible nous raconte des histoires, des histoires bibliques, des histoires vraies. Pierre Gibert, bibliste et exégète, nous guide aujourd’hui dans notre lecture des Ecritures.

Bible et histoire(s) vraie(s). On dit souvent qu'elle est entrée en conflit avec la science à l'époque moderne. Or, c'est dès les 2e et 3e siècles de notre ère - dès les origines du christianisme - que la Bible a été contestée dans sa vérité. Notamment sous l'impulsion des premiers chrétiens sortis du paganisme pour entendre la vérité du Christ et non pas des histoires fantasmagoriques. "C'est justement le génie d'Origène et des pères de l'Eglise d'avoir eu recours à une méthode de lecture spécifique comme l'allégorisme ou la typologie, on dirait aujourd'hui langage symbolique, devant conduire au Christ", explique le p. Pierre Gibert.

Dès les premières pages de la Bible, on se heurte à des affirmations sur les origines du monde et de l'univers qui apparaissent comme caduques ou totalement imaginaires par rapport à la science. Par ailleurs, on trouve des récits multiples sur les commencement qui sont, de surcroît, contradictoires les uns des autres. "On est donc obligés de se demander si la Bible a dit vrai", affirme l'éxégète.

La Bible est-elle la parole de Dieu? "Il ne faut pas identifier la Bible exclusivement à la parole de Dieu ; la parole de Dieu c'est beaucoup plus large que la Bible", pour le p. Pierre Gibert. Ce dont on parle habituellement - le Christ lui-même emploie l'expression - c'est "des Ecritures". Jusqu'à l'apparition de l'imprimerie, le terme "Bible" n'est pas utilisé au singulier. Ce sont "les Ecritures" ou "les saintes Ecritures" qui annoncent le Christ. Et on lit les Ecritures, non pas comme des vérités, mais comme des paroles qui conduisent au Christ.

Emission diffusée en mai 2015.

À quoi ça sert de lire la Bible?

Le b.a.-ba du christianisme

En lisant la Bible on perçoit comment Dieu est présent dans nos vies. La bibliste Anne Soupa nous conseille de la lire avec d'autres, et de ne pas prendre les textes "au pied de la lettre".

La Bible, Anne Soupa ne se déplace jamais sans. Chez elle, la Bible est une "vraie passion", elle lui a consacré une grande partie de sa vie. "J'y trouve l'essentiel de ce dont j'ai besoin pour ma foi." Pourquoi lire la Bible quand on est chrétien? Pour comprendre comment Dieu est présent dans nos vies. Anne Soupa nous prévient: "Il ne faut pas la prendre au pied de la lettre."
 

"Le projet de la Bible est de construire la foi de ses lecteurs"

 

une bible, deux testaments 73 livres

"Le projet de la Bible n'est pas de faire un livre d'histoire au sens moderne du mot, mais d'édifier et de construire la foi de ses lecteurs." Si le Premier Testament revient sur la vie du peuple juif, le Nouveau Testament reprend l'enseignement et la vie de Jésus. En grec, le mot biblia signifie "les livres" au pluriel. La Bible, c'est en somme une bibliothèque. Il y a les livres de l'Ancien Testament (ou Premier) et ceux du Nouveau Testament.
 


DOSSIER ► Lire la Bible et se rapprocher de Dieu


 

Sans la Bible, "pas d'église, pas de foi"

"C'est la Bible qui nous révèle l'existence de Dieu dans notre histoire." Le Premier Testament raconte l'expérience du peuple juif. Et c'est le Nouveau Testament qui relate la venue en humanité de Jésus. "Il n'y aurait pas d'Église, pas de foi, s'il n'y avait pas le récit de la venue de Jésus". Celui des gestes qu'il a posés, des paroles qu'il a prononcées.

Ce que la Bible nous enseigne surtout, c'est la façon dont les liens se nouent entre Dieu et son peuple. Comme le dit la bibliste, l'important n'est pas tant de considérer "que le Seigneur ordonne, qu'il nous fait vivre dans un cadre moral particulier", mais de méditer "comment il se rend présent dans nos vies".

 

Émission enregistrée en octobre 2016

 

Aux origines des écritures de la Bible

Dialogue

Comment les textes de la Bible ont-ils été transmis? Qui les a sélectionnés? L'historien Michaël Langlois nous éclaire sur l'origine des Écritures saintes.

Des découvertes importantes ont été faites lors des dernières décennies sur l’origine et la formation de la Bible et de nouvelles hypothèses sont proposées. "Bible", un mot qui signifie les livres. Car la Bible est une bibliothèque. C’est aussi un condensé de plusieurs langues : "La Bible a été écrite en hébreu, en araméen et en grec" explique Michaël Langlois, qui a collaboré à l'ouvrage "La Bible - Une encyclopédie contemporaine" (éd. Bayard). Il nous explique quelles sont les origines de la Bible et de ses textes.
 

Les manuscrits de la mer Morte

Michaël Langlois est plus particulièrement spécialiste des manuscrits de la mer Morte. "La découverte des manuscrits de la mer Morte se situe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Des bédouins découvrent ces manuscrits. La population locale sait alors que les Occidentaux s’intéressent à cela. Ces manuscrits se retrouvent chez un antiquaire qui va chercher à les revendre. D’autres grottes sont trouvées, et l’on passe quelques dizaines à plusieurs centaines. Les fouilles vont durer jusqu’aux années 50. On a un millier de manuscrits qui datent du tournant de notre ère, et qui sont les manuscrits les plus anciens de la Bible que l’on ait trouvé" précise-t-il.
 

Une question de transmission

Des manuscrits qui sont l’image de la transmission des contenus bibliques au fil du temps. Une vaste question pour Michaël Langlois. "Il faut avoir conscience des difficultés liées à la transmission matérielle. Aujourd’hui, on peut transmettre l’information très facilement. La Bible tient dans un téléphone. A l’époque, quand on regarde les plus anciens manuscrits, c’est extrêmement long de copier ne serait-ce qu’un seul livre de la Bible. Cela coûte cher. La transmission de la Bible s’est faite dans des milieux autorisés. C’est ce qui explique que l’on n’avait pas encore constitué un corpus, mais simplement, chaque communauté avait ses favoris" lance-t-il.
 

Le canon biblique : la sélection des textes sacrés

L’historien nous invite aujourd’hui à nous interroger sur la sélection qui a été faite, pour composer la Bible actuelle. Une sélection qui remonte au concile de Trente pour l'Église catholique romaine, au XVIe siècle. Une question qui s’était posée déjà auparavant. Mais c’est l’arrivée du protestantisme et de la Réforme qui remet la question de la sélection des textes au goût du jour.

 

Émission diffusée en février 2019

 

Comment lire la Bible?

Le b.a.-ba du christianisme

La Bible accompagne beaucoup d'hommes et de femmes au quotidien. Le P. Jacques Nieuviarts nous explique comment la lire dans une démarche historique, culturelle et spirituelle.

Quelle importance a la Bible pour les chrétiens?

Le b.a.-ba du christianisme

La Bible chrétienne est plus volumineuse que la Bible juive, et le Nouveau Testament est au cœur de la vie des chrétiens. Comment les chrétiens appréhendent ils ces textes?

Père Gérard Billon, "le sacré de la Bible, c'est l'être humain"

Père Gérard Billon, "le sacré de la Bible, c'est l'être humain"

À la tête de l'Alliance biblique française, Gérard Billon a pour mission de mettre la Bible à la porté de tous. Ce passionné d'exégèse nous donne des clés pour interpréter les Écritures.

En juillet 2018, le prêtre catholique Gérard Billon a été élu pour trois ans président de l’Alliance biblique française (ABF). Cette organisation œcuménique regroupe toutes les familles du christianisme : catholiques, protestants et orthodoxes. L’ABF a pour but de traduire et de faire connaître la Bible, on lui doit notamment la réalisation de la TOB, la Traduction œcuménique de la Bible. Chercheur passionné par l'exégèse, Gérard Billon aussi est prêtre du diocèse de Luçon, dans la paroisse de Saint-Jean-de-Monts. Il se confie sur sa mission et son parcours de foi.
 

LA BIBLE, HISTOIRE DE DIEU ET D'UN PEUPLE

Pour Gérard Billon la Bible, pour lui, est une nourriture quotidienne. On écoute la parole de Dieu dans les célébrations, on la médite, on joint cette intelligence du cœur à l'intelligence de la raison. "La vérité de la parole de Dieu me permet d'être solidaire de ceux qui sont croyants avec moi, ce qui me permet de grandir et de devenir un être humain à l'image de celui que Dieu veut". 

La Bible raconte "différents moments de la grande histoire de Dieu avec les Hommes". "C'est l'histoire de Dieu et de son amour pour les êtres humains, par le choix du peuple d'Israel, porteur de l'espérance d'un Messie qui s'incarne en Jésus-Christ, lequel est expliqué dans le Nouveau Testament". 

La Bible est tributaire de son temps, relève Gérard Billon. Les auteurs sont des hommes. "Quand Saint-Paul dit aux femmes de se taire dans les assemblées, il est tributaire du langage et des relations sociales de son temps". 

 

 

Interpréter la bible au XXIe siècle

"Aucun livre ne peut obliger à faire quoi que ce soit", souligne Gérard Billon. "La Bible propose des chemins de vie et de liberté". Des sujets agitent aujourd'hui notre société, qui ne figurent pas dans les Écritures. Mais la façon dont les Écritures parlent des rapports humains "peut nous aider à poser des actes qui n'ont jamais été indiqués dans la Bible". 

"Je crois que la Bible peut être inspirante. Le sacré de la Bible, c'est l'être humain". Un bon acte, c'est celui qui "produit de la vie et du bonheur". Cependant, l'homme n'est pas infaillible et peut se tromper !  La bible comme source d'inspiration Des gens sont intéressés par le personnage de Jésus au-delà de l'Eglise. "Ils peuvent être contre l'Eglise, mais le personnage de Jésus reste un phare".

Quant à l'Église elle-même, elle peut compter sur la Bible pour l'éclairer. "Les réflexions des évêques s'appuient toujours sur la parole de Dieu. L'Eglise s'abreuve à la parole de Dieu incarnée"Quel conseil donner à qui n'a jamais ouvert la Bible ? Y aller progressivement, explique Gérard Billon. "On ne peut pas tout manger en même temps... au risque d'une indigestion!" 

 

Émission diffusée en novembre 2018

 

La Bible est-elle violente?

La Bible est-elle violente?

Il ne faut pas ignorer la violence dans la Bible car ses textes reflètent l'humanité. Ils nous aident à dépasser notre propre violence. Natacha Vessière-Gérard reçoit le P. Philippe Abadie.

Un déluge, des guerres et des massacres, un Dieu guerrier et un Messie venu pour diviser. A qui ouvre la Bible peut éclater l'impression pénible de découvrir des textes violents. Mais ne voir que cela c'est s'éloigner du Dieu miséricordieux et du prince de paix dont les Ecritures parlent. C'est que la Bible reflète l'humanité, toute l'humanité, y compris la violence, sur laquelle elle entreprend un véritable. Le P. Philippe Abadie a publié "Ce que dit la Bible sur la violence" (éd. Nouvelle Cité). "Le langage de la violence, c'est le langage de la vie", explique-t-il.
 

Ne pas ignorer la violence dans la Bible

"La Bible parle tous les langages de l'humanité, y compris celui de la violence." Le P. Philippe Abadie encourage à ne pas en rester à une lecture édulcorée de la Bible. Et donc à ne pas ignorer la violence de ses textes. Au risque de s'en trouver mal à l'aise. "Si la Bible était un texte lisse où a violence serait absente, ce serait un texte abstrait et qui n'apporterait rien à l'humanité."
 

reconnaître et dépasser la violence

La racine du mot "violence" est liée à la vie. "Pour vivre il faut se faire violence, nous dit le théologien, la violence peut être bénéfique." Ce n'est donc pas toujours un poids mais une façon d'exister. La Bible nous invite ainsi à dépasser notre propre violence car elle nous incite à la reconnaître comme faisant partie de notre vie.

 

La Bible, révélatrice du péché

B comme Bible

C'est parce que l'homme a fait l'expérience de son péché, que la Bible, le récit de ses origines, en parle. Adam et Ève ne sont donc pas à l'origine du péché, avertit l'exégète.

"Nous sommes chrétiens: notre foi est d'abord dans le Christ, qui est le fondement, le commencement, l'origine et la fin." C'est la raison pour laquelle, quand on veut comprendre le sens du péché dans la foi chrétienne, il faut d'abord se placer sous la lumière du Christ. Quand on parle du péché en effet, généralement on nous impose "un savoir" soit "quelque chose d'accusateur". Pour nous aider à nous défaire de nos représentations, le Père Pierre Gibert a écrit "Ce que dit la Bible sur le péché" (éd. Nouvelle Cité). Il défend l'idée que le péché est d'abord une affaire personnelle.
 

"C'est nous qui pouvons en vérité nous reconnaître pécheurs et accepter un pardon"

 

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.
Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j'ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait.
(Ps 50, 3-6)*

 

reconnaître son péché, Une affaire personnelle

Pour le bibliste, c'est dans les Psaumes que l'on trouve "la meilleure façon d'approcher le péché, à la fois en nous-même et dans la Bible". Ce livre de l'Ancien Testament n'est autre qu'un recueil de prières, "à la portée de tous": "Les Psaumes nous donnent la parole." Ils montrent combien le péché est d'abord l'affaire d'un homme qui se reconnaît coupable. "C'est nous qui pouvons en vérité nous reconnaître pécheurs et accepter un pardon."
 

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel! Que ton oreille se fasse attentive au cri de ma prière!
Si tu retiens les fautes, Seigneur Seigneur, qui subsistera?
(Ps 129, 1-3)*

 



 

appeler la pitié de Dieu, se tourner vers l'espérance

"L'appel à la compréhension, à la pitié de Dieu, pour être guéri de son péché, c'est un témoignage d'espérance." Avec la Bible on apprend à se laisser toucher par les paraboles, celle de la femme adultère, celle du bon grain et de l'ivraie: il s'agit de prendre patience avec nos propres péchés et de ne jeter la première pierre que si l'on n'a soi-même jamais péché. La Bible nous révèle ce qu'est le péché, l'urgence d'en sortir et l'espérance de la rémission. Car nous dit saint Jean: "Si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur." (Jn 3, 20)*

 



 

Adam et Ève, à l'origine du péché?

Croire qu'Adam et Ève sont à l'origine du péché est une interprétation incorrecte, avertit l'exégète. "On n'a jamais l'expérience du commencement et des origines." De la même façon que nous ne nous souvenons pas de notre naissance. "L'humanité n'a pas la conscience de ses origines, elle va les créer ou les recréer, explique le P. Gibert, c'est ce qui s'est passé dans la Bible: on va concevoir les origines en fonction de l'histoire qu'on a vécue, de l'expérence que l'on a de soi-même." C'est parce que l'homme en a fait l'expérience que le récit de ses origines, la Genèse notamment, parle du péché.

 

*Source: AELF

 

ÉMISSION ENREGISTRÉE EN MARS 2017

 

 

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