La Passion du Christ vue par les quatre évangélistes

Les quatre évangélistes ont décrit la Passion du Christ. Quatre regards qui nous enseignent qui est le Christ et ce que signifie le don de sa vie. Jean met en relief le côté divin de Jésus, Marc évoque l'abandon, Luc la miséricorde et Matthieu s'intéresse surtout au jugement.

La Passion selon saint Jean

La Passion selon saint Jean

La Passion selon saint Jean décrit essentiellement le divin chez Jésus: il est un être profondément libre, serein et souverain. Bénédicte Draillard reçoit le p. François Lestang.

La Passion selon saint Jean a une tonalité particulière: on est dans un tout autre univers que celui des Evangiles de Marc, Matthieu et Luc, dits Evangiles synoptiques. Le Christ n'est pas pressenti comme une victime à la merci de ses ennemis mais comme un être profondément libre qui choisit de se dessaisir de sa vie. Ainsi quand la Passion commence, Jésus ne semble pas surpris, il va même à la rencontre de Judas.

"C'est l'Evangile du Verbe", explique le p. François Lestang. Saint Jean y livre la compréhension qu'il a du mystère qui est en Jésus et de la relation étonnante entre Dieu et son fils. La Passion se déploie à partir du chapitre 13 et s'achève avec la prière du Christ au chapitre 17. Contrairement à ce que l'on pourrait attendre, saint Jean ne s'attarde pas sur l'eucharistie. Pour lui, le geste le plus important de la Cène est le lavement des pieds, "qui donne le sens de cette descente de Jésus, cette incarnation: le Verbe s'est fait chair, il s'est fait serviteur", pour le bibliste.

Pas de moment d'épreuve intérieure: saint Jean parle de la souveraineté de Jésus. Jusqu'à la croix, il se dégage une grande sérénité du texte. "Le Jésus de Jean est en pleine communion avec le Père", c'est le côté divin de Jésus qui est central.

La Passion selon saint Marc

La Passion selon saint Marc

Au moment de sa mort le Christ est rejeté par tous. Lire la Passion selon saint Marc c'est se laisser encourager à choisir la foi. Bénédicte Draillard reçoit le p. François Lestang.

« Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » (Mc 15, 39)* s'écrit un soldat romain au pied de la croix. Selon l'évangéliste Marc, la Passion du Christ dans l'abandon et sa cruxifiction marque le sommet de sa révélation. On connaît le style direct, brusque parfois, de Marc et la brièveté de son Evangile. La Passion selon saint Marc est un récit fondamental car il constitue probablement le noyau original à partir duquel ont été construits les récits de Luc, Matthieu et Jean.

Quand il écrit ce texte, Marc s'adresse aux chrétiens de l'Empire déjà durement éprouvés. On pense en effet que l'Evangile de Marc a été écrit à Rome à la fin des années 60, après les grandes persécutions qui ont eu raison notamment de la vie de Pierre et de Paul. Marc place le lecteur devant un Christ persécuté, qui souffre et qui est rejeté par les siens, même Pierre, et qui mène sa route jusqu'au bout. Un soutien pour une communauté éprouvée et "l'affirmation que même si Dieu semble nous abandonner, il est là", précise le p. François Lestang. Fait extraordinaire, ce Jésus que tous abandonnent est reconnu comme le fils même de Dieu par un païen, le centurion romain.

"Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »" (Mc 15, 34)*

Comment supporter que même les plus fidèles soutiens se dérobent? Lire l'Evangile de Marc c'est se laisser encourager à choisir la foi, à suivre le Christ y compris dans le rejet. L'abandon, thème récurrent dans le texte, est à double sens. Comme l'explique le père François Lestang, on y lit l'abandon des autres mais aussi l'abandon à la volonté du père.

* Source: AELF

 

La Passion selon saint Luc

La Passion selon saint Luc

Le texte de saint Luc est d'une grande délicatesse. Luc est l'évangéliste de la miséricorde, de l'attention portée aux plus faibles. Bénédicte Draillard reçoit le p. François Lestang.

"Père, entre tes mains je remets mon esprit." (Lc, 23, 46)* Ces dernières paroles du Christ donnent la tonalité du texte de saint Luc. Avec une grande délicatesse, il décrit un Jésus abandonné à la volonté de son Père. Dans son regard les apôtres ne sont pas des lâches et les femmes de Jérusalem pleurent. Luc est l'évangéliste de l'attention portée aux plus faibles, de la Bonne nouvelle annoncée aux pauvres.

La Passion selon saint Luc montre la miséricorde de Dieu à l'oeuvre. Le bon larron reçoit même cette promesse étonnante: "Amen, je te le dis: aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis" (Lc, 23, 43)*. Chez Marc ou chez Matthieu, les larrons conspuaient le Christ. Chez Luc il y a une espérance qui reste jusqu'au bout. Même au dernier moment la grâce peut agir, quelque chose est possible. C'est d'ailleurs à saint Luc que l'on doit la parabole du Fils prodigue (chap. 15).

 

* Source: AELF

La Passion selon saint Matthieu

La Passion selon saint Matthieu

Le texte de Matthieu insiste sur l'accomplissement des Écritures. L'évangéliste revendique l'héritage des prophètes de l'Ancien Testament. Bénédicte Draillard reçoit le p. François Lestang.

Dans le récit qu'il fait de la Passion du Christ, Matthieu insiste beaucoup sur l'accomplissement des Ecritures. Pour le père François Lestang, l'évangéliste entend ici revendiquer un héritage. Il y a certes quelque chose lumineux dans cette continuité avec l'Ancien Testament. Mais quand il écrit son texte, le judaïsme est alors divisé en deux grands courants: les pharisiens et les messianiques - que l'on va appeler chrétiens. Un contexte de querelle d'héritage où il importe de dire la continuité entre Abraham, Moïse et les prophètes, et ce qu'a fait Jésus. Matthieu précise donc que c'est en Jésus que s'accomplit l'Ecriture. Il adresse par ailleurs des paroles peu flatteuses en direction des pharisiens. Son propos peut ainsi se résumer: il y a ceux qui ont rejeté le Christ et nous qui avons compris.

"Le souci pour nous aujourd'hui c'est qu'un tel Evangile peut facilement mener à ce que l'on appelerait un anti-judaïsme, et comme l'Evangile de Matthieu a été très lu - c'était l'Evangile principale qu'on lisait dans les Eglises chrétiennes - cela a plutôt entraîné la logique de séparation et de condamnation du peuple juif. Ce qui, après la Shoah, n'est pas sans poser question", explique le p. François Lestang.

 

Le mystère de Judas le traître et de Pierre le renégat. Matthieu décrit dans son Evangile la réaction de Judas après la condamnation à mort du Juste. "Beaucoup pensent que si Judas a livré Jésus c'était pour l'obliger à se révéler comme le Messie", explique le p. François Lestang. Pour avoir forcé Jésus à montrer enfin sa puissance, Judas fini par se pendre. Une mort qu'il décide lui-même et qui s'oppose à celle de Jésus, figure par excellence de l'abandon le plus total - mort du Christ qui ouvre à la vie. Matthieu, qui est très concerné par la question du jugement tout autant que celle de l'accomplisement, décrit aussi comment Pierre pleure amèrement sur sa trahsion, Pierre qui deviendra le chef de l'Eglise.