[DOSSIER] Le Carême, temps fort du Jubilé de la Miséricorde

En cette Année de la Miséricorde, le Carême prend un sens particulier. C'est même le temps fort du Jubilé, pour le pape François.

Le Carême est un temps liturgique proposé par l'Eglise. Il commence avec le Mercredi des cendres, le 10 février 2016 - ce jour où au cours de la messe, le prêtre fait un signe de croix avec de la cendre sur le front du croyant. Un signe de pauvreté, une invitation à la conversion. Il signifie que l’Église et avec elle le peuple des croyants entrent dans une période privilégiée, jusqu'à Pâques et la Resurrection du Christ.
 

PROGRAMMATION SPÉCIALE | LES CONFÉRENCES DE CARÊME A NOTRE-DAME DE PARIS
Pour l'édition 2016 des Conférences de Carême, le thème est "Culture et évangélisation". Que faire de la culture? De nombreux chrétiens d’Occident perçoivent la culture de leur temps comme un obstacle à la proclamation de l’Évangile. Et la culture contemporaine voit parfois le christianisme comme un fait culturel réducteur susceptible d’appauvrir les richesses créatrices de l’homme.
> Le programme des Conférences de Carême 2016, à écouter chaque dimanche à 20h sur RCF

 

Un temps de dépouillement. Dans nos sociétés occidentales, sociétés d'abondance où l'on ne sait plus le sens de la privation, le carême invite à redécouvrir un manque. C'est pour cela que les croyants sont invités à faire l'expérience du jeûne ou à changer des habitudes qui en soi peuvent être bonnes mais ont souvent le défaut d'aveugler sur l'essentiel. Au cours du Carême, on est invité à considérer quelles sont les fragilités que l'on porte en soi. Mais si le carême est une marche vers la mort du Christ, c'est aussi et surtout vers sa Résurrection que l'on se tourne. Il s'agit d'un temps d'espérance.

"C'est la miséricorde que je veux, et non les sacrifices" (Mt 9,13). Le pape François invite chacun à faire l'expérience de la pénitence de manière "plus intense". Non pas en multipliant les sacrifices mais en consacrant le temps et l'attention nécessaires pour méditer sur la miséricorde de Dieu. S'approcher aussi du sacrement de réconciliation, pour se laisser toucher au plus profond par l'amour du Père.
> Message du pape François pour le Carême 2016

 

Les retraites en ligne, pour être accompagné tout au long du temps liturgique
> Carême dans la ville 2016, une retraite proposée par les dominicains
> Retraite de Carême proposée par Notre-Dame du Web, de spiritualité ignacienne
> Se préparer à Pâques avec le prophète Elie, une retraite guidée par les carmes déchaux
> Carême 2016, la retraite proposée par la communauté de l'Emmanuel 

Avons-nous besoin d'être sauvés?

Le b.a.-ba du christianisme

Être sauvé c'est se laisser aimer par Dieu. Le salut est un don d'amour de Dieu non pas pour la vie après la mort mais pour ici et maintenant. Bénédicte Draillard reçoit le p. Bruno Houpert.

En hébreu, le nom de Jésus se dit "Ieshua", ce qui signifie"Dieu sauve" ou" Dieu délivre". De quoi Dieu nous délivre-t-il? De quoi peut-on avoir besoin d'être sauvé? Chacun est en mesure de ressentir en lui une soif d'un amour absolu. Le salut est un don qui vient de Dieu et qui fait grandir cet amour. Quand on ne fait pas le bien que l'on voudrait faire et que l'on se déçoit à provoquer une souffrance en soi ou chez autrui, on est invités à accueillir le salut de Dieu. Ce n'est autre que cette force d'amour qui s'anime au plus profond.

Dieu nous a sauvés dès la création. "Parfois on fait ce raccourci, qui est faux, de dire que le salut est lié à la vie éternelle et que la vie éternelle c'est la vie après la mort." Pour le père Bruno Houpert, "on est déjà sauvés": la vie de Dieu est déjà donnée. Quand le Christ meurt sur la croix, au-delà de la mort physique ce qui est impressionnant c'est que Jésus manifeste son amour devant la haine de ses bourreaux. Dire que cette vie du Christ nous traverse déjà c'est dire que son amour est déjà au plus intime de nous mêmes.

"Dieu qui nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas malgré nous." Saint Augustin

Dieu ne peut pas imposer à l'homme d'être sauvé. La vie sur terre c'est l'apprentissage de la vie avec les autres, au cours duquel on est invités à orienter sa vie vers l'amour. "Dieu éduque notre coeur" explique le père Bruno Houpert, "il ne dit jamais ce que l'on doit faire". Libre d'agir comme il l'entend, l'homme est libre aussi d'être sauvé c'est-à-dire de se laisser toucher par son amour, de se laisser gagner par ce désir d'aimer et d'être aimé.

Traité du bon combat pour vivre le carême

Traité du bon combat pour vivre le carême

Le carême est un temps où nous sommes invités à "revêtir le Christ" selon l'expression de St Paul, en le laissant entrer pleinement dans nos vies.

Combat spirituel: le terme n'a pas toujours bonne presse. Il suffit pourtant de lire les Evangiles pour comprendre que toute la vie publique du Christ est placée sous le signe du combat. Il y a les tentations au désert et sur la croix, mais le tentateur est toujours là, à travers les hommes et parfois ses disciples. Sur le chemin de Damas, le Christ apparaît à saint Paul et lui dit "Je suis Jésus que persécutes" (Ac, 22, 8). Une phrase mystérieuse, qui dit le lien étroit qui unit le chrétien au Christ.

Le Carême est-il un combat? Avec le terme "combat" on comprendre violence et agressivité. Or, le Carême c'est un temps de préparation, de recueillement, où l'on revient vers soi. Le père Hervé Ponsot n'aime pas parler d'effort mais plutôt de désencombrement et d'abandon. L'aumône, la prière ou le jeûne, auxquels le chrétien est tout particulièrement invité pendant le Carême, sont autant de pratiques qui visent à ôter tout ce qu'il y a de superflu et d'artificiel. Un allègement, un abandon pour aller au coeur de ce qui fait l'homme.

Les chrétiens sont invités à revêtir le Christ. C'est-à-dire à le prendre en soi et se laisser prendre en lui, comme on ajuste un vêtement à soi ou l'on s'ajuste au vêtement. "Cela n'a rien de négatif ni de masochiste", explique le père Hervé Ponsot. Revêtir le Christ est quelque chose de l'ordre de l'abandon. D'ailleurs, le Dieu du combat spirituel est un Dieu en quête d'homme - une quête inlassable comme dans la Genèse: "Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu donc ? »" (Ge, 3, 9).

Le Carême, une longue retraite

Le Carême, une longue retraite

Le Carême c'est prier pour redécouvrir Dieu, jeûner pour se priver de ce qui centre sur soi, servir l'autre pour aller vers Dieu. Bénédicte Draillard reçoit le p. Bruno Houpert.

Le Carême permet de progresser dans une ouverture du coeur vers soi, vers les autres et vers Dieu. C'est comme une longue retraite, où malgré les hauts et les bas, on avance dans une connaissance intérieure du Christ. C'est-à-dire une amitié avec lui. On peut en effet dire que l'on est croyant comme l'on parle d'un fait acquis. Mais notre foi irradie-t-elle notre manière d'agir ou de parler? Le Carême, c'est 40 jours pour dire l'essentiel est là. Et, dans la prière, toujours redécouvrir Dieu, ne jamais l'enfermer dans une image que l'on a de lui. Pour le père Bruno Houpert, "ce n'est pas un temps où prendre de bonnes résolutions que l'on ne tiendra pas". Il s'agit plutôt de se "donner un axe" et considérer par exemple un aspect de sa vie: une façon d'être avec les autres, d'être vrai avec soi, de prier, etc. "Un pas à faire aujourd'hui pour grandir en humanité."

40 jours jusqu'à Pâques: le temps du renouvellement. Le peuple hébreu qui fuit l'esclavage en Egypte passe par le désert. Sur cette terre aride où l'on manque de tout, les Hébreux ont finit par douter de Dieu. Il a fallu toute la patience de Moïse - et de Dieu - pour arriver à la terre promise. Et de la part des Hébreux, il a fallu placer leur confiance en Dieu. De la même manière, pour nous au XXIè siècle, le Carême se veut être un moment où l'on cherche à sortir de ses habitudes, confortables certes, mais qui enferment le plus souvent. Dans ce qui déstabilise il y a une brèche où Dieu peut entrer. Vivre le Carême c'est un choix, c'est en quelque sorte choisir la vie.

"On ne peut pas aller vers Dieu sans se tourner vers les autres."

Un temps de tentations? La tentation du chrétien est de toujours de vouloir maîtriser sa vie, se centrer sur son aura et sa réussite. Dans le récit des tentations du Christ au désert, écrit par l'évangéliste Luc, le diable veut faire croire à Jésus qu'il peut y arriver tout seul. Il veut lui faire croire que l'on peut être maîre de sa vie. Les chrétiens sont appelés à se rendre compte que Dieu est celui qui donne du sens - non pas un besoin utilitaire de Dieu pour pouvoir se dire heureux car bien des gens qui ne croient pas se disent heureux! Dieu donne un sens ultime à ce que nous vivons, son amour éclaire et fortifie.

Mercredi des Cendres - Pourquoi les catholiques entrent en Carême

Le Temps de le dire

Ce Mercredi des Cendres marque le début du Carême: 40 jours pour revenir à l'essentiel. On en parle avec Stéphanie Gallet.

Alors que tant de pauvres appellent à nos portes et à nos frontières, retrouver le sens de l'ascèse dans une société d'abondance sonne comme une nécessité. En ce Mercredi des Cendres, ceux qui assistent à la messe reçoivent sur le front une croix tracée avec de la cendre. Un geste fort pour dire au croyant sa fragilité. En ce premier jour de Carême, il est invité à abandonner le superflu pour revenir à l'essentiel.
 

Le Carême, "un temps de conscience"...

...selon l'expression de Laura Morosini. Son association, Chrétiens unis pour la Terre, a lancé l'an dernier l'opération "Un Carême pour la Terre". L'objectif: faire évouer les modes de vie. "Je vous donne toute plante qui porte sa semence sur toute la surface de la terre, et tout arbre dont le fruit porte sa semence : telle sera votre nourriture", lit-on dans la Bible (Ge 1, 29). En mettant à la disposition de tous des textes fondateurs, via Internet, l'association voudrait inciter les uns et les autres à agir "en conscience". Des textes qui parlent de sobriété et d'une juste relation aux animaux.
 

40 jours pour comprendre qui est Dieu.

 

Le carême, un temps de pédagogie

Les chrétiens se préparent à la Résurrection du Christ et à la joie de Pâques pendant 40 jours. "40 jours pour comprendre qui est Dieu, se libérer de ses addictions, se laisser imprégner de la parole du Seigneur, devenir un peuple", explique le p. Sébastien Antoni. Dans la Bible en effet le chiffre 40 revient à plusieurs reprises: les 40 ans de la sortie d'Egypte pour le peuple hébreu, une sortie également symbolique de l'esclavage ; les 40 jours que Moïse passe sur la montagne à la rencontre de Dieu ; les 40 jours et les 40 nuits du Déluge, qui marquent un avant et un après, de la destruction à la vie ; les 40 jours et 40 nuits enfin, de la marche au désert pour le prophète Elie. Autant d'épisodes bibliques pour dire le temps nécessaire à l'âme pour se laisser façonnée par Dieu, pour "se laisser illuminer", souligne le P. Sébastien Antoni.
 

Les trois tentations du Christ sont les trois universelles de l'avoir, du pouvoir et de la séduction

 

Le carême, Un rendez-vous avec la foi

Dans la liturgie, on lit lors du premier dimanche du Carême le récit des tentations du Christ: ces "trois tentations universelles de l'avoir, du pouvoir et de la séduction pour lesquelles on va vu aujourd'hui des gens renoncer à tous leurs principes fondamentaux", selon le pasteur Antoine Nouis.

 

Émission enregistrée en février 2016

 

Le Carême: invitation au désert

Le Carême: invitation au désert

Dans nos société urbaines ultra connectées où la solitude écrase, le Carême invite au désert: ressentir ce qui fascine dans le désert, une présence pure. On en parle avec Christophe Henning.

L'entrée en Carême est souvent présentée comme une invitation au désert. Le désert, c'est cette immensité qui fascine et qui séduit. C'est aussi un lieu hostile, le lieu de l'épreuve. Dans la Bible, c'est même le lieu de la tentation. Un espace éminement spirituel qui a attiré le photographe Jean-Marc Durou. Il a travaillé au Sahara et au Sahel pendant 40 ans. A l'image du grand scientifique Théodore Monod (1912-2000) poussé dans ces espaces arides par un chagrin d'amour, le photographe a fui, lui, des déboires familiaux. Fortement marqué par l'accueil des touaregs, il raconte qu'"au campement, on ne parle ni de l'avenir ni du passé, on parle du moment présent".

Renaître au désert. "Au désert on s'aperçoit que l'on n'est rien, on sent que l'on peut mourir de soif." Gilles Boucomont a habité pendant deux ans en Afrique de l'Est, un désert particulièrement chaud. Cette confrontation à la mort qui fait se sentir vivant a un rapport direct avec l'invitation au dépouillement que constitue le Carême. Bruno Doucey parle en effet de désert extérieur mais aussi intérieur, symbolique, spirituel. Que l'on vit partout. Le pasteur Gilles Boucomont le constate, lui qui est responsable d'un temple en plein coeur de Paris: "Il y a des gens dans une solitude incroyable, c'est étonnant d'être seuls dans un endroit où il y a tellement de monde!". 

"Le désert c'était ce qui naissait en nous, ce que nous apprenions sur nous-mêmes." Antoine de Saint-Exupéry

Retrouver "une géopoétique du monde": la formule est de Bruno Doucey, inspiré par la figure de son arrière-grand-oncle, Jules Jacques, responsable de la mission topographique de l'armée française dans le désert algérien. Un lieu où il a comme tant d'autres Occidentaux renoué avec cette symbiose entre l'être et la création. Il y a quelque chose de radical au désert, une proximité avec l'ennui, le néant mais où la beauté semble l'emporter - quelque chose d'assez fondamental, de l'ordre de la présence pure. "Nos vies très modernes et connectées nous ont paradoxalement déconnectés de notre présence au monde", pour François-Xavier Maigre.

Emission en partenariat avec Panorama

Dieu ne désire pas de sacrifices

Dieu ne désire pas de sacrifices

On a souvent interprété la Passion du Christ comme un sacrifice pour apaiser le courroux divin. Or, Dieu n'a qu'une espérance: que l'homme sache aimer. Béatrice Soltner reçoit Martin Pochon.

La mort de Jésus sur la croix est un scandale pour notre intelligence et notre cœur, même si la Résurrection vient la transfigurer. Devant ce mystère de la Passion et de la Résurrection dont on fait mémoire chaque dimanche à la messe, les questions peuvent se bousculer dans notre tête.

A qui le Christ offre-t-il sa vie? Comment son Père a-t-il pu accepter ou même vouloir la mort de son fils? En quoi cette offrande du fils nous libère-t-elle? Des questions difficiles, car  selon les réponses que nous y apportons c’est le visage de Dieu qui se dessine: Dieu exigent, implacable, qui demande des sacrifices ou Dieu aimant qui s’offre totalement à l’homme…

Emission enregistrée en 2015

Le carême, pauvreté et liberté

Le carême, pauvreté et liberté

La société emprisonne dans l'idée d'une rivalité entre liberté de l'homme et puissance de Dieu. Et si le carême aidait à être libre? Véronique Alzieu reçoit Jean-Marie Ploux.

La foi se reçoit des écritures, de la vie de l'Eglise et des traditions. Le temps du carême rappelle la modestie de la condition humaine. "Tu es poussière et à la poussière tu retourneras" (Genèse 3, 19). La finitude de l'homme, la mort, est une réalité difficile à regarder en face. Mais cette profondeur tragique dit l'urgence de l'intensité dans laquelle chacun devrait vivre!

"Heureux les pauvres", cette première des Béatitudes que le carême invite à méditer devrait prendre plus d'intensité dans la société contemporaine. Vivre dans la sobriété et aussi dans la solidarité avec les plus pauvres devrait rendre libre, face à la contrainte constante de la consommation. "Ce qui est important c'est que nous sommes." Le carême, c'est revenir à l'être, se détacher de l'avoir et de la pauvreté. La pauvreté, clé de la liberté?

Revenir aux racines de l'humain n'est jamais facile! Ils faut dépasser ses habitudes, pourtant nécessaires, mais qui ne doivent pas devenir des carcans. Il s'agit d'un chemin que l'on est libre de suivre pour un retour à l'essentiel et un voyage avec Jésus.

Emission enregistrée en 2013

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