[DOSSIER] Si Dieu est tout-puissant, pourquoi la souffrance?

En cette fin août, alors que le centre de l'Italie est meurtrie par un violent séisme qui a fait plus de 250 morts, RCF vous propose un dossier pour vous guider dans la prière.

Si Dieu est tout-puissant, pourquoi la souffrance?

Si Dieu est tout-puissant, pourquoi la souffrance?

La souffrance interdit de vivre à la superficie de soi-même. Elle casse l'image que l'on veut donner aux autres, à soi. Bénédicte Draillard reçoit Martine Mertzweiller.

Pourquoi la souffrance renvoie-t-elle à la vie intérieure? Il arrive souvent en effet que la douleur, aussi bien physique que psychique ou sociale, pousse certains à franchir le seuil d'une église. Le cri de celui qui souffre intensément est semblable à celui du nouveau-né qui a besoin d'être accueilli par des mains bienveillantes. La personne souffrante revient dans cet essentiel de la relation: j'ai besoin des autres, j'ai besoin que l'on prenne soin de moi. Devant quelqu'un de souffrant, on se sent souvent démuni. L'accueil est souvent la meilleure attitude à adopter.

"Quand on souffre on a besoin de frères"

La souffrance vue comme une punition céleste. On est tellement fait pour le bonheur, pour la vie, que quand quelque chose ne va pas dans notre vie, on éprouve le sentiment d'être visé. Dans la Bible aussi, on lit parfois que la souffrance est vue comme une punition céleste. Or, le châtiment ne peut pas venir de Dieu.

 

Emission enregistrée en novembre 2015

 

L'homme seul face à la souffrance

Le Temps de le dire

La souffrance a toujours une part d'indicible. Ce mal intime qui isole, personne ne peut le vivre à notre place. Pourtant, le Christ l'a traversé. On en parle avec Stéphanie Gallet.

Maladie, accident, chômage, agression, attentat, incendie, perte d'un proche, abandon, trahison... Comme une coulée de boue dévastant tout sur son passage, les catastrophes qui font irruption dans nos vies détruisent ce qui donne sens au quotidien: nos plus solides certitudes, nos carapaces parfois, et même nos convictions.
 

Où est Dieu dans tout ça?

Chez ceux qui ont la foi chevillée au corps aussi, le doute peut s'insinuer. "L'humain est un être d'une très très grande vulnérabilité", observe Véronique Margron. "Nous passons notre temps à imaginer construire des principes de précaution, sauf que tout cela ne comblera jamais cette extrême vulnérabilité de l'humain à qui à tout instant il peut arriver le meilleur comme le tragique."

 

À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.
Vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éli, Éli, lema sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt, 27, 46-47)*

 

le cri de Jésus: "Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?"

Un cri d'angoisse, de solitude. "Toute souffrance inclut de la solitude car personne ne peut rejoindre ma souffrance dans mon corps", explique Véronique Margron. Grand mal contemporain, la solitude, si elle peut être heureuse, peut aussi devenir "ce qu'il y a de plus noir dans nos vies". Cette solitude subie et vécue comme un sentiment d'abandon, procure le sentiment d'être "seul au monde avec sa détresse".
 

La souffrance ne peut que révolter

"La souffrance est toujours un scandale, car l'être humain n'est pas fait pour ça", pour Véronique Margron. Quand elle a commencé à écrire sur l'épreuve du cancer qu'elle traverse, Marianne Guéroult a d'abord voulu dire "regardez ce que je souffre!". Elle voulait crier comme Job, dire le scandale de la maladie et aussi sa traversée du doute, malgré la foi car Marianne Guéroult est pasteur. "Ecrire a été un peu thérapeutique, poser des mots m'a aidée." Peu à peu l'écriture est devenu pour elle un chemin de vie: "finalement il n'y a pas que la souffrance, je ne suis pas que souffrance, je suis vivante."

 

*source: AELF

 

Abraham ou la mise à l'épreuve dans la vie spirituelle

Abraham ou la mise à l'épreuve dans la vie spirituelle

Le troublant récit du sacrifice d'Abraham, sœur Marie Ricard l'a longuement médité. Au micro de Véronique Alzieu, elle explique toute la densité humaine que le texte dégage.

"Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit : « Abraham ! » Celui-ci répondit : « Me voici ! » Dieu dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai. »"*

 

Au chapitre 22 du Livre de la Genèse, le lecteur trouve un récit troublant. Dieu demande en effet à Abraham de sacrifier son fis unique Isaac. Pourquoi le père des croyants devrait-il tuer cet enfant inespéré qu'il a eu dans ses vieux jours avec son épouse Sarah? Pourquoi un tel sacrifice? Ce passage de la Bible, soeur Marie Ricard l'a approché à sa façon, c'est-à-dire avec du temps, beaucoup de temps. C'est d'ailleurs cela que la religieuse aime, le silence en elle autour d'un épisode ou d'un personnage biblique. Une longue prière sans mots. C'est ainsi qu'elle a déjà médité la figure du prophète Elie. "Ligne à ligne, pied à pied, pas à pas", comme elle le dit, elle laisse venir ou pas ce que le texte a à éveiller en elle.

Trois jours et trois nuits séparent le moment où Abraham quitte sa maison pour se rendre au lieu du sacrifice. Ce sont ces jours-là et ces nuits-là que soeur Marie Ricard a médité en se mettant dans la peau des personnages. Mais comme elle le précise, "la Bible n'est pas un réceptacle d'histoires: nous vivons ce que vit Abraham". Ainsi, l'interprétation que fait Abraham de l'ordre de Dieu comme une demande de sacrifice humain n'est pas nécessairement la juste interprétation. "C'est toute notre violence, toute notre incapacité de croire à la gratuité", qui est exprimée ici. "Ce sont nos réactions à nous, c'est notre révolte." Le récit du sacrifice d'Abraham montre à quel point la Bible présente l'homme "tel qu'il est". C'est un texte impregné de tout la patte humaine.

 

*Source: AELF

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