Le serviteur inutile décrit par Saint Luc est-il insignifiant

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Voix Protestantes

mercredi 30 octobre 2019 à 12h03

Durée émission : 26 min

Le serviteur inutile décrit par Saint Luc est-il insignifiant

© Photo Christian Apothéloz

Avec Roberto Beltrami, nous entrons dans un texte a priori déroutant qui taxe le "service", le bien, d'inutile. Echanges sans concession sur la grâce, la liberté, les oeuvres et la foi

Luc chapitre 17 versets 5 à 10

Les apôtres dirent au Seigneur: Augmente-nous la foi. 
Et le Seigneur dit: Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à ce sycomore: Déracine-toi, et plante-toi dans la mer; et il vous obéirait.

Qui de vous, ayant un serviteur qui laboure ou paît les troupeaux, lui dira, quand il revient des champs: Approche vite, et mets-toi à table?
Ne lui dira-t-il pas au contraire: Prépare-moi à souper, ceins-toi, et sers-moi, jusqu'à ce que j'aie mangé et bu; après cela, toi, tu mangeras et boiras?
Doit-il de la reconnaissance à ce serviteur parce qu'il a fait ce qui lui était ordonné?
Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites: Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire.

Qu’est ce que cette conception de choses prônée par Jésus Christ dans les évangiles a pu m’énerver (et parfois elle le fait encore et il m’arrive de crier à l’injustice). J’étais très bon étudiant dans ma lointaine jeunesse...j’avais de très bonnes notes. Et il m’arrivait souvent d’arriver devant mes parents, fier de moi-même pour leur présenter le carnet de notes qu’ils devaient signer. Je ne m’attendais pas à ce qu’ils me portent sur leurs épaules et manifestent en centre ville en mon honneur. Mais de là à recevoir un « très bien , continu ainsi, tu ne fais qu’accomplir ton devoir »....il y avait une certaine différence dans les attentes des uns et de l’autre, moi.

Lors d’une première lecture rapide, on peut crier à l’injustice et dire que si c’est bien cela ce que Dieu propose par la voix de Jésus Christ aux chrétiens, on va changer de religion, on ira voir ailleurs si l’herbe est plus verte...ou bien on continuera ici mais avec la ferme intention de ne pas faire attention à ce que l’évangile nous dit aujourd’hui. Ce ne sera pas la première fois donc...une tâche de plus chez un chrétien dalmatien ça ne se verra pas.

Avec quoi a démarré toute cette réponse de Jésus? Avec une question sur la foi précédé d’un enseignement sur le pardon. Augmente en nous la foi, demandent les apôtres. Que ne reverrions nous d’une chose pareille, que notre foi soit aussi puissante qu’elle puisse envisager de grandes choses pour les autres et pour nous. Et ce qui est curieux dans le texte c’est que Jésus lie « l’ampleur », la « grandeur », la dimension de la foi à celle du service de l’autre. Et pas de n’importe quel autre, de Dieu. Un Dieu qui nous demande de nous mettre à son service de cette manière complètement désintéressée puisque c’est ainsi que nous « augmenterons » notre foi et la ferons aller plus loin.

Cette parole de Luc est adressée à l’église, à nous. Nous sommes les apôtres qui , démunis devant l’ampleur de la tâche, demandent au Maître d’augmenter en eux la foi. Et ces paroles de Jésus sont adressés à la communauté croyante et cela on peut le voir dans les personnages du texte. Les ministres de la jeune communauté chrétienne étaient appelés doulos=esclaves ou serviteurs, le verbe utilisé pour dire « servir » est diacono. Paître le troupeau est la fonction essentielle du ministre, du pasteur, du berger de l’Eglise, à la suite de Jésus...manger et boire, cela ne vous évoque rien dans le cadre de l’église? Le champ évoque généralement le champ de mission de l’église, labourer à la diffusion de la parole de Dieu. Les tâches à l’intérieur de la maison sont le complément indispensable à activité à l’extérieur, dans le monde. Le tout en suivant l’exemple donné par Dieu en Jésus Christ.

Nous voyons l’effort répété et inutile de l’être humain de justifier son existence et de lui donner du sens par lui même. Seul Dieu en est capable de faire cela. Et en Jésus Christ il nous donne des clés pour qu’on s’approche de ce sens. Aujourd’hui Il nous dit que l’accomplissement de nous mêmes dans la foi passe indéfectiblement par le fait de nous mettre au service de Dieu et de notre prochain de cette manière complètement désintéressée et totale. En étant heureux heureuse que Dieu nous appelle à son service, malgré et surtout parce que nous ne Lui sommes pas indispensables. Mais Il veut bien de nous.

Evidement notre orgueil peut prendre ombrage avec cet appel radical à l’humilité. Mais il n’y a pas de salut ni de sens, ni de vie dans l’orgueil ni dans l’égo. Mais dans la foi et le service désintéressé à Dieu et au prochain, sans attendre de félicitation ou récompense. C’est aussi simple et aussi radical que cela.
Conclusion:

Et il n’y a rien de plus libérateur que de sortir de la logique du donnant-donnant, de la récompense et du châtiment, de la dette perpétuelle qui finit toujours par nous asservir et nous rendre esclaves. Ici, curieusement, voire paradoxalement le fait de nous rendre esclaves=serviteurs de Dieu et de notre prochain, sonne le début de la véritable liberté. En irradiant cette logique dans nos familles, au travail, partout...on sera témoins vivants de l’évangile qui transforme. Surement nous passerons pour des naïfs mais probablement notre bonheur est à ce prix. Alors soyons prêt à devenir de plus libres. Dieu seul peut faire cela en nous. A Lui seul la gloire. Amen.

Invités

  • Roberto Beltrami, Pasteur Théologien

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Émission de l’Église protestante unie. La parole est aux initiatives locales comme aux manifestations ou propos nationaux des protestants réformés. Pasteurs, laïcs engagés, personnalités du protestantisme s’expriment chaque semaine aux micros de Christian Davaine, Christian Apothéloz et Frédéric Banégas

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