Le profane et le sacré - L'intégrale

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Eglise pour les nuls : L'intégrale

dimanche 3 mars 2019 à 12h25

Durée émission : 30 min

Le profane et le sacré - L'intégrale

​Sacré vs profane : Quand on interroge les chrétiens sur cette notion, les réponses sont aussi variées que déconcertantes. Le sacré est-il vraiment central pour les chrétiens?

Source La vie
Edition du 22 janvier 2015 (n°3621)

QU’EST-CE QUI EST SACRÉ ?Le christianisme, religion de la sortie du sacré ?

Publié le 21/01/2015 à 11h00 - Mahaut Herrmann

Quand Pierre a appris que la nouvelle pièce de Romeo Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu, mettait en scène des excréments devant un portrait du Christ, il a décidé d’aller manifester. Le jeune étudiant se justifie : « Le Christ est une figure importante dans ma vie et je considérais que ce spectacle, et d’autres, portaient atteinte à Jésus. » Face à la pièce Golgota Picnic, de Rodrigo Garcia, au tableau Piss Christ, d’Andres Serrano, aux actions des Femen, ou encore aux caricatures du pape et de la Trinité dans Charlie Hebdo, un cri du cœur semble fédérer les opposants : « On a touché au sacré ». Comme une évidence.

La notion d’inviolabilité

Oui mais… qu’est-ce qui, pour les catholiques, est fondamentalement sacré ? Marie, 37 ans, professeure de lettres, pense immédiatement à la citation de Jean Vanier : « Tout homme est une histoire sacrée. » Pour Laurence, célibataire consacrée, « ce qui “touche” au Christ est de fait sacré : la vie, les lieux et les objets du culte… » Certains étendent la notion aux questions d’éthique, voire de politique. Ainsi Marie, 22 ans, étudiante, explique que « Dieu, la Bible et la vie, et tout ce que ça implique concernant l’IVG, l’euthanasie et la dignité d’autrui » sont sacrés « d’un point de vue religieux ». D’autres défendent une vision plus restrictive. Jacques, journaliste et essayiste, en est certain : « Les seules choses réellement sacrées, ce sont le corps et le sang du Christ. » Une position que Christine approuve : « Il n’y a pas d’objet sacré en dehors des espèces eucharistiques », « les relations avec Dieu » l’étant aussi.

Le magistère tranche-t-il le débat ? Pas vraiment. Le Catéchisme de l’Église catholique (CEC) ne donne pas de définition du sacré, sinon en creux : il en parle en traitant… du sacrilège et du blasphème. L’article 2010 affirme que « le sacrilège consiste à profaner ou à traiter indignement les sacrements et les autres actions liturgiques, ainsi que les personnes, les choses et les lieux consacrés à Dieu. Le sacrilège est un péché grave surtout quand il est commis contre l’Eucharistie puisque, dans ce sacrement, le Corps même du Christ nous est rendu présent substantiellement. » En même temps, le CEC reconnaît que les réalités sacrées sont nombreuses et établit une hiérarchie entre elles. De quoi laisser quelque latitude à la conscience. Mais s’il semble facile de citer ce qu’on tient pour sacré du côté catholique, il est plus compliqué d’expliciter pourquoi. « Le sacré, c’est ce pourquoi je suis prêt à mourir si on veut le détruire ou le profaner », ose Charles. Ce retraité « catho de gauche » se souvient du jour où le tabernacle de l’église paroissiale a été vandalisé. « Quand j’ai vu les hosties répandues partout, j’étais bouleversé. Un geste aussi volontairement blessant est un viol de conscience pour la communauté. »

Il n’est d’ailleurs sans doute pas anodin que les tentatives de définir le sacré ont lieu le plus souvent après des provocations artistiques conçues pour susciter les réactions des croyants. Serait-ce que le sacré dépasse l’intelligible, pour atteindre le plus profond de l’instinct de l’homme religieux ? François Euvé, jésuite, rédacteur en chef de la revue Études, abonde en ce sens. « Le sacré, c’est ce qui est indisponible, inviolable, ce sur quoi on ne peut pas mettre la main, qu’on ne peut manipuler. Le lieu sacré est le lieu inaccessible. » Et cette inaccessibilité a un effet : « L’objet sacré est celui qu’on ne peut pas toucher, ou dans des circonstances particulières. Un personnage sacré est quelqu’un que l’on doit respecter absolument. Porter atteinte au sacré relève du blasphème », ajoute-t-il.

Du blasphème à la désacralisation

Nous voilà revenus à cette notion de blasphème, décidément centrale. À l’époque de Piss Christ et de Golgota Picnic, en 2011, certains catholiques avaient manifesté, comme Pierre. D’autres s’étaient retrouvés pour prier et méditer sur la passion du Christ, comme à Paris, à l’appel du cardinal André Vingt-Trois. Et il y avait eu tous ceux qui avaient adopté la ligne du curé de campagne de Bernanos : « Vous pourriez lui montrer le poing, lui cracher au visage, le fouetter de verges et finalement le clouer sur une croix, qu’importe ? Cela est déjà fait. » Le blasphème, atteinte suprême au nom de Dieu, à l’Église et au sacré ? Pas seulement. L’article 2148 du CEC ajoute qu’« il est encore blasphématoire de recourir au nom de Dieu pour couvrir des pratiques criminelles, réduire des peuples en servitude, torturer ou mettre à mort. L’abus du nom de Dieu pour commettre un crime provoque le rejet de la religion ». De quoi élargir encore l’idée du sacré, en l’étendant à l’être humain, créé à l’image de Dieu.

Une vision qu’on retrouve dans le protestantisme. « Pour un protestant, il n’y a rien de sacré, sinon Dieu lui-même, et la vie qu’il a donnée à l’humain », explique Gilles Boucomont, de l’Église protestante unie de France, pasteur du temple du Marais (Paris IVe). Une position à laquelle souscrit Florent Varak, pasteur de l’Église évangélique protestante de Villeurbanne-Cusset (Rhône) : « Les conséquences de la mort et de la résurrection du Christ sont radicales sur la notion de sacré. Il n’y a pas de lieux sacrés, pas d’objets sacrés, pas d’hommes sacrés, si ce n’est l’ensemble des rachetés en qui l’Esprit vit. » Comme de nombreux fidèles, Laurence insiste aussi sur l’importance du lien entre ce qui est sacré et la personne du Christ. « Pour moi, de plus en plus, le sacré est d’abord une personne. Des choses sont sacrées en tant qu’elles touchent au Christ, qu’elles ont un rapport avec lui. Là, tout devient sacré, si je puis dire : la vie, le travail, etc. » Lucie, mère de famille et orthophoniste, a fait une expérience semblable : « Tout ce que nous avons sacralisé au cours de l’Histoire ne me semble être au service que de cela : nous permettre de comprendre et de croire que notre vie vient de Dieu et va vers Dieu. » De quoi se demander si, en fin de compte, le christianisme ne serait pas la religion de la désacralisation : plus de sources sacrées, de bois sacrés, de statues sacrées, mais une source unique de sacralité, le Christ. Les protestants en sont convaincus. Mais l’hypothèse passe mal chez certains catholiques.

Vers une resacralisation du monde

L’idée du christianisme comme sortie du sacré, sur le modèle de la fameuse thèse de Marcel Gauchet sur la« religion de la sortie de la religion », fait ainsi bondir l’abbé Guillaume de Tanoüarn, de l’Institut du Bon-Pasteur (traditionaliste) : « Le sacré, c’est d’abord ce qui nous permet une réappropriation du temps. On peut dire après Péguy : “Les événements, dit Dieu, c’est moi qui vous aime”. Faut-il penser que l’espace n’est pas touché par cette immense tentative de resacralisation du monde qu’est l’Incarnation, continuée en chaque homme ? » Malgré leurs divergences ecclésiologiques et liturgiques, François Euvé le rejoint partiellement. « Le christianisme est pour une part complice de cette désacralisation du monde, car la religion biblique insiste sur l’absolue transcendance de Dieu : rien de ce qui est dans ce monde ne peut représenter Dieu. Mais pour une part seulement, car l’Esprit de Dieu est partout présent. Si le christianisme accompagne la naissance de la civilisation moderne, il doit aussi en critiquer les dérives. »

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