Marie-Madeleine, de la pécheresse repentie à "l'apôtre des apôtres"

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Halte spirituelle, l'intégrale

vendredi 29 septembre 2017 à 23h00

Durée émission : 55 min

Marie-Madeleine, de la pécheresse repentie à "l'apôtre des apôtres"

© Wikimédia Commons - La Madeleine à la veilleuse, par Georges de La Tour v. 1642-1644

Pendant des siècles, l’Occident a réduit Marie-Madeleine à une femme pécheresse repentie. C’était oublier qu’elle est la première à qui le Christ ressuscité se manifeste au matin de Pâques.

On en oublierait qu'elle est la première personne à qui le Christ ressuscité s'est manifesté au lendemain de Pâques. Pendant des siècles l'Occident a réduit Marie-Madeleine (aussi appelée Marie de Magdala) à une pécheresse, incarnation d'une sensualité suspecte et tentatrice. Or Marie-Madeleine est bien cette femme apôtre des apôtres: ce que défend Sylvaine Landrivon dans son livre "Marie-Madeleine - La fin de la nuit" (éd. Cerf). La théologienne travaille depuis plusieurs années sur la place du féminin dans l'Église ou les Écritures.
 

Avec Marie-Madeleine, "l'enjeu est de revenir à une image de femmes qui peuvent avoir des responsabilités, assumer des rôles et avoir une parole d'autorité, y compris dans l'Église"

 

Marie-Madeleine, l'image de la pécheresse repentie

Les arts en Occident l'ont représentée maintes et maintes fois à moitié dénudée, les cheveux défaits. Or, représenter la Madeleine en prostituée repentie, c'est être plus fidèle à "La Légende dorée" de Jacques de Voragine (1228-1298) ou à ce qu'en a fait le pape Grégoire le Grand, qu'aux évangiles "Tout a été axé en Occident, rappelle Sylvaine Landrivon, sur ce rôle de pécheresse."

En voulant montrer l'extraordinaire de la conversion d'une telle pécheresse par la sublimation d'un élan mystique, on a laissé peu de place à l'interprétation. Pour les femmes chrétiennes, cette Marie-Madeleine ne peut offrir que deux modèles: soit celui de la Vierge soit de la prostituée. La pécheresse ou la mystique: dans les deux cas l'image de la femme est fortement réduite. Comme Judith, cette femme largement méconnue de l'Ancien Testament et "qui a sauvé le peuple d'Israël", Marie-Madeleine illustre la façon dont on a pu instrumentaliser les femmes dans l'histoire du christianisme.

 



 

La Marie-Madeleine apôtre des apôtres

Ce n'est pas un hasard si le pape François, qui défend une "théologie de la femme", a érigé au rang de fête (le 22 juillet) la mémoire de Marie de Magdala, par décret de la Congrégation du culte divin le 3 juin 2016. Une façon de rappeller que Marie-Madeleine est l'apôtre des apôtres, selon la formule d'Hippolyte de Rome.

Et de changer l'image de Marie-Madeleine: au-delà de la pécheresse repentie, elle est une femme envoyée en mission. "L'enjeu, pour la théologienne, est de sortir les femmes de cette image où tout est presque dans la corporéité, le péché et la sublimation par l'affectif pour revenir à une image de femmes qui peuvent avoir des responsabilités, assumer des rôles et avoir une parole d'autorité, y compris dans l'Église."

 



 

Marie de Magdala, une femme amie de Jésus

Le personnage de la Madeleine a été largement "fabriqué" par Grégoire le Grand, explique la théologienne. Contrairement à la tradition exégétique orientale, en Occident on a souvent confondu les Marie des évangiles. La Marie de Béthanie et la Marie de Magdala, citées dans l'évangile de Jean. Marc et Matthieu décrivent eux des scènes d'onction où intervient une femme qui n'est pas nommée. Et l'évangile de Luc évoque une femme pécheresse qui fait une onction sur les pieds du Christ. Pour Sylvaine Landrivon, "rien ne permet de faire l'amalgame et de faire ce personnage composite de la Madeleine que nous a donné l'Occident".

Qui était Marie de Magdala? "Les évangiles la présente comme une femme amie de Jésus qui a été malade et que Jésus a guérie", explique la théologienne. Une femme qui a vendu tous ses biens pour suivre le Christ. Marie de Magdala était présente au pied de la croix et au tombeau. C'est à elle que le Christ ressuscité s'est révélé en premier. Il lui a donné la mission "extraordinaire d'aller éveiller les disciples qui n'avaient rien compris", comme le dira Romain le Mélode, poète du VIè siècle.

 

Invités

  • Sylvaine Landrivon , théologienne, maître de conférences en théologie à l'Université catholique de Lyon (UCLy), responsable pédagogique de Théo en ligne

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Le présentateur

Véronique Alzieu

Journaliste à RCF depuis 1993, Véronique s'est spécialisée au fil des ans dans le domaine de la foi, de la vie spirituelle et de la recherche de sens. Elle a choisi la radio parce que c'est un média de proximité, chaleureux sans être intrusif. Son léger accent trahit ses origines pyrénéennes qu'elle revendique avec joie!