Qu'est-ce que la Toussaint?

© Wikimédia Commons - Christ glorifié dans la cour des cieux, par Fra Angelico (v.1423)

Ce dimanche 1er novembre, les catholiques fêtent la Toussaint, la fête de tous les saints. Ces hommes et ces femmes reconnus par l'Église comme témoins de l'amour de Dieu et incarnation du message du Christ. Cette fête est l'occasion de rappeler que chacun est appelé à la sainteté.

Pourquoi la mort est-elle source d'espérance pour les chrétiens?

Le b.a.-ba du christianisme

Parfois, on a tendance à confondre la Toussaint et le Jour des morts. Cependant, les deux fêtes se nourrissent l'une de l'autre et disent quel est le sens de l'espérance chrétienne.

Au lendemain de la Toussaint, l'Église catholique commémore ses fidèles défunts. Une période traditionnellement consacrée à une visite familiale au cimetière et à l'entretien des tombes. Mais quel est le sens de ces célébrations, qui posent un lien entre la mort et l'espérance chrétienne ? Réponses du Père Sébastien Antoni.

 

La toussaint, la fête de l'espérance

La fête de la Toussaint, c'est la fête de l'espérance, explique le Père Antoni, "c'est la fête du bout du chemin que l'on entreprend, c'est le bout du chemin de l'Évangile, c'est l'arrivée à ce à quoi nous aspirons tous, la vie auprès de Dieu, au plus proche de Dieu". Dans la foi chrétienne en effet, "le rêve de Dieu c'est de nous avoir auprès de lui".

Parfois, on a tendance à confondre la Toussaint et le Jour des morts, ce qui choque certains catholiques. "Bien sûr on ne mélange pas les deux, mais en même temps pour être saint il faut être mort, donc les deux sont forcément intimement liés, observe Sébastien Antoni, les deux fêtes se nourrissent l'une l'autre de l'espérance de l'une de l'autre."

 

le Jour des morts, se souvenir de nos proches

Nos proches disparus, on s'en souvient le jour de la Toussaint, car "on espère que nos défunts, nos proches sont entrés dans la béatitude de Dieu, c'est-à-dire dans la sainteté auprès de lui".

La commémoration des fidèles défunts remonte au Xe siècle, lorsque l'abbé Odilon de Cluny (v. 962-1048) a demandé aux moines de l'ordre clunisien de prier spécialement pour les défunts, au lendemain de la Toussaint. "Parce qu'on estime que tout le monde n'entre pas directement au paradis, ça c'est le secret de Dieu, il y a une période d'attente que l'Église appelle le purgatoire, un temps de purification."

 

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Christiane Rancé : les saints sauveront le monde

Christiane Rancé : les saints sauveront le monde

Tous différents, les saints montrent que l'on peut incarner l'amour de Dieu à l'infini. Pour Christiane Rancé, qu'il y ait des saints aujourd'hui est fondamental pour l'avenir de l'humanité.

Oser tout donner à la suite du Christ, vivre véritablement la voie de la charité enseignée par Jésus, prendre au sérieux l'Évangile : c'est ce qu’ont fait les saints, ces femmes et ces hommes que nous fêtons tout au long de l'année mais aussi lors de la Toussaint. Dans son exhortation apostolique sur la sainteté le pape François invite tous les baptisés à rechercher la sainteté. Difficile cependant de se comparer à Paul de TarseMère TeresaFrançois d’Assise ou Thérèse de Lisieux ! Ces géants de la foi peuvent-ils nous servir de modèles ? Ou alors, les saints, que l'on a souvent enfermés dans des représentations désuètes, ne sont-ils pas des figures poussiéreuses ? Auteure du "Dictionnaire amoureux des saints" (éd. Plon), Christiane Rancé est "tout à fait persuadée" que "la sainteté et l'émergence de saints dans notre monde est la question la plus fondamentale pour garantir l'avenir de l'humanité".

"Le saint c'est celui qui choisit éperdument de faire la connaissance avec le bien, dans la définition que le Christ en a donné : l'amour"

 

qui sont les saints ?

"Les saints sont nos compagnons invisibles", explique Christiane Rancé. On peut leur parler, leur demander d'intercéder pour soi et pour le monde, parce que d'une certaine façon ils sont nos contemporains. "Les saints sont nos contemporains car ils ont incarné dans une permanence éblouissante, la parole qui tient le monde et qui la sauve."

Pour les catholiques, le sacrement du baptême "nous rend tous saints". Bien plus qu'un objectif, la sainteté est donc "un chemin" qui permet d'accéder "au modèle le plus parfait qui soit, le Christ". Et si Christiane Rancé consacre un dictionnaire aux saints, c'est que leur rôle dans le monde est essentiel : ce sont des êtres "comme vous et moi" qui "peuvent faire en sorte que le cours de l'histoire soit redressé". 

 

 

Les saints ne sont pas des modèles

Les saints ne peuvent pas être des modèles car le modèle c'est le Christ. Un modèle que chaque saint a justement "élargi". En observant la vie de chaque saint on découvre comment ont été interprétées ou appliquées les notions de charité, d'amour du prochain ou de joie chrétienne. "Chacun dans son action, dans l'abandon qu'il a eu pour l'amour du prochain pour l'amour du Christ, a élargi cette notion de sainteté."

"D'une certaine façon, on comprend qu'on est là dans quelque chose de fluide, dans quelque chose d'infini, qui n'a pas de limite." Pour Christiane Rancé, il y a quelque chose d'"extraordinaire" dans le fait que "chacun a eu sa signature particulière, chacun a trouvé sa voie et sa façon si particulière d'incarner les Évangiles à un moment donné de l'histoire".
 

À quel moment bascule-t-on dans la sainteté ? 

Le saint "constitue ce terrain infiniment élargissable, pour peu chaque homme décide d'élargir ce cercle immense". Devenir saint, cela demande d'abord une "éducation", une "transmission" de la parole évangélique. "Ce qu'il y a de très beau aussi dans la sainteté c'est que le culte des saints ce qu'est que le culte d'une transmission, d'une incarnation possible de la parole évangélique."

Il faut aussi "une révélation". "Cette intranquillité, cette conscience malheureuse de la possibilité du mal qui peut travailler un être et l'amener à reprendre en considération la liberté essentielle." Prendre conscience de l'infinie liberté de l'homme de choisir entre le bien et le mal. "Le saint c'est celui qui choisit éperdument de faire la connaissance avec le bien, dans la définition que le Christ en a donné : l'amour."

 

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Les saints: en quoi sont-ils un modèle?

Les saints: en quoi sont-ils un modèle?

Beaucoup d'hommes et de femmes n'ont jamais été déclarés saints mais ils nous ont inspiré l'idée de la sainteté. Ils avaient ce petit quelque chose d'extraordinaire de l'ordre de la bonté.

La jour de la Toussaint est la fête de tous les saints. Il y a les plus connus, comme sainte Thérèse de Lisieux ou saint Vincent de Paul. Et d'autres, pas forcément canonisés, comme Sœur Emmanuelle, Etty Hillesum, Marcel Van, ou Claire de Castelbajac. Michel Cool, auteur en 2014 de "La nouvelle légende dorée" (éd. Salvator), nous explique ce qu'est la sainteté, "une histoire d'amour de quelqu'un qui prend au sérieux l'amour de Dieu".
 

"Être saint, c'est être profondément enfant de Dieu, rester avec cette spiritualité de l'enfance, cette fraîcheur qui fait qu'on est disponible aux autres"

 

Étre saint, vouloir ressembler à Jésus

"Les saints ont cette obsession-là: imiter Jésus." Le premier saint de l'histoire, c'est le Christ, le "saint des saints". Et depuis 2.000 ans l'histoire des saints est celle d'hommes et de femmes qui ont désiré ressembler au Christ. Ce n'est pas un hasard si l'un des livres les plus célèbres du catholicisme s'appelle "L'Imitation de Jésus-Christ", écrit par un anonyme entre les XIVe et XVe siècles.
 

Combien de saints ?

Difficile de connaître le chiffre exact de tous ceux que l'Église a canonisés, tellement il y en a ! Même nos éphémérides ne les recensent pas tous. D'ailleurs, beaucoup de personnes n'ont jamais été officiellement déclarées saintes mais ont pu inspirer à leurs contemporains une idée de la sainteté.

"Et il y a des saints parmi nous, rappelle Michel Cool, nous ne le savons pas et même l'Église ne le sait pas !" Souvent ils sont détectés par ce que le pape François appelle sensus fidei, que l'on pourrait traduire par "le bon sens populaire". "Cette façon que l'on a chacun de se dire : cette femme, cet homme, a quelque chose d'extraordinaire qui fait qu'il ou elle me communique quelque chose de l'ordre de la bonté."

 

Cette conscience aigüe d'Étre aimé de Dieu

La sainteté n'est pas réservée à une élite. Quiconque fait la découverte saisissante qu'il est aimé de Dieu peut désirer vouloir être saint. Humilité et charité sont les maîtres mots de celui qui désire aimer Dieu. "La sainteté c'est une histoire d'amour de quelqu'un qui prend au sérieux l'amour de Dieu."

Cela se fait souvent au prix d'un combat. Sainte Thérèse de Lisieux, que Michel Cool appelle "[sa] petite sœur du Ciel", offre l'exemple d'une "lutte permanente pour ne pas obéir qu'à son sur-moi". Pour lui, être saint, c'est être "profondément enfant de Dieu, rester avec cette spiritualité de l'enfance, cette fraîcheur qui fait qu'on est disponible aux autres".

 

Entretien réalisé en octobre 2017

 

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La sainteté pour tous avec le pape François

Halte spirituelle, l'intégrale

"N'aies pas peur de viser plus haut.". Le pape François invite tout homme de bonne volonté à la sainteté. Une vie ordonnée à l'évangile pour se mettre au service du monde et de la société...

​En matière de sainteté, l'Église catholique propose des Vincent de Paul, des François de Sales, des Catherine de Sienne, des François d’Assise ou des Thérèse de Lisieux... Des géants de la foi, autant dire des modèles impossibles à imiter. Mais il y a aussi "les saints de la classe moyenne" : les Monsieur et Madame Tout-le-monde, celui ou celle qui fait ses courses pour nourrir sa famille, la religieuse âgée qui continue de sourire, l'enseignant qui essaie de donner le meilleur de lui-même aux élèves. Le pape François nous dit que la sainteté n’est pas réservée aux gens extraordinaires : c’est le message de son exhortation apostolique "Gaudete et exsultate - Sur l'appel à la sainteté dans le monde actuel", rendu public le 9 avril 2018. Le Père Philippe Abadie nous montre toute la beauté de ce texte.
 

"La sainteté c'est une qualité du regard, qui fait que dans l'autre je ne vois pas d'abord le mal, mais la manière dont il est aimé par Dieu"

 

EXHORTATION APOSTOLIQUE "GAUDETE ET EXSULTATE" - Dans son exhortation apostolique "Gaudete et exsultate" sur la sainteté, le pape François rappelle que "le vrai bonheur" est à la fois le déroulé et l'objectif de toute vie chrétienne.
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qu'est-ce qu'un saint ?

"Ce qui importe, c’est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même", écrit le pape. Le mot "saint" est la traduction du mot hébreu kadosh qui veut dire "séparé". "La sainteté c'est ce qui nous sépare du vulgaire au sens fort du terme : ce qui nous rend grand, ce qui nous grandit sans nous extraire du monde." En vrai pédagogue le pape François propose non pas une définition du saint mais un guide pour "agir dans le monde entre action et contemplation".

Dans "Gaudete et exsultate", François invite tous les chrétiens à suivre Jésus Christ en vivant pleinement l’Évangile dans leur vie de tous les jours. Il montre que la vie chrétienne ne peut se vivre à moitié, qu'elle prend force et densité dans l'appel à la sainteté : "un dépassement de soi dans l'humilité et dans la miséricorde". "Je trouve que le le pape François a trouvé le ton juste pour nous parler", confie le bibliste.

 



 

De La sainteté à la miséricorde

"La sainteté ce n'est pas d'abord des gestes c'est une relation, une qualité du cœur." Pour le Père Abadie il y a un lien étroit entre sainteté et miséricorde. Dans la Bible, on passe de "Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint" (Lv 19, 2) dans l'Ancien Testament, à "Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux" (Lc 6, 36) dans le Nouveau Testament.

"La sainteté c'est une qualité du regard qui fait que dans l'autre je ne vois pas d'abord le mal mais la manière dont il est aimé par Dieu." Pour le Père Philippe Abadie, spécialiste de la Bible, c'est la vie de Jésus qui est "offerte à tous" comme "chemin de sainteté". Le pape François développe dans son exhortation apostolique "la grande intuition du christianisme : être capable de regarder comme Dieu regarde". Dans l'Évangile la parabole du bon Samaritain illustre ce à quoi chaque chrétien est appelé : à "se rendre proche du regard de Dieu sur l'humanité".

 

ÉMISSION DIFFUSÉE EN JUIN 2018

 

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Peut-on vraiment devenir saint?

Peut-on vraiment devenir saint?

La sainteté n'est pas le propre d'une élite, d'un petit nombre d'élus. La sainteté, explique le Père Sébastien Antoni, c'est désirer être heureux...

Pour être saint, il n'est pas nécessaire d'être prêtre, évêque ou religieux. Il n'est pas non plus nécessaire de s'appeler Ignace de Loyola ou Vincent de Paul. La sainteté n'est pas réservée à un petit nombre, une sorte d'élite qui pourrait consacrer sa vie à Dieu. "Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve", écrit le pape François dans son exhortation apostolique "Gaudete et exsultate" (2018). Mais peut-on vraiment devenir saint malgré nos faiblesses et nos petitesses ? Réponses du Père Sébastien Antoni.

 

La sainteté, c'est vouloir être heureux

Être saint, c'est "l'objectif de toute une vie", explique le Père Sébastien Antoni. "Je veux être saint : disons-le autrement : je veux être heureux." Comment être heureux selon la voie chrétienne ? En empruntant la voie de l'humilité. Qui n'est autre que "la reconnaissance de l'action de Dieu dans ma vie". Se dire que ce n'est pas à soi que l'on doit les bonnes choses qui nous arrivent, mais à quelqu'un de plus grand que soi. 

Le meilleur exemple d'humilité qu'un chrétien puisse trouver c'est celui de la Vierge Marie : elle celle qui a dit oui, qui a accepté le don de Dieu. "Pour recevoir un cadeau il faut l'accepter, souligne le prêtre, c'est là le point de bascule de la foi, cette proposition qui paraît immense, énorme, démesurée, est-ce qu'elle est pour moi ? Oui elle est pour moi et là tout change, tout devient possible, un avenir devient possible."
 

Les béatitudes, "la voie royale pour devenir saint"

"Heureux les artisans de paix", "heureux les doux"... Le texte que l'on appelle communément les Béatitudes, que l'on trouve dans l'Évangile de Matthieu (chapitre 5) et de Luc (chapitre 6), c'est "la voie royale pour devenir saint". Or, "il n'est pas aussi extraordinaire que ça ce texte, consoler ceux qui pleurent, être artisan de paix, c'est très concret finalement, ce n'est pas éthéré, la sainteté pas déconnecté du quotidien ni de la vie des personnes."

"On est tous en capacité d'être consolant, d'avoir une parole qui relève, qui redonne confiance. On peut tous le faire, ça nous coûte pas, sauf peut-être une pudeur ou quelque chose qui nous freinerait, mais à quoi bon perdre son temps dans de la fausse pudeur ? Notre vie est courte à quoi bon ne pas s'engager pleinement dans la relation à l'autre selon cette ligne qui nous est proposée d'aimer ?"
 

Faut-il changer de caractère pour devenir saint ?

Sans tomber sans la fausse bonne résolution ni vouloir changer de caractère, la sainteté suppose "une démarche de conversion". Au sens propre, cela signifie "se retourner". Ainsi, quand on s'éloigne de quelqu'un parce qu'on est fâché avec cette personne, la conversion c'est de tourner la tête pour revenir à lui. "Le changement est là, accepter de tourner la tête, le regard, pour retrouver l'amour, les choses perdues qui nous peinent et qui nous font mal." 

Certes, parfois on s'obstine, persuadé d'avoir raison, "on part en déshérance une tristesse au cœur". Mais le Père Antoni nous explique : "Avoir raison ne suffit pas nécessairement, c'est être dans la vérité qui est le plus important : parfois il faut lâcher, se retourner."

 

Émission d'archive diffusée en octobre 2018

 

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Les saints sont-ils des gens parfaits?

Le b.a.-ba du christianisme

Leur vie semble incroyable, leur témoignage a marqué l'Église. Les saints sont-ils des gens parfaits, sans aspérité ni trouble? Un regard plus attentif montre vite le contraire.

Émission d'archive diffusée en octobre 2018

 

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De la Toussaint au jour des morts, comment les chrétiens voient la vie par Martin Steffens

De la Toussaint au jour des morts, comment les chrétiens voient la vie par Martin Steffens

Pour Martin Steffens, le christianisme encourage à jouer le jeu de la vie, c'est-à-dire à assumer la contradiction entre vivre pleinement et consentir à la mort. C'est cela, la sainteté.

Souvent on confond le jour des morts et la fête de la Toussaint. Une confusion que l'on peut regretter, mais qui mérite qu'on s'y arrête, pour Martin Steffens. "La perspective de notre mort est une invitation à devenir tous saints puisque dès ici-bas, il s'agit de se demander ce que je voudrais que Dieu récapitule aujourd'hui de ma vie." Dans son livre "L'éternité reçue" (éd. DDB), le philosophe montre comment le christianisme est une religion qui encourage à jouer le jeu de la vie, c'est-à-dire à assumer cette contradiction entre la vie qu'il faut vivre pleinement et la mort à laquelle il faut consentir. ""Le chrétien est fait pour la vie", dit-il.
 

"La perspective de la mort, loin de vider la vie de tout son sens en donne l'urgence et la mesure: en ce sens elle est une invitation radicale à la sainteté"

 

Jour des morts, se souvenir de ceux qui nous ont quittés - Le 2 novembre, jour des défunts. Plus de 35 millions de Français se rendent chaque année au cimetière. Au lendemain de la Toussaint, fête qui célèbre l'espérance chrétienne au-delà de la mort, ils font mémoire des défunts. Une journée pour se souvenir de ceux qui nous ont quittés.
> Voir le dossier

 

La mort pour les chrétiens, faire avec sans se résigner

Au cœur de la conception chrétienne de la vie et de la mort il y a un paradoxe. Le Dieu des chrétiens, celui de la Bible, est en effet le Dieu de la vie. "Le chrétien est fait pour la vie car il est fait par un Dieu vivant", explique Martin Steffens. D'un autre côté, "une vie qui refuserait totalement de mourrir à elle-même", c'est-à-dire qui refuserait l'épreuve de la mort et de la souffrance, cette vie-là serait "captive d'elle-même".

On a souvent critiqué les chrétiens pour leur façon nier la mort et de ne voir que la vie éternelle. Or dans la perspective chrétienne, il ne s'agit en aucun cas de nier la mort, mais d'y consentir. C'est vrai que cela peut sembler contradictoire, admet le philosophe. Avec Simone Weil (1909-1943), il nous invite à trouver ce juste équilibre entre vivre pleinement et se laisser déposséder de la vie. À l'inverse, un philosophe comme Niezsche "est devenu fou de ne vouloir une vie qui ne soit que vivante". Pour Martin Steffens, ce que Nietzsche "ne voit pas" c'est que dans ce qui vient "blesser la vie" il y a le sens que les anglophones donnent au mot "blessing", c'est-à-dire "bénédiction".

 



 

les saints nous apprennent que faire de la mort

On a aussi critiqué les catholiques pour le caractère doloriste de leur religion. Niezsche, encore lui, y a vu une négation de soi, voire un suicide de soi. Or, dans la perspective chrétienne, il y a ce que Martin Steffens appelle, à la suite de Blaise Pascal, "l'idée chrétienne d'usage": on ne demande pas à Dieu une vie sans épreuve mais la grâc que cette épreuve nous rapproche de lui.

Au fond, comme le dit Martin Steffens, les saints ne sont pas des sages. "Le saint est celui qui a un désir crucifiant d'une vie toujours plus forte, toujours plus grande mais qui est invité à accueillir ce qui vient blesser cette vie comme quelque chose qui va lui demander des bras toujours plus ouverts, toujours plus accueillants." Si le sage est celui qui "est parvenu à résorber la contradiction de l'existence", le saint est celui qui l'assume, qui la vit, qui l'accueille dans toute son intensité. "La perspective de la mort, loin de vider la vie de tout son sens, en donne l'urgence et la mesure: en ce sens elle est une invitation radicale à la sainteté."

 



 

La sainteté chrétienne n'est pas l'idéal bouddhiste

Dans le bouddhisme il y a l'idée de nous détacher assez pour supporter une vie qui n'a pas de sens sans trop en souffrir, explique Martin Steffens. À l'inverse, "le saint choisit de de souffrir radicalement de ce qui est porteur de non sens et de mal". Non pas l'ataraxie de l'idéal bouddhiste mais le jeu de la vie. "Le Christ est venu jouer le jeu de la vie jusqu'au bout, avec la perspective de l'espérance qui ne l'écarte pas de la vie." Et tout le bien qu'il aura mis dans cette vie de passera pas.

 

Professeur agrégé de philosophie, Martin Steffens est l'auteur de nombreux ouvrages, dont "Petit traité de la joie - Consentir à la vie", éd. Salvator, 2011), "La vie en bleu - Pourquoi la vie est belle même dans l'épreuve" (éd. Marabout, 2014), "Rien que l'amour - Repères pour le martyre qui vient" (éd. Salvator, 2015).

 

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La sainteté au quotidien

La sainteté au quotidien

François d'Assise, Thérèse de Lisieux, Edith Stein: face à ces géants de la foi on peut éprouver un certain vertige. Béatrice Soltner reçoit le p. Guy Lepoutre.

Souvent, on voit souvent le saint comme quelqu'un de sévère, coupé de la réalité du monde. Parfois aussi, la sainteté apparaît comme quelque chose d'impeccable, de désincarné. Or, la sainteté met en jeu notre vie de chrétien. Il y a là quelque chose de vital pour le chrétien.

La sainteté c'est se laisser aimé par le Père et devenir à son tour un être empli d'amour. Dieu seul est saint, seule source d'amour rayonnant, communicatif, vibrant dans cette communication. Les êtres humains sont appelés à entrer dans la vie divine, participants de la vie de Dieu.

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Premiers pas vers la sainteté

Grand Angle

Les saints nous précèdent et nous ouvrent la route de la foi. Ce chemin de perfection s’inscrit dans notre humanité. C’est dire si la sainteté de chacun est en devenir. C’est le thème de Grand Angle : aspirer à la sainteté et avancer pas à pas dans la vie chrétienne.

Les saints nous précèdent et nous ouvrent la route de la foi. Ce chemin de perfection s'inscrit dans notre humanité. C'est dire si la sainteté de chacun est en devenir. C'est le thème de Grand Angle : aspirer à la sainteté et avancer pas à pas dans la vie chrétienne.

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