Sean Rose et François Bégaudeau, dialogue des agnostiques

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En Toutes Lettres

lundi 29 janvier à 16h00

Durée émission : 25 min

Sean Rose et François Bégaudeau, dialogue des agnostiques

© éditions Albin Michel / Roberto Frankenberg - Sean Rose (à gauche) et François Bégaudaud, le croyant qui doute beaucoup et l'agnostique qui croit un peu

Sean Rose est un croyant qui doute, François Bégaudeau un agnostique plutôt interpellé. Deux amis et critiques littéraires qui partagent une inquiétude. Et que rapproche la figure de Jésus.

Comment un athée peut-il parler de la grâce ? C'est en considérant l'attrait de François Bégaudeau pour Bernanos ou Pascal que Sean Rose a fini par se poser cette question. Et comme ils sont amis, et tous deux critiques littéraires, ils ont fini par publier leur échange sous forme d'essai épistolaire. Ce qui a donné "Une certaine inquiétude" (éd. Albin Michel). Et à les écouter on se demande si on n'a pas tous en nous un peu d'eux, cette volonté que le spirituel rejoigne le concret de nos vies et cette aspiration à nous élever vers Dieu.
 

"Ce qui nous rapproche c'est surtout la figure de Jésus"

 

Au départ, une inquiétude métaphysique

L'agnostique qui croit un peu et le croyant qui doute beaucoup. Qu'ont-ils donc en commun, hormis l'amitié qui les relie ? "L'inquiétude, déjà", répond Sean Rose. Même si elle se déploie sous des préoccupations différentes. François Bégaudaud c'est surtout la question de la mort et Sean Rose celle de "la naissance et du sens de la vie" - surtout depuis qu'il est père et qu'il se demande quelles vertus chrétiennes transmettre à son enfant. Ces deux amis l'un athée l'autre croyant, qui au fond ne remettent pas tellement en cause l'existence de Dieu, nous offrent deux approches de la religion quand on la découvre adulte ou quand on la choisit après avoir grandi dedans.

 



 

Jésus, celui qui rejoint l'humanité

"Ce qui nous rapproche c'est surtout la figure de Jésus", dit Sean Rose. Le Christ, cette figure intermédiaire. "Il est venu insuffler en moi l'espoir fol que ma fin ne sera pas la fin", écrit François Bégaudaud. C'est "ce point sensible que touche le Christ en nous - et que touche le Christ en beaucoup de gens, y compris des gens qui ne sont pas éduqués et prédisposés à ça, moi compris - c'est quand même quelqu'un qui avance au devant de l'humanité comme ça et qui dit la mort n'est pas la mort, la mort a perdu, la vie gagne sur la mort : ça peut concerner tous les mortels que nous sommes." La résurrection, ce point d'aboutissement par là où Jésus "nous cueille".

 



 

La Foi et la pratique

D'un côté Sean Rose qui confie "[prier] pour avoir la foi". Le fameux pari pascalien, où la foi passe aussi "par le geste". "Je ne veux pas avoir une idée de la foi qui la cantonnerait aux rites mais la pratique rituelle fait partie de la religion et de la foi. Le corps est entraîné, des gestes comme la génuflexion sont des gestes d'humilité qui peuvent entraîner." L'anglo-catholicisme de Sean Rose, qui a redécouvert adulte la foi chrétienne, a "quelque chose de formel sans tomber dans le formalisme".

De l'autre côté l'agnostique, qui dit : "Si j'essaie de m'éprouver concrètement dans le quotidien et par rapport à des gestes fondamentaux comme par exemple la prière, je ne peux pas décemment affirmer que j'ai la foi." Mais de toute évidence, ce qui séduit François Bégaudaud dans le christianisme c'est la place accordée au concret de la vie. "Il est évident que le christianisme peut être appréhendé de façon plus terrestre dans la mesure où c'est une religion de l'incarnation, le Verbe s'est fait chair, et Dieu nous a envoyé une incarnation de lui-même qui s'appelle Jésus", dit François Bégaudaud. Il a en mémoire les textes de Georges Bernanos, notamment, qui "ramène les problématiques de la foi à des questions concrètes". Comme la perte d'un enfant ou comment persister dans la joie quand tout incite à désespérer de la joie...

 

Écrivain, critique d'art, critique littéraire, Sean Rose est né à Saïgon d'une mère vietnamienne et d'un père anglais. Il est l'auteur du roman "Le Meilleur des amis" (éd. Actes Sud, 2017).
Avant de devenir scénariste et écrivain, François Bégaudeau était enseignant. On lui doit notamment "Entre les murs" (éd. Verticales, 20006) adapté au cinéma par Laurent Cantet en 2008 et Palme d'or à Cannes
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Christophe Henning reçoit chaque semaine un auteur: travail théologique, questions pastorales, dimension liturgique, vie spirituelle, dialogue des religions… Autant de questions évoquées dans un tête-à-tête direct et nourri avec l’auteur.

Le présentateur

Christophe Henning

Journaliste de presse écrite dans le groupe Bayard, Christophe veut susciter le débat et favoriser la rencontre des témoins. Lecteur infatigable, il partage volontiers ses coups de cœur. Dans les studios parisiens de RCF, il donne la parole aux auteurs, mais aussi aux acteurs de la société et de l’Eglise.