La spiritualité de Martin Luther, ou la certitude du salut

Présentée par Béatrice Soltner

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Halte spirituelle, l'intégrale

vendredi 6 octobre à 23h00

Durée émission : 55 min

La spiritualité de Martin Luther, ou la certitude du salut

En affirmant la primauté de l'Écriture et de la miséricorde de Dieu sur l’enseignement et la tradition de l'Église, Martin Luther a bouleversé le rapport à Dieu dans l'Europe du Moyen Âge.

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"On imagine Luther - et c'est une image du siècle des Lumières - comme une sorte de rebelle héroïque qui se dresse devant les autorités de son temps", observe Elisabeth Parmentier. C'est probablement sa déclaration d'avril 1521 devant la diète de Worms, souvent retenue de façon incomplète d'ailleurs, qui lui vaut cette image. Or Luther n'a pas développé une pensée philosophique à même de plaire aux philosophes des Lumières puisque selon lui seul Dieu - et non la raison - sait ce qui se passe dans le cœur de l'homme.
 


©Béatrice SOLTNER / RCF - Elisabeth Parmentier, pasteure de l'Église luthérienne d'Alsace-Lorraine

 

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Le contexte: l'Église médiévale

À l'époque de Luther, c'est-à-dire le haut Moyen Âge, le peuple n'avait pas accès à la Bible puisque les textes commentés lors des offices étaient ceux des grands théologiens, dans une langue qui n'était pas la leur puisque tout était en latin, on ne commmuniait qu'une fois par an. La Bible, on n'y avait accès par les vitraux, les enluminures ou les bas-reliefs des églises. Luther, qui était professeur de Bible, a entrepris de traduire les Écritures en allemand. "Le peuple pouvait enfin découvrir ce que disaient les textes bibliques", observe Elisabeth Parmentier.
 


©Corinne SIMON/CIRIC - Détail du portail central de la façade occidentale. Cath. Notre-Dame. Paris (75), France

 

La question des indulgences

L'Église médiévale avait développé la thématique d'un Dieu juge, qui condamne ou qui sauve. C'est la question des indulgences, c'est-à-dire de la rémission des péchés, que Luther a voulu faire évoluer au sein de l'Église, et qui a été à l'origine de sa spiritualité. Tout est parti de sa lecture de l'Épître aux Romains: "Celui qui est juste par la foi, vivra" (Rm 1, 18*). "Au prix d'un combat terrible, décrit la théologienne, Luther en vient à découvrir par ce verset, qui au départ le scandalise, non pas une sorte de grâce un peu simple mais le fait qu'envers et contre tout je suis déclaré saint par Dieu, mais seulement en Jésus Christ."

 

"Votre Majesté sérénissime et Vos Seigneuries m'ont demandé une réponse simple. La voici sans détour et sans artifice. À moins qu'on ne me convainque de mon erreur par des attestations de l'Écriture ou par des raisons évidentes — car je ne crois ni au pape ni aux conciles seuls puisqu'il est évident qu'ils se sont souvent trompés et contredits — je suis lié par les textes de l'Écriture que j'ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n'est ni sûr, ni honnête d'agir contre sa propre conscience. Me voici donc en ce jour. Je ne puis faire autrement. Que Dieu me soit en aide."
Martin Luther, le 17 avril 1521, Discours à Worms

 

Luther professe que que l'homme est sauvé par Dieu sans contrepartie, gratuitement, à la seule condition de croire en Jésus-Christ sauveur. En 1521, après son allocution devant la diète de Worms, il est excommunié par Rome et ses idées ne tarderont pas à gagner l’Europe. Elisabeth Parmentier veut "tordre le coup à une idée reçue", Luther n'était pas contre les œuvres et les indulgences. Il a voulu "les épurer": demander pardon, se convertir, mais ne plus craindre pour le salut. Sur ce point, les catholiques ont fini par rejoindre les Églises de la Réforme. En 1998, le pape Jean-Paul II et les représentants de la Fédération luthérienne mondiale ont signé la "Déclaration conjointe sur la doctrine de la justification".

 



 

DATES CLÉS DANS LA VIE DE LUTHER
• Le 10 novembre 1483 - Naissance à Eisleben, en Allemagne
• 1505 - Entrée dans la vie religieuse
• 1517 - Affichage de ses 95 thèses contre les indulgences sur la porte d’une église de Wittemberg
• 1521 - Excommunication par Rome
• 1525 - Mariage avec Catherine de Bora (ils auront six enfants)
• Le 18 février 1546 - Mort à à Eisleben

 

"Sola scriptura", la Matrice de la Réforme

Concernant la spiritualité de Martin Luther, on s'en tient souvent au "Sola scriptura", ou "l'Écriture seule". Or l'expression s'accompagne de "sola gratia, sola fide, solus Christus, soli Deo gloria", comme le précise la théologienne, soit "la grâce seule, la foi seule, le Christ seul et seulement la gloire de Dieu".

C'est sans doute sur ces points que la rupture avec la tradition catholique persiste. Ce que Luther a voulu affirmer c'est la priorité de l'Écriture sur l'enseignement de l'Église. Le Luther des premiers temps de la Réforme ne cherche pas à rejetter les Pères de l'Église ni la tradition, mais à les placer en complément de ce qui est pour lui central et premier: la miséricorde de Dieu, fondement auquel il se rattache avant toute chose.
 

Invités

  • Elisabeth Parmentier , théologienne, pasteure de l'Eglise luthérienne d'Alsace-Lorraine, membre du Groupe des Dombes

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Le présentateur

Béatrice Soltner

Formée aux arts plastiques et à l'histoire de l'art Béatrice rejoint RCF en 1994. Elle aime faire émerger la parole et l'offrir en partage. La vie intérieure est son domaine de prédilection. Passionnée par la spiritualité et la psychologie, elle s'intéresse aussi au dialogue entre les églises chrétiennes.