Qu'est-ce que l'œcuménisme ? Questions à Béatrice Soltner

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Béatrice Soltner, journaliste, est spécialiste de l’œcuménisme sur RCF. A l'occasion de la Semaine de prière de pour l'unité des chrétiens, elle répond à Odile Riffaud.

L’œcuménisme, est-ce un concept? Un vœu pieu? Une idée?

Béatrice Soltner: L’œcuménisme est écrit dans la Bible! Le Christ a demandé à ce que l’on prie les uns pour les autres: l’œcuménisme a des fondements évangéliques. C’est une demande du Christ de prier pour l’unité.
 

Tous les chrétiens sont-ils appelés à le vivre?

B.S.: Ce n’est pas une option puisque nous chrétiens croyons tous au Christ, au même Seigneur, et que nous avons été baptisés en Christ. Tendre vers l’unité peut devenir un véritable engagement.
 

Une Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, ça sert à quoi?

B.S.: La Semaine de prière a lieu une fois par an c’est bien, même si c’est aussi toute l’année qu’il faut prier. Pour vivre cette semaine, un catholique peut par exemple se rendre dans un temple ou participer à une divine liturgie. Visiter l’église de l’autre, participer à une liturgie qui n’est pas la sienne, cela va peut-être nous interpeller, voire nous déranger...
 

... Et si on se sent dérangé, interpellé, que faut-il faire?

B.S.: Il faut en parler, c'est une démarche qu'il faut vivre avec d’autres, ne pas la vivre seul dans son coin. Par exemple, pourquoi ne pas faire partie de groupes œcuméniques bibliques? C’est encore la meilleure manière de connaître l’autre. On peut aussi prier pour l’unité, parce que la prière c’est important - je vous renvoie à ce passage de la Bible, dans l'Evangile de Jean, chapitre 17.
Le père Couturier, qui est le fondateur de la Semaine, dit qu’il existe un oecuménisme spirituel. Même si on ne rencontre pas l’autre, physiquement, il est important de prier pour lui.
Je dirais qu’il y a trois niveaux: la prière toute l’année, oser franchir le seul d’un temple ou d’une église orthodoxe, et enfin rencontrer l’autre. Car pour aimer l’autre il faut le rencontrer physiquement, vivre la rencontre.
 

Si l'on veut faire cette démarche et entrer dans une autre église chrétienne, comment savoir où aller? Il y a une multitude de lieux de culte, on pourrait craindre de tomber sur un mouvement sectaire…

B.S.: Il faut en parler à son curé de paroisse, si on est catholique. Il peut conseiller tel ou tel endroit. En France, l’Eglise protestante Unie a des paroisses dans toute la France, et le site de la Fédération protestante française fédère les églises entre elles, par exemple.
 

Parmi les freins à la rencontre oecuménique, la méconnaissance de sa propre confession peut faire peur, sentir au fond de soi qu'on peut perdre pied si des questions trop précises surgissent...

B.S.: C'est un élément essentiel et fondamental de la rencontre: qui veut vivre l'oecuménisme doit se former. Pour découvrir sa propre histoire d'abord, comprendre pourquoi il y a eu des schismes et savoir d'où l'on vient. Se former ensuite à la connaissance de sa propre religion. Suivre des cours de théologie, d'ecclésiologie ou d'études bibliques.
Pour entamer un vrai dialogue, il faut savoir écouter ce que l'autre a à dire sur sa propre manière de vivre l'église.
 

Dans le contexte actuel de repli identitaire, quel sens prend pour vous cette Semaine de prière pour l'unité des chrétiens?

B.S.: D’abord il faut faire attention, l’œcuménisme n’est pas le dialogue interreligieux. Mais cette Semaine de prière et, plus largement, l'oecuménisme, nous enseignent qu’on fantasme beaucoup sur l’autre quand on ne le connaît pas. Quand on entre en contact avec lui, les fausses idées tombent, l’appréhension aussi. On se rend compte qu’on a imaginé l’autre.
Les chrétiens héritent de traditions liturgiques différentes, qui sont aussi des richesses. En cela l'autre va nous apporter quelque chose. Pour moi, c'est comme un vitrail: nos Eglises sont autant de couleurs et c'est ce qui donne sa beauté à l'ensemble. Cette beauté-là n'efface pas la tristesse de nos déchirures. Mais mon regard peut aussi voir la mosaïque comme quelque chose de beau et je peux désirer tendre toujours plus vers l’unité.
Et aussi il faut bien avoir en tête qu’on ne détient pas la vérité. La vérité c'est le Christ, il a dit "Je suis la vérité". C’est lui qui la détient, ce n'est pas nous croyants. Et Jésus n’a pas dit "j’ai la vérité" mais "je suis la vérité".

Béatrice Soltner a publié une série d'entretiens avec René Beaupère, prêtre dominicain, directeur du Centre Saint-Irénée de Lyon et acteur du Conseil oecuménique des Églises
"Nous avons cheminé ensemble: un itinéraire oecuménique", Maurice René Beaupère, entretiens avec Béatrice Soltner (éd. Olivetan, 2012)