[Dossier] Synode sur l'Amazonie

Du 6 au 27 octobre 2019, les évêques du monde entier sont réunis au Vatican pour réfléchir au thème : "Amazonie, de nouveaux chemins pour l'Église et pour un écologie intégrale".

Le pape François a convoqué un synode pour l’Amazonie

Personne ne s’y attendait. Le pape François a convoqué un synode pour l’Amazonie, qui se tiendra en octobre 2019 au Vatican.

L’annonce a été faite dimanche dernier, à l’issue de la messe de canonisation de 35 bienheureux d’Amérique centrale et latine, peu avant la prière de l’Angélus. "J’ai accueilli le désir de plusieurs conférences épiscopales de l’Amérique latine, ainsi que la parole de nombreux pasteurs et fidèles d’autres régions du monde, et j’ai décidé de convoquer une Assemblée Spéciale du Synode des évêques pour la région de l’Amazonie" a ainsi déclaré le souverain pontife.

Un synode sur l'Amazonie organisé l'an prochain au Vatican

Ce synode, qui devrait se tenir en octobre 2019 au Vatican, aura pour but principal de trouver de nouvelles voies pour l’évangélisation des populations locales. Une déclaration qui prend tout son sens alors que l’Église célèbre depuis dimanche la Semaine Missionnaire Mondiale. Le regard du pape François se porte directement vers les populations indigènes d’Amazonie, dont on parle peu, et qui font face à une incertitude quant à leur avenir.

Un avenir menacé par l’industrialisation, la déforestation, et le manque d’infrastructures. Le pape François a ainsi appelé à une prise de conscience générale en faveur de l’Amazonie. "Un poumon d’une importance capitale pour la planète" a notamment précisé le Saint-Père. Cette région, qui s’étend sur pas moins de huit pays et sept millions de kilomètres carré, abrite actuellement 20 millions d’habitants.
 

La question de l'ordination d'hommes mariés

Derrière l’enjeu social et écologique de la question amazonienne, figurerait également pour certains observateurs un enjeu vocationnel. En voulant un synode destiné à trouver de nouvelles voies d’évangélisation pour cette partie du monde, le pape François rouvrirait le dossier de l’ordination d’hommes mariés. Une question sur laquelle le pape avait autorisé à plancher les évêques brésiliens en 2014.

A l’époque, l’idée était d’examiner la possibilité pour les évêques locaux d’ordonner prêtres des hommes mariés, qui auraient notamment démontré leur sérieux et leur engagement à la fois dans leur vie familiale, et au sein des communautés paroissiales. Une manière de palier à l’absence de ministres du culte dans ces régions reculées où le clergé peine à se rendre. A l’heure actuelle, rien n’a été dit officiellement dans ce sens, mais cette question étant l’un des principaux défis pour l’Eglise, dans cette région du globe, elle ne devrait pas échapper aux discussions de ce prochain synode.

Cela dit, pour le père François Glory, prêtre des Missions étrangères de Paris, qui a passé trente ans en Amazonie, l'ordination des hommes mariés ne représente pas le coeur du synode. L'idée est plutôt de savoir comment évangéliser les populations autochtones d'Amazonie. Pour lui, c'est sur point qu'il faudra insister.

Bientôt l'ordination d'hommes mariés en Amazonie ?

Bientôt l'ordination d'hommes mariés en Amazonie ?

Dévoilé en juin dernier, le document de travail pour le synode sur l'Amazonie suggère que soit étudiée la possibilité d'ordonner prêtre des hommes mariés.

Annoncé par le pape François le 15 octobre 2017, le synode pour l'Amazonie se tiendra du 6 au 27 octobre 2019. Il aura pour thème "Amazonie, de nouveaux chemins pour l'Église et pour un écologie intégrale". Parmi les sujets qui seront abordés, recensés dans l'instrument de travail, l'éventuelle ordination d'hommes mariés. Est-ce la solution pour pallier au manque de vocations ? La suggestion ne fait pas l'unanmité.
 

que dit Le document de travail ?

Publié le 17 juin 2019, l'instrument de travail pour le synode sur l'Amazonie mentionne la possibilité de l'ordination sacerdotale pour les hommes mariés. "Tout en affirmant que le célibat est un don pour l’Église, on se pose la question de savoir si, pour les zones les plus reculées de la région, il ne serait pas possible de procéder à l’ordination sacerdotale de personnes aînées, préférablement autochtones, respectées et acceptées par leur communauté, même si elles ont une famille constituée et stable, dans le but de garantir la possibilité d’offrir les Sacrements qui accompagnent et soutiennent la vie chrétienne." 

Cet instrumentum laboris est le fruit de plusieurs années de travail. Il montre que l'Église veut se tenir au plus près des réalités de la vie des chrétiens et à l'écoute des différentes communautés sur un territoire de 7, 8 millions de km². "Cette écoute implique de reconnaître l’irruption de l’Amazonie comme nouveau sujet, peut-on lire dans le document, nouveau sujet, qui n’a pas été suffisamment considéré dans le contexte national ou mondial, ni dans la vie de l’Église." Parmi les spécificités énoncées, celle du manque de prêtre. "Les communautés éprouvent des difficultés pour célébrer fréquemment l’Eucharistie en raison du manque de prêtres", dit encore le document.
 

Les catéques, des hommes envoyés par l'évêque

Les pays concernés par ce synode sont une partie du Brésil, la Bolivie, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Venezuela, la Guyana, le Suriname et la Guyane française. Dans ce dernier vit Rosalie. Au sein de sa communauté Bushinengue, un homme, un laïc avait été spécialement envoyé par l'évêque du Surinam pour servir sa communauté : un catéques comme on appelle ces hommes envoyés en mission. Qui pourraient bien être une réponse au manque de prêtres sur le territoire guyanais. "Je ne dirais pas que c'est mieux, dit-elle, si vraiment c'est quelqu'un qui connaît les pratiques de chez nous je trouve que ça serait quelque chose de bien."
 

La question des vocations autochtones

Le document de travail insiste sur la nécessité d'"encourager les vocations autochtones". La Guyane ne compte en effet que quatre prêtres autochtones sur une quarantaine au total. Pour le père Alain Diedhioun curé de la paroisse de Kourou, la Guyane doit pouvoir avoir ses prêtres autochtones. "Le prêtre naît de la communauté... Ils sont d'ici et il faut qu'ils prennent leur Église en main, et ça pour moi c'est très clair !"

La Guyane n'a pas ordonné de prêtre depuis plus de 10 ans. Actuellement, ils sont quatre séminaristes dont trois issus de Guyane à se former dans le sud de la France. Parmi eux, Maxime Guédon, qui ne recule pas devant le mission qui l'attend. "On a une grande mission à faire, une mission d'évangélisation, de témoignage et de partage de la foi, d'annoncer le Christ dans les communes reculées... Des villages qui sont loin de tout, c'est là que la mission je pense est la plus belle, c'est là qu'on a une responsabimité d'apprendre aux chrétiens catholiques à ouvrir la Bible."

 

Le synode sur l'Amazonie s'ouvre à Rome

Le dossier du jour

Rome se met à l’heure amazonienne. Pendant trois semaines, les membres du synode vont débattre autour du thème: "Amazonie : de nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale".

Si de nombreux sujets seront traités au cours de cette assemblée d’ecclésiastiques, il s’agira surtout d’écouter la voix de l’Amazonie pour mieux la protéger. Une protection d’autant plus nécessaire que "les peuples autochtones amazoniens n’ont jamais été aussi menacés sur leur territoire qu’ils le sont aujourd’hui" indique le document de travail sur lequel s’appuieront les quelques 300 participants à ce synode exceptionnel. Un document qui insiste sur l’urgence de reconnaître les communautés aborigènes comme des "interlocuteurs indispensables". Ce qui n’est pas sans présenter certaines difficultés...

 

Mgr Emmanuel Lafont: "le synode sur l’Amazonie est le prolongement de Laudato Si'"

Le Grand Invité

A Rome, débute mardi 8 octobre la seconde journée du synode sur l’Amazonie. Un rendez-vous d’Église destiné à panser les plaies de cette région du monde.

"Ce qui se passe en Amazonie touche le monde entier"

"Nous avons vécu quelque chose d’extraordinaire. Pour la première fois, le synode a commencé dans la basilique Saint Pierre, entourés de beaucoup d’Amérindiens, qui ont chanté avec le Saint Père, et qui l’ont accompagné dans une grande procession très familiale, très populaire. C’était très beau" explique Mgr Emmanuel Lafont, évêque de Cayenne en Guyane française, l’un des 185 pères synodaux du synode sur l’Amazonie, revenant sur cette première journée où les travaux ont débuté dans l’après-midi.

C’est la première fois que les peuples d’Amazonie sont au cœur de l’Église, de cette manière. Pour Mgr Lafont, c’est aussi un moment très important pour le monde entier "car ce qui se passe en Amazonie touche le monde entier. Et le fait que l’Église se rapproche des périphéries du monde est un signe d’espoir pour l’ensemble de l’univers". Pour autant, c’est l’Amazonie qui est au cœur de ce synode, avec toutes ses souffrances.
 

Le cas de la Guyane

On a évidemment beaucoup parlé des incendies gigantesques qui ont ravagé la forêt amazonienne. En Guyane, la situation est différente. L’Amazonie y est meurtrie par l’orpaillage clandestin, ces hommes et ces femmes qui viennent principalement du Brésil pour tenter de récolter de l’or, au cœur de la forêt, par des méthodes particulièrement nocives pour l’environnement, notamment avec l’utilisation de mercure qui contamine les rivières.

"D’un autre côté, les peuples amérindiens sont soucieux de ne plus savoir quelle est leur terre, et de savoir qu’est ce qu’ils ont le droit de faire sur la terre de leurs ancêtres. C’est un souci très grand pour eux. Le troisième souci, c’est l’éducation de leurs enfants dans un monde qui change à une vitesse extrême pour eux. Ces enfants n’ont plus l’occasion de recevoir le savoir de leurs parents, et qui ne sont pas forcément bienvenus dans la société moderne" explique l’évêque de Cayenne.
 

"L'Eglise ne fait pas suffisamment d'efforts"

Très investi auprès de la jeunesse depuis le début de son ministère de prêtre, Mgr Lafont met en avant le "mal-être profond des jeunes". Un mal-être dû également au fait que l’Église catholique est encore trop absente des villages amazoniens. "C’est pour nous un véritable défi et le synode souligne cela d’une façon très forte : l’Église catholique ne fait pas suffisamment d’efforts pour être présente d’une manière proche et fraternelle. J’attends de ce synode en particulier la possibilité pour l’Église de Guyane de se faire plus proche" précise-t-il.

Face à une telle situation, l’action de l’Église pour aider ces peuples est assez claire, pour l’évêque de Cayenne. "L’Église écoute, l’Église accueille, l’Église répercute. Elle donne un lieu pour exprimer ce qu’ils ont besoin. Cette communication et cette mise en lumière sont importantes. L’Église est universelle, et même si elle peut être un peu faible en Guyane ou au Brésil, elle relaie leurs préoccupations. Le synode est un symbole de cette Église universelle" conclut Mgr Lafont.

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