L'économie monastique, une alternative pour aujourd'hui ?

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Le Temps de le dire

mercredi 26 septembre à 9h03

Durée émission : 55 min

L'économie monastique, une alternative pour aujourd'hui ?

La vie monastique a contribué à construire la civilisation européenne au plan de la culture et des sciences, mais également au plan économique et managérial.

Produire bio et local, travailler non pour le profit de quelques uns mais au bénéfice de tous, réinjecter les richesses produites dans l’outil de production, diriger et encadrer ses équipes sous un mode collaboratif… Un modèle plébiscité par de plus en plus en salariés et d’entrepreneurs aujourd’hui. Mais ce genre d’entreprise à la fois éco-responsable et adoptant un management respectueux des atouts et des fragilités des uns et des autres, n’est pas nouveau. En effet, depuis des siècles, à l’ombre des cloîtres, moines et moniales n’ont cessé de prôner des activités variées qui, tout en ayant un but commercial, n’en oubliaient pas moins pour autant la dimension humaine.
 

"Le modèle amené par la vie monastique c'est plutôt un modèle de sagesse et de maturité"

 

Les moines prient, ils travaillent aussi

Elle semble persistante cette image romantique du moine coupé des soucis de ce monde et ne vivant que de l'amour de Dieu et d'eau fraîche. La vie monastique est une vie bien concrète même si le primat est accordé à la prière. "La devise bénédictine, c'est ora et labora ("prie et travaille"), ce n'est pas ora ou labora mais ora et labora : les moines arrivent à obtenir un équilibre satisfaisant entre la prière et le travail", observe le Père Armand Veilleux.

En fait, la prière du moine, précise, Benoît-Joseph Pons, "est continuelle". C'est-à-dire que les moines sont attentifs à la présence de Dieu dans toutes les activités de la journée.

 



Qu'est-ce que l'économie monastique ?

L'économie monastique ne se limite pas au magasin du monastère ! Il s'agit de "l'ensemble des relations que les moines entretiennent avec les biens matériels et immatériels". C'est donc l'économie "prise au sens très large", comme le dit le P. Veilleux. Ce qui la caractérise c'est d'abord "la désappropriation", pour Benoît-Joseph Pons, : "Le moine n'est propriétaire de rien, pas même du pouvoir qu'il peut avoir sur d'autres personnes." L'économie des besoins est l'autre caractéristique de l'économie monastique. "Chaque moine reçoit de sa communauté ce dont il a besoin pour vivre : ce n'est pas quelque chose d'égalitaire."

"Ce qui est important dans la spiritualité monastique, c'est l'unité, l'intégration, que tous les éléments soient intégrés dans une unité personnelle", explique le P. Armand Veilleux. Étymologiquement, "moine" c'est "celui qui n'a qu'un but dans la vie, qu'un amour et qui organise tous les autres aspects de sa vie en fonction de ce but unique de la rencontre de Dieu".

 



 

Peut-on la transposer dans la société ?

Un chef d'entreprise peut-il être sensible à cette idée de désappropriation, y compris du pouvoir? "Le modèle amené par la vie monastique c'est plutôt un modèle de sagesse et de maturité", observe Yannick Bourrat. Avec les dirigeants qu'il accompagne, il travaille l'idée biblique des talents. Talent "que l'on a reçu et dont on n'est pas propriétaire". Il y a là pour lui "un travail d'appauvrissement et d'humilité".

 

Invités

  • Benoît-Joseph Pons , ingénieur en industries alimentaires (ENSIAA), ancien chercheur en biologie industrielle et chef d’entreprise en chimie pharmaceutique, titulaire d’un baccalauréat canonique en théologie (UCLy), enseignant en Développement durable à la Faculté des sciences sociales et économiques de l’Institut catholique de Paris (FASSE), membre de l'équipe de recherche de la Chaire Jean Bastaire (UCLy)

  • Yannick Bourrat , coach pour dirigeants d'entreprises, créateur du cabinet YBC

  • Père Armand Veilleux , religieux de l'ordre cistercien de la stricte observance (trappiste), théologien

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La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Antoine Bellier

Journaliste à RCF depuis 2009, Antoine est passé par Le Mans et La Roche-sur-Yon, avant de rejoindre la rédaction nationale en septembre 2013. Curieux de l’actualité sous toutes ses formes, amateur de cinéma et de littérature, il lui arrive de passer du micro à la plume.