L'Église, ennemie de l'argent et du capitalisme?

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Le Temps de le dire

mercredi 23 octobre à 9h03

Durée émission : 55 min

Le Temps de le dire

© M.MIGLIORATO /CPP/CIRIC - La basilique et la place Saint-Pierre, Vatican

Le capitalisme n’est ni béni ni honni par l'Église. Les fidèles sont invités à faire preuve de discernement pour ne pas laisser la main invisible d'un marché dérégulé les dominer.

L'argent sujet tabou dans l'Évangile ?

"Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent" (Mt 6, 24) ; "La racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent." (1 Tm 6, 10)... Les Évangiles sont remplis de ces injonctions qui avertissent ceux qui se repaissent de leurs richesses au dépens du soin du pauvre et de la recherche de Dieu. L'argent est-ce un sujet tabou pour les catholiques ? Auteur de "L'argent, maître ou serviteur ?" (éd. Mame), Pierre de Lauzun, rappelle que "L'Évangile est le seul texte religieux de l'humanité qui parle abondamment de sujets économiques". On trouve en effet de nombreuses paraboles où  l'argent est présent et qui montrent que l'économie est prise en compte comme élément de notre vie quotidienne.

En réalité, il y a une ambiguïté au sujet de l'argent dans les Évangiles : il est à la fois recommandé comme quelque chose à utiliser mais aussi on nous met en garde contre quelque chose qui peut exercer une fascination dangereuse. Quant au détachement de Jésus vis-à-vis de l'argent, on peut le voir avec Jacques-Benoît Rauscher, auteur de "L'Église catholique est-elle anticapitaliste ?" (éd. Presses de Sciences Po) comme une "gymnastique si on peut dire de l'incarnation : on ne peut pas se désintéresser de la vie des hommes et en même temps il y a une vigilance, que l'on trouve dans toute la Bible".
 

quand L'argent éloigne de Dieu

L'argent peut éloigner de la quête de Dieu et de l'essentiel : il peut même devenir "une passion qui ne laisse pas de place à autre chose qu'à lui-même", rappelle Dominique Greiner, qui va bientôt publier sa thèse "Helmut Thielcke, une théologie pour le bien de l'éthique" (éd. Cerf). ​Ainsi ce n'est pas l'argent en tant que tel qui est condamné mais le pouvoir qu'il donne sur les choses. "L'homme dans ce sentiment de puissance sur les choses et sur le monde est coupé de tout."

"On touche à quelque chose d'anthropologique, de fondamental, pour l'assomptionniste, l'homme est la seule créature qui ne se satisfait pas de ce qu'elle trouve dans la nature, qui se projette vers l'avenir." Ainsi, quand l'être humain se projette il peut envisager de renoncer à des biens disponibles immédiatement pour les consommer plus tard : ce qu'en termes économiques on appelle l'épargne
 

Le capitalisme est-il condamné par l'Église ? 

Longtemps le capitalisme n'a pas été clairement défini par l'Église. Dans l'encyclique fondatrice de la doctrine sociale de l'Église (DSE), "Rerum novarum" (1891) "on ne voit pas le mot lui-même désigner un système économique", précise Jacques-Benoît Rauscher. C'est Jean Paul II qui, en 1991, dans "Centesimus annus", distingue le système économique et les outils de l'économie de marché qui en soit ne sont pas condamnables, des "éléments moraux qui sont présupposés par le fonctionnement de l'économie capitaliste". 

"L'Église défend une économie centrée sur la personne, résume Pierre de Lauzun, et sur l'autonomie de la personne." Ce qui implique la propriété privée : mais elle est elle-même subordonnée à la destination universelle des biens". L'Église ne condmane pas le capitalisme mais exprime une "une exigence morale" des individus comme des instances supposées l'encadrer.
 

Invités

  • Jacques-Benoît Rauscher, religieux dominicain, docteur en sociologie, agrégé de sciences économiques et sociales, doctorant en théologie

  • Pierre de Lauzun, ancien directeur général de la Fédération bancaire française, délégué général de l'association française des marchés financiers

  • Dominique Greiner, religieux assomptionniste, économiste, théologien, rédacteur en chef au journal La Croix et à La Documentation catholique, enseignant en théologie morale aux facultés de théologie des instituts catholiques de Paris et de Lille

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La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Antoine Bellier

Journaliste à RCF depuis 2009, Antoine est passé par Le Mans et La Roche-sur-Yon, avant de rejoindre la rédaction nationale en septembre 2013. Curieux de l’actualité sous toutes ses formes, amateur de cinéma et de littérature, il lui arrive de passer du micro à la plume.