Le 15 janvier, Journée mondiale du Migrant et du Réfugié

La 103è Journée mondiale du Migrant et du Réfugié, le 15 janvier 2017, a pour thème "Migrants mineurs, vulnérables et sans voix".

Mineurs, les plus vulnérables des migrants

Le Temps de le dire

Au nom de leur "droit d’être des enfants" (pape François), l’Église consacre la 103è Journée mondiale du Migrant et du Réfugié aux mineurs. On en parle avec Stéphanie Gallet.

Le 15 janvier 2017 Journée mondiale du Migrant et du Réfugié

Par cette journée, l’Eglise catholique veut rappeler, de par le monde, ses convictions et ses engagements pour que soient respectés et reconnus dans leurs droits et dignité les migrants, les réfugiés, les demandeurs d’asile et tous les hommes et femmes de la migration. Les catholiques devront mettre à profit cette journée pour renouveler dans la foi leur confiance en Jésus-Christ, visage d’un Dieu Père de tous les hommes, de toutes langues, origines et cultures.
Source: Eglise catholique en France

 

"Migrants mineurs, vulnérables et sans voix"

Le pape François a choisi pour cette 103è Journée, le thème des "Migrants mineurs, vulnérables et sans voix". Parce que "parmi les migrants, écrit-il dans son message, les enfants constituent le groupe le plus vulnérable", l'Eglise encourage les communautés d'accueil à veiller à l'intégration des mineurs, proies faciles pour les trafics les plus dégradants. "Les migrants mineurs échouent facilement aux plus bas niveaux de la dégradation humaine." Le pape adresse aussi un appel à la communauté internationale pour enrayer les conflits qui sont à l'origine des phénomènes migratoires.

MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS POUR LA JOURNÉE MONDIALE DU MIGRANT ET DU RÉFUGIÉ 2017

 

mineurs dans la "jungle" de Calais et autour

Les mineurs qui arrivent dans notre pays sont d'abord des enfants et des adolescents avant d'être des étrangers en situation irrégulière. Fin octobre 2016, après le dernier démantèlement de la "jungle" de Calais, on semblait le découvrir, en voyant dans les médias des photos de migrants mineurs errer dans les rues. On pense qu'il y avait dans le camp mais aussi dans les environs "plus ou moins 10% de mineurs étrangers isolés ou en lien avec un majeur mais pas forcément quelqu'un de confiance", explique Evangéline Masson-Diez. Elle est la co-auteure d'un rapport publié par l'UNICEF, "Ni sains, ni saufs: enquête sur les mineurs non accompagnés dans le Nord de la France". Lors de l'enquête, "la majeure partie des jeunes étaient touchés qu'on les écoute", se souvient-elle.

Parmi ces hommes et ces femmes fuyant la guerre, la misère ou l'exploitation, il y a bien des enfants, donc. La diffusion massive de la photo du petit Aylan, en septembre 2015, avait-elle suffisamment marqué les esprits? Elle avait pourtant fait le tour du monde, amplement reprise par la presse et les réseaux sociaux. En écho, à l'occasion de la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié, la Pastorale des Migrants a voulu comme affiche une photo d'enfant sur une plage. "Pour dire qu'il y a des victimes et aussi des personnes que l'émigration a sauvées", explique son directeur le P. Carlos Caetano.
 


©Pastorale des Migrants - Affiche de la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié

 

"Combien de familles, d'hommes, de femmes, d'enfants, ont été sauvés grâce à leur décision de partir?"

 

Un regard positif sur la migration, c'est possible

Ecouter des migrants mineurs c'est entendre des histoires terrifiantes mais aussi être édifié par la force de ces jeunes. Il faut le rappeler, pour arriver jusqu'en Europe, ils ont affronté les pires épreuves et une fois chez nous, leur calvaire n'est pas terminé. Rozenn Le Berre en témoigne, elle qui a travaillé comme éducatrice dans un service d’accueil pour les jeunes exilés arrivés en France sans leurs parents. "Ce sont des jeunes incroyables, qui ont un espoir incroyable dans leur vie en France."

Dans son livre, "De rêves et de papiers - 547 jours avec les mineurs isolés étrangers" (éd. La Découverte) - un texte bouleversant, souvent assez dur, mais très bien écrit - Rozenn Le Berre décrit ce qui a été son quotidien auprès des jeunes migrants. Elle raconte aussi le périple de Souley, 16 ans, qui a fui le Mali. La jeune femme voulait donner une image non pas "misérabiliste" des migrants, mais au contraire de montrer leur "force" et "leur beauté dans cette lutte-là".

"Derrière le phénomène de la migration il y a quelque chose de positif, non pas quelque chose que l'on doit combattre mais que l'on doit gérer." Ces mots du  P. Carlos Caetano aident à changer de regard sur les jeunes migrants. "On doit souligner les belles choses qui sont en train de se construire: combien de familles, d'hommes, de femmes, d'enfants, ont été sauvés grâce à leur décision de partir?"

 

Emission enregistrée en duplex avec RCF Nord de France

 

Migrants | L'accueil est un trésor du christianisme

Grand Angle

On peut considérer l'accueil de l'étranger comme une question politique mais aussi spirituelle. L'accueil, l'ouverture à l'autre, est un trésor du christianisme. Par Christophe Henning.

Depuis 2015, les flux de populations vers l'Europe sont plus importants. Comme le précise Marie Bussi, on voit des personnes "de plus en plus vulnérables" frapper à nos portes: des femmes, des mineurs isolés. Si de belles actions sont menées en faveur de leur accueil, leur présence engendre aussi une certaine "crispation politique", note la politologue. Faut-il ouvrir grand les frontières? La question intervient pour Véronique Albanel à un moment de "crise démocratique" et de quête d'identitié nationale. Selon elle, il y a là une "véritable décision à prendre": ferons-nous le choix du repli sur soi guidé par la peur? La question - et la réponse à apporter - sont évidemment complexes. D'ordre politique, mais aussi spirituel.
 

"Où que tu sois tu dois quitter ton pays intérieur et traverser ta peur."

 

spiritualité de l'accueil

 

Lors des mouvements de réfugiés et de migrants, ceux et celles qui accompagnent ces personnes découvrent une expérience humaine singulière, qui n'est pas sans rappeler celle d'Abraham. Si la foi peut s'entendre comme chemin de migration, peut-être verrons-nous aussi avec Abraham combien la migration est un chemin de foi.
« Je te garderai partout où tu iras. » (Gn 28,15)
Jean-Marie CARRIÈRE, "Abraham et la migration comme chemin de foi", in Christus, n°253 - Janvier 2017

 

L'accueil de l'étranger, un sujet d'actualité mais aussi de spiritualité. Pour Marie Bussi, nous vivons plus une "crise de l'accueil" qu'une "crise migratoire". Or, l'accueil est l'une des richesses du christianisme. Le pape invite souvent les uns et les autres à accueillir l'étranger. Parfois cela dérange. On a beau être sensible à la question, on peut se sentir désemparé. Qui accueilir et comment? Le P. Antoine Paumard raconte que "les demandeurs d'asile ont aussi peur que les familles d'accueil à entrer dans une famille et à se dire qu'ils vont rester quatre à six semaines dans une famille dont ils ne connaissent ni la culture ni les habitudes." Il dirige depuis octobre 2016 le Service Jésuite des réfugiés (JRS), qui propose à des familles de devenir famille d'accueil pour une durée déterminée. "C'est beau de voir les craintes de chacun."
 

"Le Seigneur dit à Abram: « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. »" (Gn, 12,1)

 

Pour le directeur du JRS, il y a dans cette parole de la Genèse "une parole heureuse" qui concerne accueillis et accueillants. "Où que tu sois tu dois quitter ton pays intérieur et traverser ta peur", voilà ce que dit en somme la Bible. Ces migrants qui frappent à nos portes nous questionnent sur nos propres origines, notre quotidien, notre confort. Ce qu'ils vivent nous interpelle dans notre foi. "Est-on prêt à bouger intérieurement?" se demande Marie-Caroline Bustarret, de la revue Christus.

ECOUTER Le programme JRS-Welcome, ou l'accueil en famille des demandeurs d'asile

discerner le sens de l'accueil

 

Chacun peut ainsi contribuer à donner vie à « une culture de la miséricorde, fondée sur la redécouverte de la rencontre des autres : une culture dans laquelle personne ne regarde l’autre avec indifférence ni ne détourne le regard quand il voit la souffrance des frères »[14]. Ainsi seulement on pourra construire des sociétés ouvertes et accueillantes envers les étrangers et, en même temps, sûres et en paix à l’intérieur.

Discours du pape FRANÇOIS à l'occasion des vœux du corps diplomatique, 09/01/2017

 

"Ouvrir sa porte, c'est une décision", avertit le P. Antoine Paumard. Le dossier du numéro de janvier de la revue Christus invite à un discernement, nécessaire pour "bien ouvrir sa porte." Le directeur du JRS appelle à "une hospitalité raisonnée". Les résistances de certains à accueillir l'autre ne sont pas nécessairement des égoïsmes, il est nécessaire de considérer la complexité des situations. Car il est question de "rencontres humaines".

Télécharger le Discours du pape François à l'occasion des vœux du corps diplomatique

 

l'accueil pour retrouver du sens

"Nous pouvons être sauvés par étranger." La famille de Véronique Albane est famille d'accueil au sein du JRS. Selon elle, à l'heure où notre jeunesse traverse une crise de sens, elle parle de "désespérance", la rencontre avec des jeunes migrants a "quelque chose de salutaire". "Les migrants jeunes ont un raport à la vie et à la mort qui se pose de manière très différente, très aigüe."

 

Emission en partenariat avec la revue Christus

 

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