"Pacem in terris", quand l'Église demandait l'interdiction de l'arme atomique

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Le Temps de le dire

mercredi 11 avril à 9h03

Durée émission : 55 min

Le Temps de le dire

© KNA-Bild/CIRIC - Avril 1963: Lecture par Jean XXIII de l'encyclique "Pacem in terris", Rome, Vatican

Il faut attendre Laudato si' pour voir une encyclique recevoir un tel accueil en dehors de l'Église. Écrite en pleine guerre froide, "Pacem in terris" est la première encyclique sur la paix.

Il y a 55 ans, le 11 avril 1963, le pape Jean XXIII publiait l’encyclique "Pacem in terris - Sur la paix entre toutes les nations, fondée sur la vérité, la justice, la charité, la liberté". Pour la première fois une encyclique était adressée "à tous les hommes de bonne volonté" et non plus aux seuls catholiques. C'est d'ailleurs l'encyclique pontificale qui a reçu le meilleur accueil en dehors de l'Église. "Il faut attendre "Laudato si'" pour trouver quelque chose du même genre - dont l'accueil a été presque meilleur en dehors de l'Église qu'à l'intérieur", rappelle le P. Christian Mellon.
 

 

En pleine guerre froide, réclamer "la proscription de l'arme atomique"

On est à moins de six mois après la crise des missiles de Cuba d'octobre 1962 - crise "qui a fait passer le monde très proche d'une guerre nucléaire". Cela qui explique que Jean XXIII revient sur cette question des armes nucléaires.

"La justice, la sagesse, le sens de l'humanité réclament par conséquent, qu'on arrête la course aux armements ; elles réclament la réduction parallèle et simultanée de l'armement existant dans les divers pays, la proscription de l'arme atomique et enfin le désarmement dûment effectué d'un commun accord et accompagné de contrôles efficaces."
Encyclique "Pacem in terris", par. 112

 

l'Église engagée dans la résolution des conflits

"Ce n'est pas l'Église qui a empêché une guerre qui aurait été lourde de conséquences mais elle y a contribué, explique Mgr Marc Stenger, Jean XXIII avait beaucoup de contacts, il avait été diplomate." Le chef de l'Église catholique a, selon le président de Pax Christi France, "tout fait de son côté par ses contacts pour permettre cette négociation" et éviter l'affrontement.

Ce n'était pas le premier texte signe d'un souverain pontife sur la paix mais avec "Pacem in terris", c'est la première fois qu'une encyclique est consacrée à la question. Et le texte "nous oriente vers la paix, explique le P. Mellon, du Ceras, c'est que "sa principale innovation c'est sur les droits de l'homme".
 

Une "conversion de l'Église aux droits de l'homme"

"On ne peut rien trouver dans cette encyclique qui soit en contradiction avec ce que disent les prédécesseurs [de Jean XXIII] et l'enseignement moral traditionnel de l'Église sur la question de la guerre et de la paix", explique le Père Christian Mellon. En 1948, la Déclaration universelle des droits de l'homme était passée sous "un silence total de la part des autorités catholiques de l'époque", parce que condamnée au cours du XIXè siècle. L'encyclique "Pacem in terris", c'est la concrétisation d'une "véritable conversion de l'Église aux droits de l'homme", nous dit le P. Mellon.

En 1963, l'encyclique annonce le discours de Paul VI à l'ONU, le 4 octobre 1965, et donne une "impulsion" à Vatican II (1962-1965). "J'ai le sentiment que cette encyclique a pas mal influencé le concile Vatican II", observe le P. Alain Paillard, secrétaire général de Justice et paix France. Quand est parue l'encyclique, une première session avait déjà eu lieu.

 

Invités

  • Mgr Marc Stenger , évêque du diocèse de Troyes, président du mouvement Pax Christi France

  • Père Christian Mellon , prêtre, s.j., spécialiste de l'éthique des relations internationales, responsable du pôle Formation au Centre de recherche et d'action sociales (Ceras), cofondateur de l'association La politique, une bonne nouvelle (PBN)

  • Père Alain Paillard , prêtre du diocèse du Mans, secrétaire général de Justice et paix France, directeur adjoint du Service national famille et société (SNFS) de la Conférence des évêques de France (CEF)

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Le présentateur

Antoine Bellier

Journaliste à RCF depuis 2009, Antoine est passé par Le Mans et La Roche-sur-Yon, avant de rejoindre la rédaction nationale en septembre 2013. Curieux de l’actualité sous toutes ses formes, amateur de cinéma et de littérature, il lui arrive de passer du micro à la plume.