Des outils pour discerner avant d'aller voter, par le P. Matthieu Rougé

Laïcité, vivre ensemble, éthique, migrants... Le regard du Père Matthieu Rougé peut nous aider à discerner avant d'aller voter. Et surtout à dépassionner le débat!

VIVRE ENSEMBLE | À chacun d'enrichir le débat démocratique

VIVRE ENSEMBLE | À chacun d'enrichir le débat démocratique

Retrouver le sens du politique, c’est l’appel lancé par la Conférence des Evêques de France en octobre dernier, à l’occasion d’une année électorale chargée.

Des petites phrases, des promesses, l’affichage des ambitions personnelles des candidats, des citoyens désabusés. La campagne électorale en vue de l'élection présidentielle est acharnée. De quoi remettre largement en cause le sens du et de la politique. D’où l’appel des évêques en octobre dernier.

"L’insistance des évêques, c’est de dire que les débats qui nous occupent ne sont pas simplement de la politique. En amont de cela, il faut avoir une vision du politique, une compréhension de la personne humaine dans la société, dans le monde d’aujourd’hui. Et peut-être que le déficit de sérieux et l’excès de violence du débat contemporain est lié au manque de vision sur ce qu’est le politique" explique le père Matthieu Rougé, ancien aumônier des parlementaires et curé de Saint Ferdinand des Ternes à Paris.

"Les évêques appellent non seulement les politiques à grandir dans cette vision, mais aussi les citoyens à ne pas se satisfaire des débats superficiels mais à se demander comment la vie en société peut grandir en justice et en paix" ajoute le père Matthieu Rougé, au sujet de l'appel de la CEF.

A cette occasion, les évêques de France appellent à une redéfinition du contrat social, du contrat républicain. Un pari difficile en ces temps de menace terroriste. "La question du terrorisme est conjoncturelle même si elle exprime une sorte de dérégulation du monde. Mais nous sommes des êtres politiques par nature, encore faut-il accepter cette réalité. Nous sommes des êtres sociaux, mais il nous faut choisir de vivre ensemble. Cela passe par l’éducation, le mode d’intégration économique et social, par une vision riche et respectueuse de la personne humaine" conclut le père Rougé.

LAÏCITÉ | Écouter la parole des responsables religieux

LAÏCITÉ | Écouter la parole des responsables religieux

Deuxième volet de la série consacrée à l'élection présidentielle, dans l'Actualité chrétienne. Au programme, la place des religions face à la laïcité.

Après avoir évoqué cette question du sens du politique, focus ce mercredi sur la place et le rôle des religions dans un contexte où le principe de laïcité est parfois interprété de manière stricte et où certains voudraient reléguer la religion à la sphère privée. Décryptage avec le père Matthieu Rougé, curé de Saint-Ferdinand-des-Ternes à Paris et ancien responsable du service pastoral d'études politiques.

"Les évêques rappellent de manière très précise qu’il y a deux types de laïcité en France : une laïcité d’ouverture, et une laïcité d’affrontement des religions dans la société. Même si certaines postures idéologiques sont plutôt pour un refus des religions dans l’espace public, notre cadre juridique fait plutôt preuve d’ouverture à ce sujet" explique le père Matthieu Rougé.

Un cadre juridique ouvert censé permettre à tous, croyants ou non, de vivre ensemble. Sans oublier les responsables religieux qui pourraient apporter une contribution essentielle aux responsables politiques. "Un des problèmes essentiels pour la politique en France aujourd’hui, c’est le déficit d’une vision anthropologique commune. Et les responsables religieux peuvent contribuer à nourrir une refondation d’une vision anthropologique salutaire pour la société" ajoute le père Rougé.

Cette contribution implique toutefois que  la parole religieuse soit estimée, écoutée par la classe politique. Est ce aujourd’hui le cas ? "Oui et non. Sur les questions de bioéthique, de famille, les responsables religieux sont souvent sollicités pour être auditionnés. Encore faut-il que ces auditions se fassent dans de bonnes conditions. Et aussi que les personnalités religieuses soient à la hauteur des questionnements qui leur sont adressés" précise le curé de Saint-Ferdinand-des-Ternes.

A noter que le collège des Bernardins organise cet après midi un colloque sur le thème : "Etat, religions laïcités : les nouveaux fondamentalistes enjeux nationaux et internationaux", en présence de philosophes, personnalités civiles religieuses et politiques. Pour en savoir plus, cliquez ici.

ÉTHIQUE | Penser la dignité de la personne humaine

ÉTHIQUE | Penser la dignité de la personne humaine

Les sujets éthiques sont assez peu présents dans la campagne présidentielle. Pourtant, les catholiques ne sont pas les seuls à s'en préoccuper.

Comme chaque semaine nous vous proposons sur RCF un regard chrétien sur les enjeux de la campagne présidentielle. Sens du politique, place des religions, éthique, migrants. Chaque semaine dans l’actualité chrétienne le père Matthieu Rougé nous donne dans l’actualité chrétienne des clés de compréhension et de discernement sur les enjeux de l’élection présidentielle.

Les évêques de France ont publié en octobre dernier un livre dans lequel ils invitent à retrouver le sens du politique dans une société ou le fossé se creuse de plus en plus entre les citoyens et les élus. Une société fragilisée de toute part où il est urgent, selon eux, de redéfinir le contrat social et républicain. Ils regrettent qu’il n’y ait pas de vision anthropologique commune dans notre société alors que les enjeux éthiques sont aujourd’hui majeurs.

De la naissance à la  fin de vie en passant par la gestation pour autrui, si les catholiques ont certes une responsabilité, un rôle à jouer, ils ne sont pas les seuls à se préoccuper de ces questions éthiques. C'est ce qu'explique notamment ​le père Matthieu Rougé, curé de Saint-Ferdinand-des-Ternes à Paris et ancien responsable du service pastoral d'études politiques, interrogé par Pauline de Torsiac.

"Il s’agit d’enjeux majeurs. C’est très important de voir que les questions éthiques ne sont pas séparables des questions sociales. Et les transgressions éthiques génèrent de la violence sociale. Il y a une véritable idéologie qui traverse le monde politique de vouloir maîtriser intégralement la personne humaine : la fascination pour l’euthanasie est l’expression de cette espèce de violence. La responsabilité des chrétiens est forte de dire la modestie que les responsables politiques doivent avoir par rapport à une réalité qui les dépasse, mais aussi le réalisme à avoir" explique-t-il notamment.
 

VOTER | Discerner en conscience et dépassionner le débat

VOTER | Discerner en conscience et dépassionner le débat

Le père Matthieu Rougé, curé de Saint-Ferdinand-des-Ternes à Paris et ancien responsable du service pastoral d'études politiques, revient sur les choix politiques des chrétiens.

Après avoir abordé le sens du politique, la place des religions et les enjeux éthiques, après avoir abordé la question du sens du politique, celle de la place des religions, des enjeux éthiques ou encore celle des migrants, à 15 jours du premier tour, le père Matthieu Rougé met en garde contre la tentation de surestimer la responsabilité des politiques.

L’espérance pour nous, c’est celle de la vie éternelle déjà commencée. Et donc la politique n’est pas le lieu de notre espérance. Il peut y avoir de l’espoir, mais pas d’espérance. La première responsabilité des chrétiens est de ne pas survaloriser la politique. Il y a une sorte de pathologie française où nous rêvons d’avoir un monarque absolu thaumaturge. Il faut sortir de cette immaturité politique. Il s’agit juste de voter pour quelqu’un qui avec une équipe pourra servir la justice et la paix le moins mal possible" explique le père Matthieu Rougé.

Ne pas tomber dans l’idolâtrie du responsable politique mais aussi inviter chaque électeur à s’interroger sur ce qui peut contribuer à la paix et à la justice sociale. "Les Français et les catholiques français aiment beaucoup le débat au café du commerce où chacun a son idée sur tous les sujets. Mais le débat politique ne peut pas en rester là. Il faut du sérieux, du discernement, qui permette de favoriser la politique véritable au service de la justice et de la paix. Il ne s’agit pas d’enlever la passion mais de la réguler, en la mettant au service de ce qui est essentiel pour la politique : le bien commun" conclut l'auteur de "L'Église n'a pas dit son dernier mot. Petit traité d'anti défaitisme catholique", aux éditions Robert Laffont.

MIGRANTS | Ne pas oublier l'aide au développement

MIGRANTS | Ne pas oublier l'aide au développement

​Chaque semaine, dans l’actualité chrétienne, le père Matthieu Rougé nous donne des clés de compréhension et de discernement sur les enjeux de l’élection présidentielle.

Après avoir abordé le sens du politique, la place des religions et les enjeux éthiques, à trois semaines du premier tour, on s’intéresse aujourd’hui à un autre enjeu de cette campagne. Il s’agit de  la question controversée des migrants. Le père Mathieu Rougé, curé de Saint-Ferdinand-des-Ternes à Paris et ancien responsable du service pastoral d'études politiques. Il est l'auteur de "L'Église n'a pas dit son dernier mot. Petit traité d'anti défaitisme catholique", aux éditions Robert Laffont.

"La question des migrants est plus clivante dans les postures que dans la réalité. Au fond, tout le monde est d’accord qu’on ne peut pas se résoudre à avoir des foules de migrants qui se noient dans la Méditerranée. Il y a donc un devoir d’humanité d’urgence auquel personne ne peut se soustraire. Tout le monde est également d’accord sur le fait qu’il faut parvenir à une juste régulation" explique le père Rougé.

Le débat autour de la question des migrants pose également selon le Père Mathieu Rougé, celle de l’aide au développement. "Il faut intensifier les aides au développement pour faire en sorte que les populations aient d’autre choix que de quitter leur pays. Ce qui est désolant, c’est que cette question est totalement absente du débat électoral. Plutôt que de s’envoyer des menaces, il faut regarder les problèmes avec le sérieux que tous peuvent partager" conclut-il.

 

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