[Dossier] Il y a 20 ans, la mort de Mère Teresa

"Je crois qu’il nous sera un peu difficile de l’appeler sainte Teresa ; sa sainteté nous est si proche, si tendre et si féconde que spontanément nous continuerons de lui dire: Mère Teresa" (Pape François). Mère Teresa a été canonisée le 4 septembre 2016.

Sa béatification par Jean-Paul II en octobre 2003 avait réuni plus de 300.000 personnes à Rome. Anjezë (Agnès) Gonxha Bojaxhiu est née en 1910 dans l’actuelle Macédoine. La "mère de Calcutta" est l’une des plus grandes figures de l’Eglise du XXè siècle. Fait exceptionnel, son procès en canonisation a débuté en 1999, soit moins de cinq ans après sa mort, le 5 septembre 1997. 

©Karen Vaswani / "Canonisation de Mère Teresa, messagère de la tendresse et de l'amour miséricordieux de Dieu": logo officiel de la canonisation de Mère Teresa, dévoilé le 20 août 2016

 

"Le manque d’amour est la plus grande pauvreté" Mère Teresa

 

Mère Teresa, la servante des pauvres

Expression de la charité en actes, la vie de Mère Teresa illustre le don de soi le plus total. La "servante des pauvres", selon Jean-Paul II, a reçu en 1979 le prix Nobel de la paix. Le 15 mars 2016, le pape François signait le décret de canonisation de la fondatrice des Missionnaires de la Charité, congrégation qui compte aujourd’hui 5.000 membres répartis sur plus de 130 pays.
 

Les textes de Mère Teresa

Vendredi 22 juillet 2016, le Corriere della Sera a publié "Aimons celui qui n’est pas aimé". Un recueil de textes inédits de Mère Teresa, dont la préface par le pape François invite les jeunes à "se mettre au service des pauvres, à être constructeurs de ponts, pour briser la logique de la division, du rejet, de la peur des uns et des autres". La religieuse était en effet l'auteur de très nombreux textes et prières, dont la célèbre "La vie est la vie" (ci-dessous).

 

La vie est la vie
La vie est beauté, admire-la
La vie est félicité, profites-en.
La vie est un rêve, réalise-le.
La vie est un défi, relève-le.
La vie et un devoir, fais-le.
La vie est un jeu, joue-le.
La vie est précieuse, soigne-la bien.
La vie est richesse, conserve-la.
La vie est amour, jouis-en.
La vie est un mystère, pénètre-le.
La vie est une promesse, tiens-la.
La vie est tristesse, dépasse-la.
La vie est un hymne, chante-le.
La vie est un combat, accepte-le.
La vie est une tragédie, lutte avec elle.
La vie est une aventure, ose-la.
La vie est bonheur, mérite-le.
La vie est la vie, défends-la.

 

VIDEO | Revivez la messe de canonisation de Mère Teresa - Téléchargez l'homélie du pape

EMISSION SPECIALE

100.000 fidèles étaient réunis place Saint-Pierre pour assister à la messe de canonisation de Mère Teresa. Téléchargez l'homélie du pape François.

« Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? » (Sg 9, 13)

 

"Qu’elle soit votre modèle de sainteté!" Dans son homélie, le pape François a qualifié Mère Teresa d'"infatigable artisan de miséricorde". La canonisation de la religieuse albanaise que Jean-Paul II avait béatifiée en 2003 est le point d'orgue de l'Année de la miséricorde.

Mère Teresa, "généreuse dispensatrice de la miséricorde divine". Citant le livre de la Sagesse - "Qui peut comprendre les volontés du Seigneur?" - le pape François s'est exprimé sur la recherche de la volonté de Dieu et les difficultés que l'homme peut avoir à entendre sa voix. Avant de citer l'exemple de Mère Teresa, le pape François a exprimé combien l'exercice de la charité est sans nul doute l'expression de l'amour de Dieu. "Que cet infatigable artisan de miséricorde nous aide à comprendre toujours mieux que notre unique critère d’action est l’amour gratuit, libre de toute idéologie et de tout lien et offert à tous sans distinction de langue, de culture, de race ou de religion."

"Je crois qu’il nous sera un peu difficile de l’appeler sainte Teresa ; sa sainteté nous est si proche, si tendre et si féconde que spontanément nous continuerons de lui dire : Mère Teresa." Le pape a souligné la grande simplicité qu'entretenait la "mère de Calcutta". Rappelant ce que éMère Teresa aimait dire : « Je ne parle peut-être pas leur langue, mais je peux sourire ». On la fêtera le 5 septembre, jour anniversaire de sa mort, le 5 septembre 1997.

 

Téléchargez l'homélie du pape François [ PDF - 112 ko ]

 


VIDéo - messe et canonisation de mère teresa

 

 

homélie

 

MESSE DE CANONISATION DE LA BIENHEUREUSE MÈRE TERESA DE CALCUTTA

JUBILÉ DES OPÉRATEURS ET DES VOLONTAIRES DE LA MISÉRICORDE

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

Place Saint-Pierre
Dimanche, 4 septembre 2016

 

« Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? » (Sg 9, 13). Cette interrogation du livre de la Sagesse, que nous avons écoutée dans la première lecture, nous présente notre vie comme un mystère, dont la clef d’interprétation n’est pas en notre possession. Les protagonistes de l’histoire sont toujours deux: Dieu d’une part et les hommes de l’autre. Nous avons la tâche de percevoir l’appel de Dieu et, ensuite, d’accueillir sa volonté. Mais pour l’accueillir sans hésitation, demandons-nous: quelle est la volonté de Dieu?

Dans le même passage du livre de la Sagesse, nous trouvons la réponse : « C’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît » (v. 18). Pour authentifier l’appel de Dieu, nous devons nous demander et comprendre ce qui lui plaît. Bien souvent, les prophètes annoncent ce qui plaît au Seigneur. Leur message trouve une admirable synthèse dans l’expression: « C’est la miséricorde que je veux et non des sacrifices » (Os 6, 6 ; Mt 9, 13).

Toute œuvre de miséricorde plaît à Dieu, parce que dans le frère que nous aidons nous reconnaissons le visage de Dieu que personne ne peut voir (cf. Jn 1, 18). Et chaque fois que nous nous penchons sur les besoins de nos frères, nous donnons à manger et à boire à Jésus ; nous vêtons, nous soutenons et nous visitons le Fils de Dieu (cf. Mt 25, 40). En somme, nous touchons la chair du Christ.
 

Il n’y a pas d’alternative à la charité: ceux qui se mettent au service de leurs frères, même sans le savoir, sont ceux qui aiment Dieu.

 

Nous sommes donc appelés à traduire dans le concret ce que nous invoquons dans la prière et professons dans la foi. Il n’y a pas d’alternative à la charité : ceux qui se mettent au service de leurs frères, même sans le savoir, sont ceux qui aiment Dieu (cf. 1Jn3, 16-18 ; Jc 2, 14-18). La vie chrétienne, cependant, n’est pas une simple aide qui est fournie dans le temps du besoin. S’il en était ainsi, ce serait certes un beau sentiment de solidarité humaine qui suscite un bénéfice immédiat, mais qui serait stérile, parce que sans racines. L’engagement que le Seigneur demande, au contraire, est l’engagement d’une vocation à la charité par laquelle tout disciple du Christ met sa propre vie à son service, pour grandir chaque jour dans l’amour.

Nous avons écouté dans l’Évangile que « de grandes foules faisaient route avec Jésus » (Lc 14, 25). Aujourd’hui, ces « grandes foules » sont représentées par le vaste monde du volontariat, ici réuni à l’occasion du Jubilé de la Miséricorde. Vous êtes cette foule qui suit le Maître et qui rend visible son amour concret pour chaque personne. Je vous répète les paroles de l’apôtre Paul : « Ta charité m’a déjà apporté de joie et de réconfort, car grâce à toi…, les cœurs des fidèles ont trouvé du repos » (Phm 7). Que de cœurs les volontaires réconfortent ! Que de mains ils soutiennent ! Que de larmes ils essuient ! Que d’amour mis dans le service caché, humble et désintéressé ! Ce service louable manifeste la foi  - manifeste la foi - et exprime la miséricorde du Père qui se fait proche de ceux qui sont dans le besoin.

Suivre Jésus est un engagement sérieux et en même temps joyeux ; cela demande radicalité et courage pour reconnaître le divin Maître dans le plus pauvre ainsi que dans le marginalisé de la vie et pour se mettre à son service. C’est pourquoi, les volontaires qui, par amour pour Jésus, servent les derniers et les démunis n’attendent aucune reconnaissance ni aucune gratification, mais renoncent à tout cela parce qu’ils ont découvert l’amour authentique. Et chacun de nous peut dire : ‘‘Comme le Seigneur est venu vers moi et s’est penché sur moi en temps de besoin, de la même manière moi aussi je vais vers lui et je me penche sur ceux qui ont perdu la foi ou vivent comme si Dieu n’existait pas, sur les jeunes sans valeurs et sans idéaux, sur les familles en crise, sur les malades et les détenus, sur les réfugiés et les migrants, sur les faibles et sur ceux qui sont sans défense corporellement et spirituellement, sur les mineurs abandonnés à eux-mêmes, ainsi que sur les personnes âgées laissées seules. Partout où il y a une main tendue qui demande une aide pour se remettre debout, doit se percevoir notre présence ainsi que la présence de l’Église qui soutient et donne espérance’’. Et cela, il faut le faire avec la mémoire vivante de la main du Seigneur tendue sur moi quand j’étais à terre.

Mère Teresa, tout au long de son existence, a été une généreuse dispensatrice de la miséricorde divine, en se rendant disponible à travers l’accueil et la défense de la vie humaine, la vie dans le sein maternel comme la vie abandonnée et rejetée. Elle s’est dépensée dans la défense de la vie, en proclamant sans relâche que « celui qui n’est pas encore né est le plus faible, le plus petit, le plus misérable ». Elle s’est penchée sur les personnes abattues qu’on laisse mourir au bord des routes, en reconnaissant la dignité que Dieu leur a donnée ; elle a fait entendre sa voix aux puissants de la terre, afin qu’ils reconnaissent leurs fautes face aux crimes – face aux crimes - de la pauvreté qu’ils ont créée eux-mêmes. La miséricorde a été pour elle le ‘‘sel’’ qui donnait de la saveur à chacune de ses œuvres, et la ‘‘lumière’’ qui éclairait les ténèbres de ceux qui n’avaient même plus de larmes pour pleurer leur pauvreté et leur souffrance.

Sa mission dans les périphéries des villes et dans les périphéries existentielles perdure de nos jours comme un témoignage éloquent de la proximité de Dieu aux pauvres parmi les pauvres. Aujourd’hui, je remets cette figure emblématique de femme et de consacrée au monde du volontariat : qu’elle soit votre modèle de sainteté! Je crois qu’il nous sera un peu difficile de l’appeler sainte Teresa ; sa sainteté nous est si proche, si tendre et si féconde que spontanément nous continuerons de lui dire : ‘‘Mère Teresa’’. Que cet infatigable artisan de miséricorde nous aide à comprendre toujours mieux que notre unique critère d’action est l’amour gratuit, libre de toute idéologie et de tout lien et offert à tous sans distinction de langue, de culture, de race ou de religion.

Mère Teresa aimait dire : « Je ne parle peut-être pas leur langue, mais je peux sourire ». Portons son sourire le dans le cœur et offrons-le à ceux que nous rencontrons sur notre chemin, surtout à ceux qui souffrent. Nous ouvrirons ainsi des horizons de joie et d’espérance à tant de personnes découragées, qui ont besoin aussi bien de compréhension que de tendresse.

Mère Teresa, celle qui était déterminée à aimer et servir les plus pauvres

Mère Teresa, celle qui était déterminée à aimer et servir les plus pauvres

Fidèle au Christ malgré les épreuves, déterminée à aimer et servir les plus pauvres d'entre les pauvres, Mère Teresa aura marqué les puissants de ce monde comme les plus humbles.

Elle aura approché quasiment tous les puissants de ce monde et ils l'auront estimée, édifiés par son œuvre, son énergie et sa détermination à aimer et servir les plus pauvres. Mère Teresa (1910-1997) a su faire face aux critiques, aux doutes, à la nuit de la foi. Elle a fondé les Missionnaires de la Charité en octobre 1950, congrégation présente aujourd'hui dans le monde entier avec plus de 750 maisons. Quel héritage laisse-t-elle à l'Eglise, aux homme et aux femmes du XXIè siècle?
 

Chaque être humain compte

"Elle a su allier la spiritualité la plus haute, la plus grande mystique - c'est-à-dire un dialogue permanent avec Jésus et avec Dieu - et puis un pragmatisme, un sens du réel, quelque chose de concret", observe Olympia Alberti. Ce qui touche l'auteur du "Royaume de sa nuit" (éd. Plon), aujourd'hui réédité, ce sont les 50 annnées de "glaciation", d'"absence", ce que l'on a appelé la nuit de la foi. En 1946, Mère Teresa a eu "la chance" de recevoir des visions et des voix du Christ, ce qui dit déjà quelque chose des "vibrations de son âme". Et puis, au moment de fonder les Missionnaires de la Charité, elle est restée fidèle au Christ malgré ce vide qu'elle ressentait au cœur. Au marque de sainteté, le regard qu'elle portait sur ses contemporains et qui "s'adressait à chacun de manière unique": "Chaque être humain compte."
 

Née "dans un foyer plein d'amour"

Née le 26 août 1910 à Üsküb (actuelle Skopje, en Macédoine), Anjezë (Agnès) Gonxha Bojaxhiu été élevée dans "un foyer plein d'amour" par des parents à la foi fervente, "qui faisaient le bien avec une grande discrétion". Entrée en 1928, à l'âge de 18 ans, chez les Soeurs de Notre-Dame de Lorette à Rathfarnham en Irlande. Rapidement, elle est envoyée en Inde, pour y faire son noviciat et enseigner l'histoire et la géographie aux jeunes filles de la bonne société indienne. Le 10 septembre 1946, dans un train l'emmenant pour Darjeeling, elle reçoit un "appel dans l'appel". Le Christ lui demande de consacrer sa vie aux plus pauvres des pauvres. De retour à Calcutta, celle qui a pris le nom de Soeur Teresa, reçoit l'autorisation de quitter son ordre pour s'installer, le 20 décembre 1948 dans un bidonville de Calcutta. Elle porte alors le célèbre sari de coton blanc ourlé de bleu, les couleurs de la Vierge Marie.

La bouleversante Mère Teresa d'Olympia Alberti

La bouleversante Mère Teresa d'Olympia Alberti

Mère Teresa a toujours bouleversé la romancière Olympia Alberti, dont la biographie sonne juste, au plus près de la "mère de Calcutta". Elle est l'invitée de Christophe Henning.

Femme de lettres mais surtout femme de coeur. Si Olympia Alberti garde dans son panthéon littéraire Colette, Giono, Rilke, Virginia Woolf ou encore Marguerite Duras, s'y trouvent aussi, plus intimes, de saintes figures, de vraies sœurs comme Etty Hillesum ou Mère Teresa. Le récit qu'elle fait de sa vie, "Le royaume de sa nuit" (éd. Presses de la Renaissance), on peine à le trouver romancé tant il sonne juste, au plus près de sa vie, de sa nuit aussi. Une biographie dont l'auteur signifie combien Mère Teresa l'a toujours bouleversée.
 

La nuit de la foi: une sainte dans la tourmente

Au-delà de "l'œuvre magistrale qu'elle avait fondé et qu'elle développait", ce qui a d'abord interpellé Olympia Alberti était l'"absence de geste" de Mère Teresa. "Quand elle carressait un vieillard ou un enfant, on voyait qu'elle le faisait sans être dans sa main." Une distance qu'a perçue la romancière à travers son poste de télévision et qui lui a fait dire très tôt que cette femme était dans la "tourmente".

La nuit de la foi de la "mère de Calcutta" a été révélée dans la correspondance et le journal de la sainte. Certains ont dit de la fondatrice des Missionnaires de la Charité qu'elle avait perdu la foi, or elle se sentait "désaimée de Dieu". Ce qui n'a rien à voir avec la perte de la foi, considère la romancière. Et vivre 50 ans cette épreuve spirituelle tout en poursuivant sa mission dans les bidonvilles de Calcutta, voilà qui semble "inhumain", pour Olympia Alberti. Divin, donc.
 

"J'aurai des millions d'enfants"

Malgré la mort violente de son père empoisonné quand Anjezë avait 9 ans, l'enfance de Mère Teresa était "baignée de l'attention aux autres". Ses parents l'ont élevée dans l'idée qu'ayant un foyer heureux ils avaient tout, ce qui justifiait une pratique quotidienne de la charité en acte.

Quand à 18 ans, elle décide qu'elle sera missionnaire en Inde, sa soeur l'interpelle sur les enfants qu'elle n'aura pas: elle lui répond: "J'en aurai des millions." Quelle espèce d'intuition habite alors cette toute jeune fille? L'Inde, sa chaleur étouffante, sa végétation foisonnante, ce peuple à demi nu... ses premiers mois là-bas la déracinent et la font grandir. Comment a-t-elle su garder un cap intérieur et accueillir ce qui vient de l'autre? Dès le début, elle qui a lu Charles de Foucauld, a su qu'elle allait de l'Inde "tout accepter".

Mère Teresa, ombres et lumières

Le Temps de le dire

Icône médiatique de la charité, Mère Teresa est vénérée au-delà de l’Église catholique. Jugée souvent autoritaire, elle faisait preuve d'une ouverture de cœur extrême. Par Stéphanie Gallet.

"Mère Teresa a consacré sa vie entière à servir les plus pauvres et les plus démunis en Inde. Quand une telle personne se voit attribuer le titre de sainte, il est tout naturel que les Indiens se sentent fiers." Ces propos du premier ministre indien Narendra Modi, relayés par l'agence Eglises d'Asie (le 30/08/2016), disent bien l'engouement du pays pour la canonisation de la "mère de Calcutta". L'événement dépasse en effet la seule communauté des fidèles catholiques. Pour les Indiens de toutes confessions cela faisait bien longtemps que Mère Teresa était considérée comme une sainte.
 

Canonisation de Mère Teresa, le 4 septembre 2016
Temps fort du Jubilé de la miséricorde, la canonisation de Mère Teresa par le pape François intervient après la reconnaissance en décembre 2015 d’un second miracle qui lui est attribué. RCF se mobilise et vous propose une programmation spéciale.
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Mère Teresa, icône médiatique de la charité

De la figure de Mère Teresa on retient l'image d'une petite femme aux pieds nus et en sari blanc, avec ses fameux lisérés bleus. Une image médiatique que le Nobel a mis en lumière en 1979. Les dons qui ont afflué par la suite ont permis aux Missionnaires de la Charité de s'étendre dans le monde. Des "consécrations internationales", selon Xavier Zunigo, pour cette femme qui "n'est pourtant pas une grande intellectuelle du catholicisme mondial". Certes l'Eglise, et surtout les jésuites locaux, avait tout intérêt à ce que soit valorisée avec la "mère de Calcutta" une certaine vision du christianisme. Mais Mère Teresa était aussi un rayonnement, une présence à l'autre.
 

"The poorest of the poor: la grande phrase que les Missionnaires de la Charité répètent tout le temps."
Claire Lesegretain

 

Une radicalité dans la foi

Elle avait la réputation d'être autoritaire, voire peu sympathique. Mère Teresa a grandi dans un milieu familial exigeant d'ouverture à l'autre. Ceux qui l'ont connu ont témoigné d'une radicalité et d'une détermination dans toutes ses actions, certainement renforcées par le contexte de pauvreté extrême dans lequel elle évoluait. Carine Rabier-Poutous parle d'une "volonté d'absolutment tout donner à Jésus".

Lorsqu'en 1946, elle a dans le train qui l'emmène à Darjeeling des visions et des voix, c'est "un appel dans l'appel" qu'elle reçoit, comme elle le dira plus tard - celui d'être avec les plus pauvres d'entre les pauvres: "The poorest of the poor: la grande phrase que les Missionnaires de la Charité répètent tout le temps", observe Claire Lesegretain.
 

Sa capacité extrême d'ouverture de coeur

Cette femme qui à 36 ans entend le cri du Christ sur la croix, "J'ai soif!", a inspiré une image de la sainteté à ses contemporains par la très attention à l'autre dont elle était capable. "Elle était d'une patience qui prouvait sa sainteté", confie Claire Lesegretain. Grand reporter à La Croix, elle a vécu l'expérience des volontaires à Calcutta. Selon elle, si Mère Teresa n'avait pas été portée par cette foi incroyable elle n'aurait pas pu tenir d'être autant "présente à tous à tout moment".
 

calcutta, capitale du tourisme humanitaire

Le pouvoir d'attraction de Mère Teresa, certains tour operators indiens l'on bien compris, qui envoient des cars entiers de touristes japonais visiter le fameux mouroir de Calcutta. D'Amérique latine, d'Europe, d'Asie... un tourisme humanitaire s'est mis en place autour de la ville indienne. Là où de nombreuses ONG demandent aux bénévoles d'être formés, les Missionnaires de la Charité accueillent chacun sans condition. Pour beaucoup le voyage s'avère brutal, l'univers "étonnant", comme le dit Xavier Zunigo.
 

Dans les mouroirs de Mère Teresa, la "joie au milieu de l'enfer"

Une confrontation directe à la pauvreté extrême, doublée souvent d'une incompréhension. Les mouroirs de Mère Teresa ne sont pas des hôpitaux où l'on tente à tout prix de sauver la vie d'un agonisant. On lui donne simplement la possibilité de mourir ailleurs que sur le trottoir. Il y a certes une violence dans ces mouroirs, convient Carine Rabier-Poutous. Elle qui a été novice chez les Missionnaires de la Charité en Pologne notamment, parle de "joie au milieu de l'enfer". Une atmosphère "un peu surréaliste" où la violence côtoie l'amour inouï de ces religieuses qui ont donné leur vie aux pauvres par amour pour le Christ.
 

"La cité de la joie" (1992), film de Roland Joffé, inspiré par la vie de Mère Teresa

Le regard d'amour de Mère Teresa

Le regard d'amour de Mère Teresa

Le P. Thierry-François de Vrégille a côtoyé Mère Teresa. Il se souvient d'une personne très humble et "totalement présente" à l'autre. Il répond à Véronique Alzieu.

Mère Teresa, le P. Thierry-François de Vrégille l'a rencontrée pour la première fois à Rome en 1978. Elle fait partie de ces grandes figures spirituelles considérées comme saintes de leur vivant. Pourquoi une telle aura? Lui qui l'a aussi côtoyée se souvient de quelqu'un de "totalement présent" aux personnes devant qui elle était. En la voyant vivre et prier, il a eu le sentiment d'une femme "très humble". Avant de fonder les Missionnaires de la Charité, elle était enseignante, ce qui a pu forger sa capacité d'écoute.
 

"Ce qui l'habitait c'était un regard d'attention, de compréhension, d'écoute...
Un regard qui n'avait rien d'intrusif.
"

 

Pauvretés spirituelles en Europe

Mère Teresa a fondé en Inde, à Calcutta, les Missionnaires de la Charité, pour venir en aide aux personnes touchées par la pauvreté matérielle. En Europe, ce qu'elle voulait initier c'était un mouvement qui puisse répondre aux pauvretés spirituelles.

Ce projet-là qui n'a pu réellement aboutir, le Père Thierry-François de Vrégille a contribué à le refonder dans le diocèse d'Avignon. Il est membre de La Fraternité de la Parole. Un ministère qui lui a "appris à beaucoup écouter", confie-t-il. "Un regard d'écoute", comme il le nomme: voilà sans doute l'héritage spirituel légué par Mère Teresa.

 

Canonisation de Mère Teresa, le 4 septembre 2016
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une fidélité au christ dans La nuit de la foi

Le P. Thierry-François de Vrégille a longuement vu Mère Teresa prier. "Elle était intérieuresement centrée sur le Seigneur dans son coeur." Mais non pas à l'exclusion de ce qui passait autour d'elle. On sait aujourd'hui que la "mère de Calcutta" a vécu une nuit de la foi. "Elle ne sentait plus le Christ, elle ne l'a plus entendu, elle ne le voyait plus de l'intérieur, explique le Père de Vrégille, mais c'est toujours lui qu'elle aimait." Cette épreuve de foi qu'elle a enduré une grande partie de sa vie, on en a pris connaissance tardivement grâce aux lettres qu'elle avait adressées à des accompagnateurs spirituels. Sa nuit de la foi avait commencé en réalité dès 1947, c'est-à-dire dès la fondation des Missionnaires de la Charité. Elle l'a vécue comme "une fidélité au souvenir de cette rencontre avec Jésus".
 

"Mère Teresa disait qu'il faut connaître, aimer, vivre et proclamer la parole." Par "parole" il faut comprendre les Ecritures mais aussi la personne du Christ. Cette formule dit quelque chose de l'intensité de la relation à Dieu qu'avait Mère Teresa. La prière était le lieu charnière de sa vie: pour le P. Thierry-François de Vrégille la religieuse était même "complètement dans la prière." Selon lui, c'est cela qui la faisait aller vers ces hommes et ces femmes qui mourraient seuls sur un trottoir de Calcutta. "Pour elle, le mourrant c'était Jésus."
 

"Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères,
c’est à moi que vous l’avez fait."
(Mt, 25, 40)

 

Cette parole du Christ dans l'Evangile de Matthieu est celle qui, tous les jours pendant 50 ans, a fait vivre Mère Teresa. Elle signifie que Jésus s'identifie à tous ceux qui sont dans le besoin et dans la misère. Un message que la sainte de Calcutta est allée dire aux pauvres, vêtue d'un sari pour se fondre dans la culture indienne - un sari blanc avec un liséré bleu pour porter les couleurs de la Vierge Marie.

 

Frère Gennaro, sur les pas de Mère Teresa de Haïti à Paris

Frère Gennaro, sur les pas de Mère Teresa de Haïti à Paris

Mère Teresa est canonisée dimanche 4 septembre à Rome. En 1950, elle a fondé les missionnaires de la charité. Aujourd'hui, 5000 sœurs et 400 frères, dont frère Gennaro, aident les démunis.

Pour la rentrée de l'émission, Chrétien à la Une s'intéresse à l'héritage de Mère Teresa. La célèbre religieuse est canonisée dimanche 4 septembre à Rome. Mère Teresa a consacré sa vie aux "plus pauvres des pauvres". En 1950 à Calcutta, en Inde, elle fonde les missionnaires de la charité. Les sœurs sont aujourd’hui près de 5 000 un peu partout dans le monde. Les frères missionnaires de la charité, moins connus, sont eux au nombre de 400. En Europe, ils existent à Bucarest en Roumanie, à Manchester en Angleterre et à Paris. Invité de l'émission, frère Gennaro est l’un des quatre frères présent dans la capitale française.
 

"J'ai trouvé une paix intérieure"

"A Paris nous travaillons avec les sans-abris, comme dans les autres villes, à Bucarest ou Manchester", explique frère Gennaro. "La journée se partage entre l'aide aux plus démunis et la prière, il faut être attaché au Christ pour être attaché à la mission", poursuit-il. "A la source et au but de notre travail, il y a Jésus et la foi. Même dans le travail il y a un aspect de prière" indique frère Gennaro. Il ajoute : "J'ai trouvé dans cette ordre des missionnaires de la charité une paix intérieure que je n'ai pas trouvé ailleurs."
 

"Les regards sur les sans-abris changent"

"Les choses changent, les regards changent", s'enthousiasme frère Gennaro. "Avant c'était plus facile de passer à coté d'un SDF sans s'arrêter. Aujourd'hui, les jeunes s'arrêtent et vont parler avec eux", poursuit le missionnaire. La mission des frères de la charité se décompose en trois aspects. D'abord, les maraudes dans la rue. Les missionnaires offrent du thé, du café ou des biscuits aux sans-abris. Ensuite, "nous rencontrons les personnes et nous les invitons au centre de jour", indique frère Gennaro. Ils peuvent y prendre une douche, se changer, faire des jeux comme les dominos ou le scrabble. En fin de matinée, il y a le chapelet, puis nous partageons le repas de midi", ajoute le missionnaire. "Nous n'amenons pas de nourriture ou des vêtements dans la rue, sinon cela incite les sans -abris à rester dans la rue", précise frère Gennaro. Enfin, les frères missionnaires hébergent les personnes malades ou âgées.    

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