[Dossier] Les femmes et le christianisme

Dossier spécial à l'occasion de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

La Bible compte un grande nombre de figures féminines importantes. Le Christ lui-même a posé sur les femmes un regard nouveau, révolutionnaire même, dans la société de son temps. Aujourd'hui dans l'Église la place des femmes fait souvent débat. En ce 8 mars, journée de lutte pour les droits des femmes, un dossier pour rendre hommage aux femmes qui ont marqué l'histoire et l'histoire du christianisme.

 

Les grandes femmes de la Bible

Les grandes femmes de la Bible

Deborah, Ruth, Sarah, la reine de Saba, Eve. Ces femmes jouent un rôle clé dans l'histoire du peuple hébreu et de l'Alliance avec le Dieu d'Israël. Véronique Alzieu reçoit Nicole Vray.

Dans la Genèse, le destin de Sarah est indissociable de celui d'Abraham son époux. Mais aussi de celui d'Agar, leur servante. Sarah est une femme âgée. Ne pouvant avoir d'enfant, elle prête sa servante à Abraham pour qu'elle lui donner un fils. Ce sera Ismaël, "Dieu a entendu" en hébreu. Mais entre temps, Sarah tombe enceinte et donne naissance à Isaac, en hébreu "Il rira". L'histoire de Sarah, c'est celle la descendance d'Abraham qu'elle porte. Et avec elle le problème de démographie et donc de puissance du peuple hébreu.

"Juger" en hébreu signifie gouverner, contrôler. Fait exceptionnel, la prophétesse Deborah est la seule femme juge. Son histoire est liée à celle de Yaël, à qui elle prophétise la victoire des Hébreux sur les Cananéens. Yaël joue un rôle important dans la victoire en tuant le chef de l'armée cananéenne Siséra.

Ruth la Moabite appartient à un peuple ennemi des Hébreux et polythéiste. Elle a adopté la religion monothéiste de sa belle-mère qu'elle a suivie à Bethléem, où elles mènent une vie très pauvre. Ruth incarne la générosité. Elle est célèbre car elle figure dans la généalogie de Jésus, dans l'Evangile de Matthieu.

S'il est une femme de la Bible qui a suscité une imagination folle, c'est bien la reine de Saba. L'histoire pourtant ne lui consacre presque rien, on ne sait quasiment rien d'elle. Si le royaume de Saba a été bien réel, sa si célèbre reine n'a probablement pas existé. Ce qui compte au fond c'est le message: la reine de Saba a été en quelque sorte le faire-valoir du roi Salomon.

On appelle souvent Marie "la nouvelle Eve". Eve n'a jamais existé, mais le mythe qui n'enlève rien à la valeur exégétique des textes. De traduction en traduction, on a fini par interpréter qu'Eve est tirée de la côte d'Adam. La femme, en tant que personnage de sexe féminin, est première créée sémantiquement.

Emission réalisée en juin 2015

La place des femmes dans l'Église, pour une théologie féminine

Le temps de le dire

Si elle défend la richesse de la différence des sexes l'institution ecclésiale semble avoir du mal à prendre au sérieux la voix des femmes. On en parle avec Stéphanie Gallet.

On connaît la photo. Dès qu'il s'agit de montrer les responsables du monde caholique les femmes deviennent invisibles. Pourtant, si vous regardez du côté de la catéchèse, auprès des malades et des mourants, des familles en deuil ou des nouveaux parents, elles sont partout. Même dans les facultés de théologie. Les femmes ne sont pas prises au sérieux dans l'institution romaine. C'est en tout cas le regard que pose Lucetta Scaraffia sur l'Eglise. Elle vient de publier "Du dernier rang - Les femmes et l'Eglise" (éd. Salvator). Un livre destiné à faire réfléchir les responsables de l'Eglise catholique sur la place qu'ils accordent aux femmes. Non pas au bénéfice de celles-ci mais de l'Eglise tout entière.
 

Femme: au dernier rang

"L'Eglise parle toujours de la richesse de la différence des sexes mais ne la met pas en pratique", pour Lucetta Scaraffia. Dans l'histoire de l'Eglise catholique il y a de grandes figures féminines: Catherine de Sienne, Hildegarde de Bingen, Thérèse d'Avila... sans oublier la Vierge Marie. Aussi grandes soient-elles, leur reconnaissance sert parfois d'alibi pour montrer la bonne volonté de l'institution ecclésiale. C'est lors du synode sur la famille, où elle était invitée comme auditrice, que Lucetta Scaraffia a eu l'idée de son livre. Quand, depuis le "dernier rang" où elle se trouvait, elle a eu "le choc" de voir "tous ces cardinaux parler de la famille sans avoir écouté aucune femme". Elle ajoute: "Pour eux, les femmes n'existent pas."
 

"Les femmes servent sans jamais avoir droit au chapitre." Anne-Marie Pelletier

 

Féministe et catholique c'est possible

Hommes au pouvoir, femmes à la maœuvre. La situation est devenue "paradoxale" dans l'Eglise, observe Anne-Marie Pelletier: "Les femmes servent sans jamais avoir droit au chapitre." Si les femmes sont présentes dans l'Eglise, "quand on monte dans la hiérarchie, il n'y a plus de femmes du tout". Défendre la place des femmes dans l'Eglise, pour Lucetta Scaraffia ne signifie pas vouloir la même place que les hommes - elle ne défend pas l'ordination féminine par exemple - mais vouloir que la place de la femme soit reconnue. Or, "être féministe dans l'Eglise est facilement disqualifiant", précise la théologienne.
 

"Lorque vous parcourez l'histoire du christianisme vous pouvez touver des aguments pour démontrer la misogynie du christianisme. Mais si vous regardez en détail, vous trouvez encore plus d'arguments pour manifester que le christianisme depuis ses débuts a été un facteur d'émancipation. Et que au sein même des sociétés marquées par la misogynie, l'Eglise a su faire lever toute une vie féminine chrétienne qui n'a cessé de faire vivre l'Eglise."
Anne-Marie Pelletier

 

C'est Benoît XVI qui a nommé Lucetta Scaraffia à la rédaction en chef de Femmes, Église, monde, le supplément féminin de L'Osservatore Romano, le journal du Vatican. Les idées que celle-ci défend dans "Du dernier rang", suivent celles du pape François, selon Anne-Marie Pelletier, qui signe la préface du livre de la journaliste italienne. "Le pape François fait émerger dans l'Eglise et la conscience chrétienne des vérités que l'on na pas toujours envie d'entendre", précise la théologienne, pour qui les relations hommes-femmes dans l'Eglise est un sujet "essentiel".

 

être au pouvoir, être au service

"Les prêtres doivent se libérer du pouvoir." Pour Lucetta Scaraffia qui défend une théologie féminine, il ne faut pas oublier que le sacerdoce signifie service et non pouvoir. Anne-Marie Pelletier défend elle aussi une redéfinition du sacerdoce ministériel et du sacerdoce baptismal, le premier étant "au service" du second: "Les prêtres sont des baptisés au service des autres baptisés de l'Eglise."

 

Diaconat au féminin: le pape relance le débat

Le temps de le dire

Permettre à des femmes d'être ordonnées diacres serait admettre des femmes au sein du clergé. Le pape François a évoqué l'utilité d'en débattre. On en parle avec Stéphanie Gallet.

Ouvrir l'ordination diaconale aux femmes? Jeudi 12  mai 2016, le pape François a tenu ces propos amplement repris (voire largement interprétés) dans la presse: "Constituer une commission officielle pour étudier la question? Je crois, oui. Il serait bon pour l’Église de clarifier ce point. Il me semble utile qu’une commission étudie la question." Il répondait à l'une des 900 religieuses réunies alors au Saint-Siège.
Notons qu'en 2003, une Commission théologique internationale avait rendu un rapport: "Le diaconat : évolution et perspectives" (disponible en intégralité). Cette commission "avait conclut qu'elle ne pouvait rien conclure" sur le sujet de l'ordination diaconale des femmes, précise Alain Desjonquères. Elle laissait donc au pape le soin de trancher.

Une chose est sûre, l'emballement médiatique est rarement neutre: il est cette fois-ci à la hauteur des attentes sur la place des femmes au sein de l'Eglise catholique, sujet ô combien sensible. "La place des femmes dans l'Eglise est l'un des plus grands sujets d'aujourd'hui", pour le père Antoine Guggenheim. Alain Desjonquères, qui est diacre permanent du diocèse de Paris, reconnaît: "Nous sommes extrêmement redevables aux femmes dans l'Eglise ; quant à dire que la place des femmes dans l'Eglise n'est pas suffisamment reconnue, je suis absolument d'accord". S'il semble nécessaire de redire combien les femmes ont leur place dans l'Eglise, cela signifie-t-il qu'il faut leur donner la possibilité d'être diacres? On pouvait en tout cas s'attendre à ce que la question soit soulevée. Dès le début de son pontificat, en effet, le pape François avait montré qu'il était sensible à la question de la place des femmes dans l'Eglise.
 


27 juin 2015, ordinations sacerdotales (en vue de la prêtrise) en la cathédrale Notre-Dame de Paris ©FREDERIC SOREAU / CIRIC

La place des femmes dans l'Eglise: quels enjeux? Pour Paule Zillitch, membre du Comité de la Jupe, il faut reconnaître que "les femmes sont là, que les femmes ont une parole, des charismes et des compétences, qu'il n'est pas possible de continuer à s'en passer". D'autre part, selon le père Antoine Guggenheim, "on ne peut plus montrer simplement des photos avec dans un synode que des hommes, ça ne passe pas, ça n'est pas possible."

Mais qu'il s'agisse de reconnaître tout ce que les femmes apportent à l'Eglise ou de vouloir rapprocher les réalités ecclésiales des réalités de la société, le diaconat reste une vocation. Tout le monde n'est pas appelé à être ordonné diacre et - précisons-le - l'engagement est important. De plus, ordonner des femmes diacres sans que cela leur ouvre la voix à la prêtrise: voilà ce qui constitue l'un des enjeux du débat. Enfin, la question qui reste à trancher est celle de voir dans quelle mesure des femmes pourraient prêcher au cours de la messe. 
 

Qu'est-ce qu'un diacre?

Aujourd'hui, il existe au sein de l'Eglise catholique des diacres permanents et des diacres ordonnés en vue du sacerdoce - ces derniers sont donc de futurs prêtres. Les diacres permanents s'engagent à vie. Ce sont des hommes qui resteront fidèles à l'état de vie qui est le leur au jour de leur ordination. Un diacre célibataire au moment de son ordination le restera ; un diacre marié s'engage en cas de veuvage à ne pas se remarier. Le diacre peut prêcher, annoncer l'Evangile, marier, baptiser. Contrairement au prêtre, il ne peut pas consacrer l'hostie ni confesser les fidèles.

"L'idéal dans l'Eglise ancienne c'était que le diacre était un homme marié, conseiller immédiat de l'évêque, avec un très grand pouvoir de décision et d'enrichissement", explique le p. Antoine Guggenheim. Aujourd'hui, on considère que le diacre enrichit la réflexion de l'Eglise par son expérience du monde. On dit surtout qu'il est "configuré au Christ serviteur", ce qui signifie que le service est la principale dimension de sa mission. "Le diacre n'a pas de pouvoir", observe Alain Desjonquères. "Le diacre est un ministre de proximité, les épouses des diacres font partie de ce ministère de proximité."

La place des femmes dans l'histoire du christianisme [1/2]

Dialogue

Les premiers chrétiens ont souvent été des premières chrétiennes et le Christ ne s'est jamais passé de la parole des femmes. Et pourtant, l’Église les a mises à l'écart des ministères.

Marthe, Marie-Madeleine, la Samaritaine... À une époque et dans une culture où l'homme ne parlait pas publiquement aux femmes, pourquoi le Christ l'a-t-il fait? C'est aux femmes que le Ressuscité s'est révélé, à elles qu'il a demandé d'aller porter la Bonne nouvelle aux apôtres. Pourtant, les disciples du Christ ne s'en sont pas étonnés et leurs successeurs ont écarté les femmes de la parole, de la prophétie, des ministères et du pouvoir. Pourquoi les apôtres se sont-ils accaparé le gouvernement de l'Église comme n'importe quel gouvernement depuis l'Antiquité? Et malgré tout cela, les femmes sont bel et bien dans l'Église.
 

"Une Église qui se prive de la parole des femmes risque de s'appauvrir gravement."

 

La place des chrétiennes dans l'histoire des chrétiens

"Je ne me suis pas interrogée avec aigreur." C'est une femme, Elisabeth Dufourcq, qui se pose toutes ces questions. Elle signe en 2008 un important ouvrage sur le sujet, "Histoire des chrétiennes" (éd. Bayard). Elle y développe 2.000 ans de l'histoire des chrétiennes mais ne cherche pas cependant à régler des comptes.

En tant que chrétienne et historienne, elle émet une réflexion dans l'élan d'une foi qui s'interroge, et se soumet à l'exigence scientifique. "J'ai souhaité traiter un sujet qui semblait jusqu'à présent avoir été traité de façon partisane", explique-t-elle, c'est -à-dire de façon tantôt "anticléricale" tantôt "apologétique". L'apport essentiel des travaux d'Elisabeth Dufourcq, qui est aussi politologue, réside dans l'observation comparée de l'histoire de l'Eglise et de l'histoire politique ou économique.
 

La mise à l'écart des femmes de l'annonce de l'évangile

"Les premiers chrétiens ont souvent été des premières chrétiennes." De la mise à l'écart des femmes, Elisabeth Dufourcq distingue deux types de conséquences quant à l'annonce de l'Evangile, à court terme et long terme. Les premières ont pu avoir, selon l'historienne des effets "bénéfiques": "Si Paul a demandé aux femmes de ne pas prendre la parole dans les assemblées, c'est que les femmes de Corinthe parlaient énormément!"

Mais à long terme, "une Église qui se prive de l'intuition, de la compréhension, et de la parole des femmes, dont le Christ lui-même ne s'est jamais passée, c'est une Eglise qui risque de s'étioler, de s'appauvrir gravement". Appauvrisement qu'Elisabeth Dufourcq constate en Europe occidentale, aux Etats-Unis ou en Amérique latine.

 

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