Il y a 50 ans, l'encyclique Populorum Progressio ou la charité au-delà des frontières

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Le Temps de le dire

lundi 11 décembre 2017 à 9h03

Durée émission : 55 min

Le Temps de le dire

© Image CIRIC - Il y a 50 ans, Populorum progressio ebcourageait à un élargissement de la solidarité

Populorum Progressio. Qui connaît l'encyclique de Paul VI ? Il y a 50 ans ce texte de la doctrine sociale de l'Église ouvrait les chrétiens à l'importance de la solidarité internationale.

Qui se souvient de Populorum progressio ? Le texte que le pape Paul VI a publié le 26 mars 1967 est semble-t-il tombé pour beaucoup aux oubliettes. Il faut pourtant relire l'encyclique, celle où le chef de l'Église catholique encourageait l'Église, mais aussi les États et les associations à œuvrer en faveur des pays du tiers monde, au nom de "tout homme et de tout l'homme". Certes, 50 ans après on parle de relations Nord-Sud et la réalité socio-économique de notre planète a bien changé. Mais Populorum progressio a initié un élan dont les effets sont toujours visibles aujourd'hui. Et aussi, c'est l'un des textes phares de la doctrine sociale de l'Église catholique (ou DSE), qui, elle aussi mérite d'être connue ou redécouverte.
 

"Les chrétiens ont pris conscience que la charité ce n'est pas uniquement ceux qui sont en bas de chez soi mais ceux qui sont à l'autre bout du monde aussi"

 

L'élan Populorum progressio

50 après Populorum progressio, l'idée de développement a pris un autre visage. Avec la mondialisation, la crise écologique, ou l'intensification des migrations. Mais l'intuition de Paul VI, a fait naître un élan. Encouragés par ce texte, des chrétiens ont fait le choix de consacrer 1% de leurs revenus à la solidarité internationale. Et de nombreuses personnes déjà engagées auprès des Scouts et Guides de France, de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) ou de l'Action catholique ouvrière (ACO), ont décidé de se rassembler au sein du Comité catholique contre la faim et pour le développement-Terre Solidaire (CCFD-Terre Solidaire), qui soutient aujourd'hui plus de 697 projets initiés par des acteurs locaux dans 66 pays.

Un texte dont il faut comprendre qu'il est né dans l'élan de Vatican II (1962-1965), événement majeur de l'Église du XXè siècle que l'on a qualifié d'"Aggiornamento", c'est-à-dire de mise à jour ou de mise à niveau. Un concile qui a vu une Église catholique centrée sur son dispositif institutionnel s'ouvrir à "l'ensemble des croyants", comme l'explique Xavier Ricard Lanata. Il parle d'un "geste libérateur" qui a "ouvert les vannes de l'auto-organisation de la société civile". Notons qu'au sein de l'Église elle-même, le Conseil pontifical Justice et Paix a été créé dès 1967, décliné par la suite dans les épiscopats du monde entier.
 

 

Populorum progressio, élargir la solidarité

"Aujourd'hui, le fait majeur dont chacun doit prendre conscience est que la question sociale est devenue mondiale", lit-on en introduction de l'encyclique. "Ce à quoi invite Populorum progressio c'est à un élargissement de la solidarité", note Jean Merckaert. "Les chrétiens ont pris conscience que la charité ce n'est pas uniquement ceux qui sont en bas de chez soi mais ceux qui sont à l'autre bout du monde aussi."

En Amérique latine, à la suite de Populorum progressio il y a eu la fameuse Conférence Générale de l'épiscopat latino-américain, à Medellín en 1968, où les évêques du sous-continent ont fait le choix de l'option préférentielle pour les pauvres, donnant naissance à la théologie de la libération. D'ailleurs le Centre Bartolomé de las Casas de Cusco (Pérou) est né de cet élan, en 1968 : celui à qui l'on doit le superbe livre "Blanche est la Terre" (éd. Seuil), de Xavier Ricard Lanata. Un récit initiatique où l'auteur raconte ses aventures dans des sociétés de bergers des Andes.

 

Populorum progressio, un texte de la doctrine sociale de l'Église

Témoin de la modernité de l'encyclique, le Ceras (qui édite la revue Projet) défend et promeut depuis 1907 la doctrine sociale de l'Église. Un ensemble de textes et d'analyses précieuses que l'Église publie depuis plus de 150 ans sur la paix, la condition ouvrière, l'écologie ou encore le travail. Le Ceras a ainsi organisé le 22 novembre dernier une conférence sur le thème De Populorum Progressio à Laudato si’: une parole audacieuse sur le monde en développement.

La doctrine sociale de l'Église (DSE), lui aussi "trésor méconnu par la plupart des chrétiens", comme le déplore Jean Merckaert, qui aimerait que la "liturgie dominicale" lui laisse une petite "place". Dernir opus de la DSE, l'encyclique Laudato Si' du pape François.

 

Invités

  • Jean Merckaert , rédacteur en chef de la revue Projet

  • Sylvie Bukhari de Pontual , avocate, présidente du CCFD-Terre Solidaire

  • Xavier Ricard Lanata , ethnologue, philosophe, écrivain

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La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.