Petite élévation au-dessous de la ceinture, ou la Bonne Nouvelle des sexes

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Conférences de Carême 2018

dimanche 11 mars à 18h15

Durée émission : 45 min

Petite élévation au-dessous de la ceinture, ou la Bonne Nouvelle des sexes

© Image KTO - Le 11.03.2018, la quatrième et dernière conférence de Carême par Fabrice Hadjadj

À l'heure des États généraux de la bioéthique, Fabrice Hadjadj propose une conférence sur la sexualité, la procréation, et "l'ambition de produire un homme parfait".

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Après "Le sens spirituel des cultures" en 2016 et "Le Christ et la culture" en 2017, ce cycle "Culture et évangélisation" des Conférences de Carême proposées par le diocèse de Paris se poursuit en 2018. Avec pour thème : "La culture, un défi pour l’évangélisation". Un cycle confié au philosophe Fabrice Hadjadj dont la quatrième et dernière conférence a pour titre: "Petite élévation au-dessous de la ceinture, ou la Bonne Nouvelle des sexes".
 

"Ni Platon, ni Aristote, ni Thomas d’Aquin, ni même Descartes ne se sont demandés s’il fallait continuer à faire des petits d’homme par voie généalogique ou bien emprunter désormais la voie technologique"

 

Extrait | "Petite élévation au-dessous de la ceinture, ou la Bonne Nouvelle des sexes"

"Jusqu’à notre époque, nous ne pouvions pas venir au jour autrement. Nos pères n’ont pas choisi de faire advenir des hommes par l’union des sexes : l’idée ne leur en est jamais venue à l’esprit. Ça se faisait comme ça, comme chez les bêtes, et Flaubert pouvait écrire à propos de Félicité, la paysanne d’Un Cœur simple  : « Elle n’était pas innocente à la manière des demoiselles, – les animaux l’avaient instruite. » C’était un donné de notre animalité, et notre rationalité devait faire avec. C’était un donné de la nature, et chaque culture devait s’en accommoder. Or, ce qui était hier nécessité devient aujourd’hui option. Ce que nos pères ne pouvaient qu’admettre sans avoir à l’accepter, nous pouvons soit y consentir, soit faire le choix de le refuser. Situation absolument neuve, si neuve que les questions qu’elle pose ne trouvent pas de formulation chez les Anciens. Ni Platon, ni Aristote, ni Thomas d’Aquin, ni même Descartes ne se sont demandés s’il fallait continuer à faire des petits d’homme par voie généalogique ou bien emprunter désormais la voie technologique, laquelle est indéniablement plus hygiénique et plus ajustée aux ambitions du futur, puisque le petit d’homme y a d’emblée une origine high-tech.

Le haut et le bas sont en nous si intimement liés que derrière cette question de notre origine sexuelle s’en trouve une autre, sur la nature de notre raison. Notre rationalité est-elle le couronnement de notre animalité, auquel cas elle se développerait selon un paradigme de culture, c’est-à-dire en cultivant le don de la nature en nous ? Ou bien notre rationalité gagne-t-elle à se séparer ou à rationaliser notre animalité même, auquel cas elle s’élaborerait selon un paradigme d’ingénierie, c’est-à-dire en utilisant le don de la nature comme une base de données. Après tout, faire des enfants par éprouvette et non en faisant la bête à deux dos, n’est-ce pas plus rationnel, plus raisonnable même ? La conception hasardeuse qui s’opère par les sexes serait enfin soumise aux conceptions rigoureuses qui s’opèrent par l’esprit, et ce serait tout bénéfice pour le petit d’homme.

Premièrement, ce petit d’homme aurait une origine dont il n’aurait pas honte : dès avant sa naissance, il aurait été formé dans une firme des mieux cotées. Il ne serait plus issu de Josyane et Marcel, mais d’une importante multinationale biotechnologique, ce qui lui permettrait d’y avoir un plan de carrière tout tracé, et de vivre chacun de ses anniversaires comme une montée dans les échelons. Et puis, si l’on ne peut songer à l’acte sexuel de ses parents sans une terrible gêne, on parvient très bien à regarder en face le rapport d’activité d’une entreprise." > Lire la suite
 

Vidéo | Voir la conférence dans son intégralité

 

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Chaque semaine, religieux, penseurs, associatifs ou grands témoins donnent une conférence à Notre-Dame de Paris sur le thème: "Culture et évangélisation". Des conférences à suivre chaque dimanche à 18h15.