[Carême] Le partage, un dépouillement nécessaire

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Halte spirituelle, l'intégrale

vendredi 16 mars à 23h00

Durée émission : 55 min

[Carême] Le partage, un dépouillement nécessaire

© DR - Elena Lasida, économiste, explique que selon la pensée sociale de l'Église, être propritétaire d'un bien ne nous permet pas de le garder pour soi si cela empêche quelqu'un d'autre de vivre

Le partage est essentiel pour les chrétiens. L'un des principes de la doctrine sociale de l'Église (DSE) est la destination universelle des biens, qui prime sur le droit de propriété.

"Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.”
Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.”
Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?” Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »
"
(Lc 12, 16-21)*

 

Puisqu'elle permet de ne pas être esclave des biens, la sobriété "conduit naturellement au partage". Dans un contexte de crise des inégalités et de crise environnementale, ce à quoi invite l'Église au moment du Carême - jeûne, prière et partage - résonne d'une manière toute particulière. "Les biens ne nous appartiennent pas, ils sont au service de l'ensemble des êtres vivants", explique Elena Lasida. Au XXIè siècle, alors que le scandale des inégalités extrêmes ne cesse d'être dénoncé par les ONG, comment penser le partage ? Qu'en dit la doctrine sociale de l'Église ? Que pouvons-nous faire ?

 

"L'Église dit très clairement que le principe de destination universelle des biens est premier sur le droit de propriété"
 

LA SOBRIÉTÉ, LE THÈME DU CARÊME 2018 - Ce mercredi 14 février commence le Carême, une période de 40 jours pendant laquelle les chrétiens se préparent à la fête de Pâques, la résurrection du Christ. Cette année pour le Carême, nous vous invitons à méditer le thème de la sobriété.
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Partage et propriété privée font-ils bon ménage ?

La notion de partage est très importante pour les chrétiens. L'Église catholique l'a conceptualisée dans ce que l'on appelle la pensée sociale de l'Église, aussi appelée la doctrine sociale de l'Église (DSE). L'un de ses principes essentiels est la "destination universelle des biens". C'est-à-dire que pour les chrétiens, "les biens qui sont sur la terre ont été donnés par Dieu à tous les hommes et les femmes qui habitent la terre", explique l'économiste. "Cette création nous est donnée à tous parts à égale." Quelles conséquences sur la propriété privée ?

Si "l'Église reconnaît la légitimité du droit de propriété", précise Elena Lasida, "elle dit aussi très clairement que le principe de destination universelle des biens est premier sur le droit de propriété". Une position qui peut aller très loin, puisque selon la pensée chrétienne, être propriétaire d'un bien ne nous permet pas de le garder pour soi si cela empêche quelqu'un d'autre de vivre. En d'autres termes, si quelqu'un à côté de moi meurt de faim il a le droit de me prendre mon pain. "Ça peut aller même jusqu'à justifier le vol, observe l'économiste, ça dit la radicalité de ce principe de destination universelle des biens qui dit que les biens sont pour tous les humains."

 


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le scandale des inégalités extrêmes

La propriété privée, doit être, dans la pensée chrétienne, une manière de mieux gérer les biens sur terre. Elle est censée éveiller la conscience de chacun : tout propriétaire d'un bien est incité à se demander s'il ce qu'il possède ne mérite pas d'être donné à un autre. "De quelle manière ce que j'ai permet à d'autres de vivre également ?"

Au XXIè siècle, cette question est d'autant plus essentielle que les inégalités se creusent. Le rapport Oxfam du 16 janvier 2017 sur les inégalités, intitulé "Une économie au service des 99%", dit que "huit hommes possèdent autant que la moitié de la population mondiale". "C'est scandaleux, indécent, mais c'est ça le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui."
 


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Pour une juste répartition : à chacun le droit de recevoir... et de donner

Un répartition plus équitable des biens, voilà qui renvoie à l'idée de justice. Sur ce point, on peut considérer deux notions : la justice distributive - une égale répartition des biens - et la justice contributive, que défend la pensée sociale de l'Église. Pour Elena Lasida, économiste et chrétienne, cette idée de justice contributive est "beaucoup plus intéressante que la justice contributive". Elle va au-delà des besoins matériels fondamentaux comme manger, s'habiller, se loger...

Selon un principe majeur de la dignité de la personne, la justice contributive reconnaît à chacun le droit d'être reconnu par l'autre comme quelqu'un "d'utile, de créateur". Pas seulement créateur de biens matériels, mais aussi d'être reconnu dans "ses potentialités". Reconnaître à chacun une capacité à recevoir mais aussi à donner, c'est aussi "donner à chacun le droit de ne pas être uniquement dans une posture de dépendant, d'assisté."
 

Invités

  • Elena Lasida , économiste, théologienne, chargée de mission Écologie et société à la Conférence des évêques de France (CEF)

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Le présentateur

Véronique Alzieu

Journaliste à RCF depuis 1993, Véronique s'est spécialisée au fil des ans dans le domaine de la foi, de la vie spirituelle et de la recherche de sens. Elle a choisi la radio parce que c'est un média de proximité, chaleureux sans être intrusif. Son léger accent trahit ses origines pyrénéennes qu'elle revendique avec joie!