[Dossier] L'oraison, redécouvrir un trésor de la tradition chrétienne

Thérèse de Lisieux, Thérèse d'Avila, Madame Guyon, Jeanne d'Arc et Thomas Merton. Ces 5 mystiques chrétiens nous ont transmis un trésor méconnu, l'oraison. C'est ce que Fabrice Midal, spécialiste de la méditation, souhaite partager. En exclusivité sur RCF, il livre le fruit d'un long travail qu'il avait à cœur de transmettre sur nos ondes.

Paradoxalement, en Occident on plébiscite la méditation orientale au détriment de notre tradition chrétienne d'une richesse inouïe. Un constat que fait Fabrice Midal, le fondateur de l'Ecole occidentale de méditation.

En explorant lisant les textes de Thérèse d’Avila, Jeanne d’Arc, Madame Guyon, Thérèse de Lisieux et Thomas Merton, il a découvert "un château plein de trésors trop peu connus, presque oubliés". En côtoyant ces grands mystiques chrétiens, cet enseignant en méditation a découvert non pas une technique mais une façon d'être, qui consiste "à se laisser toucher par le fait qu'on est aimé et que l'on aime".

La méditation en Occident s'appelle oraison. Pour le philosophe "elle a toujours à voir avec l'amour". Il constate que cette tradition chrétienne est "malheureusement très peu connue" en Occident. Fabrice Midal rencontre même des chrétiens dont la conception de la méditation est issue de la tradition orientale. Il est pour lui essentiel de montrer que "la méditation n'est pas qu'une technique de gestion du stress pour être plus efficace et performant mais qu'elle est une manière de retrouver un sens de présence et d'amour."

L'oraison chez Jeanne d'arc, la nudité extrême de l'être

L'oraison chez Jeanne d'arc, la nudité extrême de l'être

Figure souvent récupérée à des fins politiques, Jeanne d'Arc n'a pas été qu'une meneuse d'homme. Entre action et abandon, sa vie nous enseigne un autre rapport à soi.

Figure souvent récupérée à des fins politiques, Jeanne d'Arc n'a pas été qu'une meneuse d'homme. Fabrice Midal, qui a lu la retranscription de son procès - "un document incroyable" - se dit "saisit" par "une telle nudité". Devant tous les intellectuels de son temps, la jeune femme a su être "déconcertante de pureté". A la question qu'on lui posa, "Etes-vous en état de grâce?", elle répondu "Si je n'y suis que Dieu m'y mette et si j'y suis que Dieu m'y garde". Une telle finesse dans la réponse fait dire au philosophe que l'on voit là l'Esprit saint à l'œuvre. Jeanne manifeste ainsi la pureté de l'amour qui l'habite.

Entre action et abandon, la vie de Jeanne d'Arc nous enseigne un autre rapport à soi. Elle qui a choisit l'amour du Christ dans un abandon profond, est devenue chef de guerre. La vie et la personnalité de Jeanne n'en sont pas à un paradoxe près. Petite paysanne devenue "homme de guerre", elle a de surcroît a revendiqué n'avoir jamais tué personne. Et surtout, alors que l'on a tendance à opposer l'action et la passivité, elle propose cette forme d'action où l'on se laisse agir par quelque chose d'autre que soi-même. "Il y a une présence plus grande au cœur de nous-mêmes."

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L'oraison chez Thérèse d'Avila, déconcertante de simplicité

L'oraison chez Thérèse d'Avila, déconcertante de simplicité

A l'école de sainte Thérèse d'Avila l'oraison devient une posture du cœur qui enseigne la gratuité de l'amour. C'est tout l'être qui se trouve dans une disposition de présence, de confiance.

Inspirée de l'exemple des ermites latins du XII, Thérèse d'Avila a voulu refonder une tradition de contemplation profonde. Où "l'essentiel c'est l'essentiel". La réformatrice du carmel au XVè siècle a écrit: "L'oraison n'est qu'un commerce intime d'amitié où l'on s'entretient souvent seul à seul avec Dieu dont on se sent aimé." Voilà qui pour le philosophe est "déconcertant de profondeur et de simplicité".

Déconcertante aussi, la gratuité totale dans laquelle se pratique l'oraison à la lueur de sainte Thérèse d'Avila. Si l'on est dans une disposition "de présence, de confiance", l'oraison "donne de la lumière à tout ce que l'on fait". Fabrice Midal dit avoir découvert la gratuité de l'oraison: "Se poser dans l'essentiel, pour rien."

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L'oraison chez Madame Guyon, accessible à tous

L'oraison chez Madame Guyon, accessible à tous

Figure controversée au XVIIIè siècle, Madame Guyon a développé une spiritualité du "pur amour". Une approche de l'oraison accessible à tous. Béatrice Soltner reçoit Fabrice Midal.

Issue de la petite noblesse, Jeanne-Marie Bouvier de La Motte (1748-1717) avait peu d'éducation et tombait souvent gravement malade. Enfant délaissée par sa mère, elle est mariée de force à un homme brutal - Jacques Guyon. A la mort de celui-ci elle se tourne enfin vers ce qui l'appelle au plus profond d'elle, la voix de l'oraison. Elle publie notamment son "Moyen court et très facile de faire oraison que tous peuvent pratiquer très aisément" qui remporte un franc succès auprès des protestants.

"En condamnant Madame Guyon, on n'a plus du tout compris ce qu'était l'oraison."

 

Sévèrement critiquée par un certain nombre de théologiens catholiques qui l'accusent de quiétisme, elle devient toutefois le maître spirituel de Fénelon et de nombreux autres disciples. "En condamnant Madame Guyon, explique Fabrice Midal, on n'a plus du tout compris ce qu'était l'oraison", assimiliée à de l'égocentrisme et au désintérêt de l'autre. Sa vision de l'oraison, "un rapport à Dieu sans médiation, met à mal le rôle de l'Eglise et des prêtres, on ne comprend plus cette dimension de présence, on l'accuse de quiétisme". Selon l'abbé Henri Bremond (1865-1933) qui a beaucoup travaillé sur la question, "c'est à ce moment-là que l'Occident ne comprend plus rien à ce qu'est la mystique et l'oraison", pour Fabrice Midal.

Le message de Madame Guyon a ceci d'intemporel qu'elle place le détachement au cœur de l'oraison. Il est à la portée de chacun, y compris ceux qui n'ont pas de compétences intellectuelles élevées, de s'autoriser simplement à être et à être aimé. Pour Fabrice Midal, sa spiritualité du "pur amour" va jusqu'à l'oubli de soi pour faire place à quelque chose d'autre que soi. Elle va même jusqu'à formuler cette "hypothèse absurde" mais qui dit toute la gratuité de l'amour: "Même si je savais que l'allais en enfer, il faudrait que j'aime Dieu.

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L'oraison chez Thérèse de Lisieux, la rigueur de l'amour

L'oraison chez Thérèse de Lisieux, la rigueur de l'amour

Avec Thérèse de Lisieux, l'oraison n'a rien d'une recherche de tranquillité, c'est un véritable geste d'amour.

Le moine trappiste Thomas Merton (1915-1968) a dit d'elle: "La grande grâce que je reçus fut de découvrir que Thérèse de Lisieux fut une sainte authentique et non une pieuse petite poupée pour vieille femme sentimentale. Ce n'est pas seulement une sainte mais une grande, une des plus grandes saintes, une sainte extaordinaire." Mystérieuse figure de foi que cette jeune fille morte à 24 ans et devenue Docteur de l'Eglise!

Pour Fabrice Midal, elle nous enseigne une rigueur dans l'amour: "Elle ne cherche pas une expérience doucâtre, confortable." A aucun moment sainte Thérèse n'a recherché de vision ou d'apparition, qui la consolerait. L'oraison pour elle n'est pas un moment de tranquilité mais "un geste d'amour pour l'humanité tout entière".

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L'oraison chez Thomas Merton, la spiritualité exploratrice

L'oraison chez Thomas Merton, la spiritualité exploratrice

Son œuvre a été salué par le pape François. L'oraison était pour Thomas Merton une manière radicale d'être présent au monde.

Thomas Merton (1915-1968) a mené une vie dissolue jusqu'à sa découverte de l'oraison. Thomas Merton a d'abord beaucoup étudié les Pères du désert. Puis il a voulu devenir ermite. entré ches les trappistes, il a raconté son histoire dans ce qui deviendra le best seller "La nuit privée d'étoiles". Ses prises de position contre le racisme, la guerre au Viet Nam et la course aux armements ont beaucoup choqué et agacé.

On lui a reproché une vie inactive depuis son monastère, sa vie d'oraison était pour lui une façon d'être encore plus dans le monde. Il a écrit: "Le moine ne se contente pas de fuir l'horreur d'un monde coupable pour se réfugier dans l'innocence satisfaite et irresponsable du cloître, même s'il semble être lui-même sans pêché actuel il doit prendre sur lui le péché du monde." Sa spiritualité à lui est "exploratrice, et non pas une simple soumission à l'autorité", pour Fabrice Midal. "Un homme à la recherche d'un saut dans l'ouverture inconditionnelle".

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