Migrants | L'accueil est un trésor du christianisme

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Grand Angle

mardi 10 janvier 2017 à 17h03

Durée émission : 55 min

Grand Angle

© Jan SCHMIDT-WHITLEY/CIRIC - 23.11.2016 Anis, 29 ans, Soudanais, au centre humanitaire de la Chapelle à Paris

On peut considérer l'accueil de l'étranger comme une question politique mais aussi spirituelle. L'accueil, l'ouverture à l'autre, est un trésor du christianisme. Par Christophe Henning.

Depuis 2015, les flux de populations vers l'Europe sont plus importants. Comme le précise Marie Bussi, on voit des personnes "de plus en plus vulnérables" frapper à nos portes: des femmes, des mineurs isolés. Si de belles actions sont menées en faveur de leur accueil, leur présence engendre aussi une certaine "crispation politique", note la politologue. Faut-il ouvrir grand les frontières? La question intervient pour Véronique Albanel à un moment de "crise démocratique" et de quête d'identitié nationale. Selon elle, il y a là une "véritable décision à prendre": ferons-nous le choix du repli sur soi guidé par la peur? La question - et la réponse à apporter - sont évidemment complexes. D'ordre politique, mais aussi spirituel.
 

"Où que tu sois tu dois quitter ton pays intérieur et traverser ta peur."

 

spiritualité de l'accueil

 

Lors des mouvements de réfugiés et de migrants, ceux et celles qui accompagnent ces personnes découvrent une expérience humaine singulière, qui n'est pas sans rappeler celle d'Abraham. Si la foi peut s'entendre comme chemin de migration, peut-être verrons-nous aussi avec Abraham combien la migration est un chemin de foi.
« Je te garderai partout où tu iras. » (Gn 28,15)
Jean-Marie CARRIÈRE, "Abraham et la migration comme chemin de foi", in Christus, n°253 - Janvier 2017

 

L'accueil de l'étranger, un sujet d'actualité mais aussi de spiritualité. Pour Marie Bussi, nous vivons plus une "crise de l'accueil" qu'une "crise migratoire". Or, l'accueil est l'une des richesses du christianisme. Le pape invite souvent les uns et les autres à accueillir l'étranger. Parfois cela dérange. On a beau être sensible à la question, on peut se sentir désemparé. Qui accueilir et comment? Le P. Antoine Paumard raconte que "les demandeurs d'asile ont aussi peur que les familles d'accueil à entrer dans une famille et à se dire qu'ils vont rester quatre à six semaines dans une famille dont ils ne connaissent ni la culture ni les habitudes." Il dirige depuis octobre 2016 le Service Jésuite des réfugiés (JRS), qui propose à des familles de devenir famille d'accueil pour une durée déterminée. "C'est beau de voir les craintes de chacun."
 

"Le Seigneur dit à Abram: « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. »" (Gn, 12,1)

 

Pour le directeur du JRS, il y a dans cette parole de la Genèse "une parole heureuse" qui concerne accueillis et accueillants. "Où que tu sois tu dois quitter ton pays intérieur et traverser ta peur", voilà ce que dit en somme la Bible. Ces migrants qui frappent à nos portes nous questionnent sur nos propres origines, notre quotidien, notre confort. Ce qu'ils vivent nous interpelle dans notre foi. "Est-on prêt à bouger intérieurement?" se demande Marie-Caroline Bustarret, de la revue Christus.

ECOUTER Le programme JRS-Welcome, ou l'accueil en famille des demandeurs d'asile

discerner le sens de l'accueil

 

Chacun peut ainsi contribuer à donner vie à « une culture de la miséricorde, fondée sur la redécouverte de la rencontre des autres : une culture dans laquelle personne ne regarde l’autre avec indifférence ni ne détourne le regard quand il voit la souffrance des frères »[14]. Ainsi seulement on pourra construire des sociétés ouvertes et accueillantes envers les étrangers et, en même temps, sûres et en paix à l’intérieur.

Discours du pape FRANÇOIS à l'occasion des vœux du corps diplomatique, 09/01/2017

 

"Ouvrir sa porte, c'est une décision", avertit le P. Antoine Paumard. Le dossier du numéro de janvier de la revue Christus invite à un discernement, nécessaire pour "bien ouvrir sa porte." Le directeur du JRS appelle à "une hospitalité raisonnée". Les résistances de certains à accueillir l'autre ne sont pas nécessairement des égoïsmes, il est nécessaire de considérer la complexité des situations. Car il est question de "rencontres humaines".

Télécharger le Discours du pape François à l'occasion des vœux du corps diplomatique

 

l'accueil pour retrouver du sens

"Nous pouvons être sauvés par étranger." La famille de Véronique Albane est famille d'accueil au sein du JRS. Selon elle, à l'heure où notre jeunesse traverse une crise de sens, elle parle de "désespérance", la rencontre avec des jeunes migrants a "quelque chose de salutaire". "Les migrants jeunes ont un raport à la vie et à la mort qui se pose de manière très différente, très aigüe."

 

Emission en partenariat avec la revue Christus

 

Invités

  • Marie-Caroline Bustarret , journaliste, rédactrice en chef adjointe de la revue Christus

  • Véronique Albanel , maître de conférences à Sciences Po, membre du conseil d’administration de JRS France, enseignante au Centre Sèvres

  • Marie Bassi , politologue, docteur associée au CERI, enseignante à Sciences Po

  • Père Antoine Paumard , directeur du Service jésuite des réfugiés (JRS)

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L'émission

Tous les mardis à 17h03

Spiritualité, patrimoine, littérature, vie de l'Eglise, développement personnel... Chaque semaine, Christophe Henning anime une table ronde pour engager la discussion avec des acteurs de la vie culturelle, sociale, spirituelle.

Le présentateur

Christophe Henning

Journaliste de presse écrite dans le groupe Bayard, Christophe veut susciter le débat et favoriser la rencontre des témoins. Lecteur infatigable, il partage volontiers ses coups de cœur. Dans les studios parisiens de RCF, il donne la parole aux auteurs, mais aussi aux acteurs de la société et de l’Eglise.