Abus sexuels dans l'Église: tous responsables ?

Présentée par PR-28083

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La chronique des Salésiens

mercredi 3 mars à 6h55

Durée émission : 3 min

Abus sexuels dans l'Église: tous responsables ?

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Sœur Catherine Fino revient sur les abus sexuels dans l'Église et nous invite à reconnaître l'humanité en chacun et à tous participer à la conversion des pratiques sociales.

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La semaine dernière, dans un entretien à propos de l’Assemblée plénière extraordinaire des évêques de France consacrée aux abus dans l’Église (La Croix, 23 02 21), Nathalie Sarthou-Lajus distinguait deux catégories de responsabilité : celle qui pose la question "de quoi suis-je responsable ?" en regardant le passé, et celle qui demande "de qui suis-je responsable ?" en regardant l’avenir. Cette deuxième catégorie permet aux évêques d’assumer une responsabilité collégiale face aux conséquences comme à la menace des abus, et à l’ensemble des chrétiens de partager cet engagement solidaire. Mais cela vaut pour d’autres domaines : en ce deuxième sens, nous sommes tous responsables face aux rixes meurtrières entre des bandes de jeunes, dans la mesure où nous sommes pédagogues en agissant de manière citoyenne au quotidien. 

Mais cette responsabilité ne doit-elle pas confiée aux professionnels qui ont la compétence pour prendre en charge des personnes criminelles, comme un adolescent meurtrier ou un abuseur sexuel ? Oui, mais Paul Valadier invite à ne pas désespérer de la capacité morale d’un criminel, car ce serait "nier l’homme même et l’exclure de la commune humanité (…)  c’est aussi désespérer de nous en tant que nous ne nous estimons plus capable de faire désirer à autrui la liberté qui nous constitue comme homme" (Eloge de la conscience, p. 159-160). Maintenir l’autre dans une commune humanité, c’est une responsabilité qui incombe à tous et nous devons en témoigner et nous entraider à la vivre. Car c’est précisément ce qui a manqué au pédophile pour résister à son désir et aux jeunes pour maitriser leur agressivité face à leurs adversaires. 

Dans sa Lettre au peuple de Dieu (2018, Salvator, p. 11-12), le pape François invite chaque baptisé à se sentir responsable de "la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin". Même les victimes ? Mêmes les abuseurs ? 

Pour les victimes, l’important est de ne pas les exclure du "peuple de Dieu" dont "la participation active de toutes les composantes" est requise pour une vraie conversion. Mais les victimes prennent déjà leur part par le travail qu’elles opèrent sur elles-mêmes pour "assumer" et "survivre", et bien sûr en dénonçant l’abus qu’elles ont subi. Quant aux abuseurs, reprenons l’exemple des jeunes meurtriers et de leurs bandes : reconnaître leur humanité est les inviter à participer activement à la conversion des pratiques sociales. À quand le moment où seront diffusées sur les réseaux sociaux des vidéos exaltant la maîtrise de soi du vainqueur qui épargne celui qui est à terre ou le courage et le respect de celle qui entreprend un travail de médiation !

Chrétiens ou pas, et quel que soit notre âge, nous pouvons voir ici avec Nathalie Sarthou-Laju l’occasion de sortir de notre "état de minorité", que ce soit en Église ou dans la société, pour prendre notre "part de responsabilité" dans la restauration d’un vivre ensemble de qualité.

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