Avoir 18 ans en 2020, et le monde à changer

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Génération Écolo

vendredi 7 février à 17h15

Durée émission : 2 min

Avoir 18 ans en 2020, et le monde à changer

Agathe a 18 ans aujourd'hui. Un âge qui donne le vertige autant que la complexité du monde... La lycéenne confie ses espoirs, exprime ses doutes et affirme son envie d'agir.

"GÉNÉRATION ÉCOLO", UNE CHRONIQUE À RETROUVER DANS L'ÉMISSION "COMMUNE PLANÈTE" - Commune Planète, c'est la nouvelle émission d'écologie sur RCF. Un rendez-vous hebdomadaire proposé par Anne Kerléo à découvrir dès ce vendredi 10 janvier 2020.
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Aujourd'hui, Agathe, du lycée Saint-Paul de Lille, a 18 ans...

Ce n’est pas un procédé d’écriture désespéré ou une accroche maladroite, aujourd’hui est réellement la première journée de mes 18 ans. Un "1" comme le nombre d’individu qui me compose, un "8" comme un infini renversé, qui me donne le vertige de la complexité du monde dans lequel je vis. Aujourd’hui j’ai légalement le droit de changer le monde mais lui ne m’a pas attendue. 

En ce jour anniversaire, je veux parler de la catastrophe, parce que pour moi elle est un facteur trop souvent balayé de la main comme un argument ridicule, ou alors elle a pour effet de paralyser les gens. C’est un terme un peu sensationnel, un peu effrayant et pourtant on le sait qu’elle nous pend juste là au bout du nez.

Pourtant c’est toujours le même McDo dans nos assiettes, la même eau potable dans nos WC et le même cuir à nos bottes. Et même moi, la fin du monde me semble peser bien peu lourd face à mes examens de fin d’année. Pourquoi on me cherche un avenir dans un monde et un système qui n’en a plus lui-même ?

Avenir… il est là le problème. J’ai trop d’espoir pour imaginer “pas d’avenir”, je suis trop pleine d'informations pour visualiser la destruction de tout ce que je connais et trop d’orgueil pour imaginer notre terre sans humains. Pire encore, tous ces schémas sont inscrits tellement profonds en moi que quand je me restreins pour ma planète j’ai l’impression de toucher à ma liberté.

Et depuis quand détruire et surconsommer est devenu une liberté ? Comme si en dépassant les limites je me disais : "oh tu vois tu le fais et la planète est encore là !" C’est brouillon dans ma tête, on m’explique que tout est trop compliqué, on m’assaille d’idées, je n’ai plus les pieds sur terre, et même quand j'essaie, je ne sais pas penser d’autres solutions que l’ultra-libéralisme. Il faut faire attention ça n’a rien a voir avec la liberté. C’est parce qu’ils l’ont construit sur la même racine qu’on trébuche sur le sens mais c’est un piège.

Et c’est ça qui me paralyse : j’ai l’impression que toutes les choses qui devraient être évidentes sont enrobées de jolis mots pour devenir compliquées. Et on ne peut pas toucher aux choses trop compliqués, elles sont hors de notre portée… On ne peut pas agir. Du moins on nous le fait comprendre.

Pourtant pour moi les choses sont limpides : taxer les gros pollueurs, s’en foutre si ils vont voir ailleurs, nous apprendre à cultiver à leur place, nous apprendre à être heureux, et arrêter de faire de l’argent un baromètre de ce bonheur, arrêter de couper la tête des utopistes, arrêter de traiter les prophètes de l’apocalypse castrateurs d'espérance, parce qu’ils ont peut-être raison.

Et que ça fait peur. Moi aussi j’ai peur. Seule dans mon lit, seule dans ma tête, j’attends d’avoir un couteau sous la gorge pour agir. Alors arrêtons de parler, agissons, ensemble.

Aujourd’hui j’ai 18 ans. "1" comme la catastrophe qui est en face de nous, "8" comme un infini renversé, mis sur ses pieds, symboles que si aujourd’hui, maintenant, en éteignant nos portables et nos télés nous agissons, les choses peuvent changer. Nous n’avons plus le temps et peut-être plus la force pour le faire, mais qu’est-ce qu’une humanité qui n’a plus de défi à relever ?

 

 

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L'émission

Tous les vendredis à 17h15

Ils ont entre 17 et 19 ans, ils sont de la génération de Greta Thunberg. Certains s'identifient à elle, d'autres non, mais ils ont en commun la conscience d'avoir à devenir adultes dans un monde en crise et ils entendent bien ne pas rester spectateurs. Des lycéens de Terminale des filières agricoles de l'Institut de Genech (59) et des filières classiques du lycée Saint-Paul (à Lille) partagent leurs questions, leur regard et leurs convictions sur la transition écologique. "Génération Écolo" est une chronique de l'émission Commune Planète, l'émission de RCF sur l'écologie