Comment vivre quand on a peu ?

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Vous avez dit fragile?

vendredi 19 avril à 11h00

Durée émission : 55 min

Comment vivre quand on a peu ?

© Louezna Khenouchi

Si la sobriété est à la mode, il est des personnes pour qui elle n'est pas une option: pour les plus pauvres, ceux qui n'ont rien ou presque, pas question de consommer sans limites.

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Nombreux sont ceux qui aujourd'hui louent les vertus de la sobriété. A l'heure où nous prenons conscience que notre planète et ses ressources ne sont pas infinies, nous savons que nous ne pouvons plus consommer à tout va, sans limites. De nombreuses réflexions, conférences et initiatives concrètes en ce sens voient le jour.

Mais il est des personnes pour qui la question ne se pose pas dans les mêmes termes : pour les plus pauvres, ceux qui n'ont rien ou presque, pas question de consommer sans limites, simplement parce qu'ils n'en ont pas les moyens. Et si ces personnes étaient des experts en sobriété, des gens qui pourraient enseigner les autres sur ce sujet ?
 

Juan Carlos et Alain, de la communauté Magdala. Photo : Louezna Khenouchi

Vivre la pauvreté est avant tout une réalité difficile

Ayant longtemps vécu à la rue, aujourd'hui membres de la communauté Magdala à Lille, Juan Carlos et Alain nous rappellent que vivre avec peu est difficile et que combattre la pauvreté est nécessaire.  Vivre à la rue "n'était pas facile" témoigne Juan: "pas facile d'ête dehors, pas facile de ne pas pouvoir se laver, d'être regardé bizarrement par les gens, de se sentir exclu". Alain raconte comment, privé d'amour, il a appris l'amour par des rencontres avec les autres et au contact de la nature aussi. Tous deux témoignent aussi de la solidarité des gens de la rue qui partagent cette condition très difficile et de la débrouille pour vivre malgré tout. 

Stéphanie Lamarche-Palmier, directrice de la Fondation Abbé Pierre se dit "frappée par le fait que les personnes qui vivent la précarité disent que ce qui manque le plus ce n'est pas la nourriture mais c'est la relation, l'échange, le regard de l'autre". 
 

L'art de la débrouille

Alain, Juan Carlos, Marie-Christine, Catherine, Bruno et Francis partagent leur expertise, leur savoir-faire, leur savoir-vivre de peu. 

Marie-Christine, membre de la communauté Magdala, raconte un "Lille secret, sous le pavé du Lille bourgeois, un Lille auquel nous, pauvres, nous sommes initiés. Il existe des niches écologiques où on peut trouver de la nourriture gratuite et aussi s'habiller dans des vestiaires". Ce Lille secret se fait connaître par le bouche à oreille". 

Catherine, roubaisienne, marquée par la pauvreté, bénéficiaire d'une pension d'adulte handicapée de 810 euros par mois est militante ATD Quart-Monde depuis 17 ans. Elle participe à de nombreux groupes et activités. Pour elle, "le mot dignité ça veut dire qu'on peut s'en sortir". Grâce à ATD, elle a pu partir en vacances. Elle se forme, lit et partage avec d'autres le savoir ainsi acquis. 

Bruno lui, vit l'expérience des jardins partagés : "chacun met la main à la pâte et au moment de la récolte on partage les légumes. Ca permet d'avoir des légumes frais. C'est vraiment génial. PArfois, si j'en ai beaucoup, je n'hsite pas à partager avec d'autres personnes qui n'ont pas les moyens". 

Aunt à Francis, il est spécialsite des produits ménagers écologiques et peu chers: "j'ai fait une formation pour farbriquer les produits" explique-t-il, fier de pouvoir désormais transmettre à d'autres son savoir-faire, dans le cadre d'ateliers qu'il est invité à animer dans divers endroits. 
 

La condition publique, lieu de culture, caisse de résonnance de l'engagement des roubaisiens

"Vous avez dit fragile?" a installé son studio à la Condition publique de Roubaix, un lieu de vie, de travail et de diffusion, véritable laboratoire créatif au croisement entre culture et innovation sociale, urbaine et environnementale.  

Ute Sperrfechter est l'une des responsables de ce lieu, très en phase avec les thématiques de la sobriété et de la lutte contre la pauvreté: "Roubaix est la ville la plus pauvre de France, la Condition publique se situe dans un quartier particulièrement touché : tous les indicateurs sociaux sont au rouge. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas ici une énorme vitalité, une envie de faire bouger les choses, une curiosité, une envie d'expérimenter. A la Condition publique qui est un lieu culturel, on essaie d'être aussi caisse de résonnance de toutes ces initiatives qui existent autour de nous, de toutes ces associations qui se bougent pour faire avancer les différents problèmes de la ville. Par exemple, cette verrière ici, est un lieu où les associations peuvent venir montrer ce qu'elles font". 

Du 30 mars au 8 juillet 2018, la Condition publique propose "Habitarium", une saison dédiée à l'habitat: une exposition inédite, des résidences d’artistes, des workshops, un camping sur les toits, des spectacles, des rencontres… Des partenaires d’horizons différents ont construit ensemble Habitarium: artistes, designers, architectes, entreprises, acteurs sociaux, collectivités… tous traitent cet enjeu essentiel, besoin primaire et en même temps espace particulièrement complexe au croisement de l’intime et du collectif. 

Merci à Louezna Khenouchi pour ses photos. 

 

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L'émission

Tous les 4ème mardis du mois à 21h

Une expérience complètement originale! Sous la forme d'un forum accompagné et animé par Anne Kerléo et Daniel Maciel ou soeur Elisabeth. Cette émission donne la parole aux plus fragiles, précaires, malades, détenus, isolés, et ouvre un temps de liberté ou les expériences peuvent se partager dans le respect de la parole de chacun. Une émission réalisée avec l’association Participation et Fraternité.

Le présentateur

Anne Kerléo

Journaliste de formation, Anne est passionnée de reportage, au coin de la rue ou à l'autre bout du monde. Rédactrice en chef "opérations spéciales" RCF, elle a pour mission de préparer et de coordonner la couverture d'événements grands ou petits et l'organisation d'émission hors des studios. Lyonnaise d'adoption, elle ne s'éloigne jamais longtemps de la Bretagne de ses origines.