Et si éduquer, c’était aller faire de la poésie en pleine nature?

Présentée par UA-135042

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lundi 31 août à 9h05

Durée émission : 3 min

Et si éduquer, c’était aller faire de la poésie en pleine nature?

© Pixabay

Partir en expédition avec un guide de haute de montagne qui n’a jamais fait de montagne: c’est bien la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui en matière d’éducation.

Nous savons, et c’est désormais inéluctable, que le monde dans 20 ans ne ressemblera pas au monde actuel, qu’il sera globalement plus chaud, plus inhospitalier, que nos sociétés seront adaptées à des climats qui n’existeront plus, mais nous ne savons pas précisément à quoi ressemblera ce monde. Alors, comment s’y préparer?

On a tendance à résumer l’éducation à l’école mais c’est évidemment bien plus que ça. L’éducation, c’est l’acquisition de compétences mais c’est aussi la transmission d’une culture, d’un collectif, d’une société. Or notre culture occidentale est imprégnée de consommation et d’accumulation. C’est une culture qui a connu d’immenses réussites mais qui porte aussi le germe de notre propre destruction.

Le défi éducatif est immense. Quel programme construire quand on ne sait pas où on va? Quelles seront les compétences nécessaires dans 20 ans? Nous avons par exemple besoin d’ingénieurs pour piéger le carbone ou pour produire de l’énergie verte, mais nous avons aussi surtout besoin d’apprendre à nous passer de l’énergie. Faut-il d’urgence généraliser l’apprentissage de ce qu’on appelle les "low-techs"? Ivan Illitch, l’un des grands penseurs de l’écologie, expliquait dans les années 70, qu’on ne devrait pas utiliser de machine qu’on n’est pas capable de réparer soi-même. Devons-nous enseigner en masse la production agricole? Au-delà des techniques, quel modèle économique enseigner, comment déconstruire ce modèle de développement, comment nous préparer à gérer logistiquement, culturellement, les immenses flux migratoires des réfugiés climatiques?

On voit que ça soulève énormément de questions. Et notamment la place des élèves. Nous leur demandons de faire confiance à des générations qui n’ont pas vu ou pas voulu voir venir la catastrophe mais qui en plus n’ont pour le moment que des bribes de solution. Beaucoup ont le sentiment d’engranger des savoirs qui leur seront totalement inutiles. La crédibilité des générations qui enseignent est sérieusement atteinte. Pourtant, nous n’avons pas le choix, il faut bien partir sur ce glacier avec ce guide de haute montagne. Ce que nous attendons donc de ce guide, ce n’est pas qu’il nous dise comment sera la vie sur le glacier, mais soit un spécialiste de l’auto-apprentissage. Nous ne sommes plus dans une situation où il faut transmettre des certitudes mais chercher ensemble.

Nous devons donc aussi repenser les méthodes éducatives, multiplier les acteurs. Il faut arrêter de penser qu’il y a l’école et autour des acteurs complémentaires supplétifs. Cet été, le ministère a conçu les "vacances apprenantes" pour faire du rattrapage scolaire, comme si, lors des vacances en temps normal, les enfants n’apprenaient rien. On s’est dit qu’on allait mordre sur un temps d’apprentissage non formel pour replacer de l’apprentissage scolaire qui serait forcément plus important. Pourtant, vivre dans la nature, découvrir, expérimenter, fabriquer, collaborer, être autonome, sont tout aussi importants.

Mais ça on le sait depuis longtemps, on ne partpas de rien. Il suffit d’être i maginatif. Il y a 150 ans, Elisée Reclus, géographe, précurseur de l’écologie disait : "là où le sol s’est enlaidi, là où toute poésie a disparu du paysage, les imaginations s’éteignent, les esprits s’appauvrissent". Commençons donc peut-être déjà par aller faire de la poésie en pleine nature.

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Le présentateur

François Mandil

François Mandil est le délégué national Communication et Relations extérieures des Scouts et Guides de France.