Les dangers des écrans sur la santé des enfants et des adolescents

Présentée par PR-24862

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Les enjeux du numérique

lundi 16 novembre 2020 à 7h20

Durée émission : 3 min

Les dangers des écrans sur la santé des enfants et des adolescents

© Jelleke Vanooteghem / Unsplash

Yves Marry alerte sur les conséquences graves que peuvent avoir les écrans (vidéos, réseaux sociaux, télévision) sur la santé des plus jeunes.

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Observons combien de temps passent les enfants devant des écrans. Cela commence dès les premières années, avec une exposition quotidienne, au moins à la télévision, pour une majorité de bébés de moins de deux ans. Ensuite pour les enfants de moins de huit ans, la moyenne d'exposition atteint 3h par jour, puis 4h45 entre 8 et 12 ans, 7h pour les 13-16 ans et enfin 11h45 pour les 16-24 ans... sur des journées, donc, de 17 heures éveillées. La gravité des effets sera liée à l'âge, au temps d'exposition et bien sur aux contenus, mais avant 5 ans, pour rappel, l'OMS recommande le moins d'écran possible...

Des risques sur la santé

Commençons par le sommeil, gravement amputé par les écrans, alors qu'il constitue le socle de la santé et du développement de l'enfant. Lors d'une intervention récente auprès d'une dizaine de collégiens, la moitié m'a affirmé se coucher régulièrement après 4h du matin, après des heures de séries Netflix ou de parties de jeux vidéos en ligne. On ajoutera ensuite la hausse de l'obésité et des problèmes cardio-vasculaires afférents, car bien sur, le temps devant un écran est un temps immobile, le plus souvent avachi. 

Au-delà de ces impacts purement sanitaires, il y a la "cognition" de l'enfant, qui est rudement attaquée par les écrans. Outre la vue, en chute libre, il y a la baisse de la capacité de concentration, de la mémoire, de la capacité d'apprentissage, du langage, de l'intelligence... toutes ces dimensions étant bien sur liées. Tous ceux qui essaient d'apprendre aux enfants vous le diront : les troubles de l'attention, et donc de l'apprentissage, ont explosé depuis une dizaine d'années, avec l'arrivée des écrans mobiles et la hausse vertigineuse du temps d'écran.

Voilà pourquoi le neuroscientifique Michel Desmurget parle de "Fabrique du crétin digital", la psychologue Sabine Duflo de neurotoxicité" des écrans et, plus récemment encore, dans un ton tout aussi joyeux, le sociologue français Fabien Lebrun titre son livre "On achève bien les enfants. Écrans et barbarie numérique". 

Réseaux sociaux et jeux vidéos

À l'évidence, tous les usages ne se valent pas. Mais malheureusement, il n'y a pas grand chose à espérer de ce côté là. On s'en doute, enfants et ados ne se ruent pas sur les fiches Wikipedia ou les documentaires Arte... Non, à plus de 90%, ils passent leur temps devant des vidéos, jeux vidéos et réseaux sociaux. Et puisque l'objectif des industriels du numérique est de capter l'attention, et de la garder, il faut des contenus toujours plus "excitants", à même de satisfaire les bas instincts... Vous l'aurez compris, les vidéos violentes et pornographiques ont davantage la côte que les conférences du Collège de France et les concerts de musique classique.

Ainsi Fabien Lebrun montre qu'en repoussant sans cesse les limites de la décence pour capter de l'audience, les contenus numériques "détruisent les garde fous civilisationnels". Cyberharcèlement, haine en ligne et abrutissement vont croissant à mesure que les contenus sont toujours plus tournés vers la satisfaction des pulsions.

Désolé pour ce triste tableau, mais nous ne vivons pas à l'époque enchantée de l'éducation 4.0 que le gouvernement et le secteur de la "Ed Tech" espère désespérément nous vendre, en incitant à remplacer les cahiers par des écrans. Non, nous vivons à une époque où des émissions comme "Les Marseillais" et "Touche pas à mon poste" font des records d'audience, où des filles toujours plus jeunes s'exposent toujours plus dénudées sur Tik Tok pour recueillir des likes, où des jeunes se lancent des défis toujours plus dangereux sur Snapchat, où l'âge moyen d'accès aux premières images pornographiques ne cesse de baisser, pour atteindre 10 ans aujourd'hui, où l'on a jamais eu autant d'amis sur  Facebook et autant de gens souffrant de la solitude (5 millions en France en 2018, une hausse de 20% en deux ans)...

On peut conclure avec cette citation de Simone Veil à méditer, repérée par Fabien Lebrun : "La joie est la plénitude du sentiment du réel".

Ce lundi après-midi, le collectif "Lève les yeux" lance une campagne de levée de fonds pour financer le jeu de société Planète Déconnexion.

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