Fessenheim : à quand une ligne politique écologique claire ?

Présentée par PR-19083

S'abonner à l'émission

La chronique Écologie

mardi 25 février à 7h20

Durée émission : 3 min

Fessenheim : à quand une ligne politique écologique claire ?

L’information écologique du moment c’est la fermeture de la centrale de Fessenheim, une décision qui divise.

C’est carrément la cacophonie. On a d’un côté l’opposition historique des écologistes au nucléaire, basée sur le côté technologie à risque, la question des déchets et aussi les implications géopolitiques puisque le nucléaire est aussi une arme. Donc une technologie réservée aux grandes puissances, d’où injustice politique. De l’autre, la question climatique, venue à l’affiche plus récemment que le combat antinucléaire. De fait le nucléaire est la source d’énergie décarbonée la plus performante, et elle est beaucoup plus sûre qu’en 1975. Et donc des écologistes militants du climat qui se retrouvent dans une contradiction.

Donc Greenpeace devrait se mettre à la page ?

Il faudrait plutôt que chacun écoute vraiment l’autre au lieu de faire dans la surenchère. Il y a des griefs à faire au nucléaire, mais encore faut-ils faire les bons. Du côté des « pro-nucléaire » il faudrait se rappeler un peu plus que la question écologique n’est pas que climatique. Même hors question de climat nous sommes en crise écologique profonde, perte de biodiversité, pollutions de l’air et de l’eau, sols agricoles à l’agonie, déforestation etc. Donc la solution, ce n’est sûrement pas de développer une énergie décarbonée pour les bulldozers et les tronçonneuses. Ce genre d’énergie, qu’elle nous vienne du nucléaire ou du renouvelable, serait même le cadeau le plus empoisonné à faire à l’humanité. Ce serait le pire des appels d’air pour toutes les activités dont on constate aujourd’hui à quel point elles sont destructrices. On bétonnerait à fond, mais zéro carbone.

On revient toujours à la nécessité de consommer moins d’énergie, donc.

Voilà. Et là, les défenseurs du nucléaire soulignent que c’est une technologie parfaite pour une phase de transition vers une société plus sobre et que c’est criminel de s’en passer. Mais ça, c’est vrai sur le papier. Dans les faits cette transition, qui est un choix politique, sociétal, n’est ni enclenchée ni même décidée. On met plus ou moins de nucléaire ou de renouvelable mais le paradigme directeur reste le même : « produire pas cher, consommer toujours plus ». Dans ces conditions, on aurait gardé Fessenheim, ça n’aurait rien changé parce qu’on va vers la mauvaise destination, peu importe à quoi on fait le plein de la voiture. Ce qui nous manque, c’est le cadre politique vers une société écologique. Tant qu’il n’est pas là, toutes ces polémiques sont plus de la gesticulation qu’autre chose.
 

Les dernières émissions

L'émission

Le mardi à 7h20

Le point sur l'actualité de l'écologie, chaque semaine dans La Matinale RCF.

Le présentateur

Johannes Herrmann

ornithologue, auteur avec Mahaut Hermann de La Vie Oubliée Crise d’extinction Agir avant que tout s’effondre Edition Première partie Membre de la rédaction de la revue Limite http://revuelimite.fr/ sur Twitter : @Taigasangare