La vie sauvage régresse mais tout n'a pas disparu

Présentée par PR-18675

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La chronique Écologie

mardi 11 février à 7h20

Durée émission : 3 min

La vie sauvage régresse mais tout n'a pas disparu

​Ce week-end c’est une petite phrase entendue au détour d’un chemin qui fait réagir Johannes Hermann

Une phrase que j'ai tellement entendue… Dans un vallon boisé, un enfant demande à ses parents « pourquoi on voit pas d’oiseaux dans la forêt ? » et eux de lui expliquer longuement que des animaux c’est très rare, qu’on ne peut pas les voir parce qu’ils se cachent, etc.

A ce moment précis il y avait autour de nous une bonne dizaine de mésanges de cinq espèces différentes dont plusieurs bien visibles à l’œil nu à quatre ou cinq mètres. Donc j’imagine que cet enfant pensait plus à des gros animaux, mais c’est dommage de ne pas lui avoir montré les animaux qui étaient bel et bien là. C’est une réaction courante, malheureusement : nous n’imaginons pas qu’il y ait de la vie sauvage autour de nous.

Cela veut dire que nous sommes devenus trop citadins, ou trop pressés pour regarder ?

Certainement, ça joue. Mais il y a quelque chose de plus ancien encore, que dans mon métier d’ornithologue je rencontre depuis longtemps, et qui concerne aussi les ruraux et les personnes plutôt âgées. C’est la croyance qu’il n’y a presque plus d’animaux, sauf au bout du monde mais sûrement pas chez nous, que de toute façon ils ne se laisseront pas voir, et donc que ça ne sert à rien d’essayer. Bien sûr la vie urbaine moderne ne nous pousse pas à prendre le temps d’observer, mais on le fait d’autant moins qu’on croit que ce n’est même pas la peine. Et ça, ça nous vient du monde de la chasse.

Pendant très longtemps en France, seuls les chasseurs ont eu un discours sur la vie sauvage et on en a gardé, sans le savoir, pas mal de traits. Les chasseurs sont habitués à ce que les animaux se cachent sur leur passage, pour des raisons évidentes, et donchabitués à ne pas en voir beaucoup. Et tout le monde pense, comme eux, que les animaux sauvages sont normalement invisibles. Et réciproquement que si on arrive à les voir, comme la Buse variable, ou les cigognes dans certaines régions, c’est la preuve qu’elles pullulent. C’est faux ! Elles n’ont pas de raison d’avoir peur de nous, tout simplement. Mais notre regard est faussé à la base.

Le remède, c’est de prendre le temps de regarder ?

Prendre le temps de regarder, apprendre avec des guides, des revues ou des sorties à identifier les oiseaux et les insectes, qui sont les plus visibles, mais aussi les indices de présence comme les empreintes. On trouve aussi dans le commerce des pièges photographiques qui révèlent les animaux qui traversent notre jardin et on a souvent de belles surprises. La vie sauvage régresse, mais tout n’a pas disparu. Savoir concrètement ce qui vit autour de nous aide à se mobiliser pour la protection.

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Le présentateur

Johannes Herrmann

ornithologue, auteur avec Mahaut Hermann de La Vie Oubliée Crise d’extinction Agir avant que tout s’effondre Edition Première partie Membre de la rédaction de la revue Limite http://revuelimite.fr/ sur Twitter : @Taigasangare