Michel Vaujour, l'amour et la liberté après 27 ans de prison

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Visages

mercredi 10 juillet à 9h03

Durée émission : 55 min

Michel Vaujour, l'amour et la liberté après 27 ans de prison

© Bruno Lévy / éditions XO - Michel Vaujour : "Le cœur de l'homme c'est l'enfance"

Il a été l'homme le plus recherché de France après sa spectaculaire évasion en 1986. Mais Michel Vaujour, s'il s'est échappé cinq fois, a passé malgré tout 27 ans de sa vie en prison.

On en parle encore du 26 mai 1986 : jour de la spectaculaire évasion en hélicoptère de Michel Vaujour de la prison de la Santé, en plein cœur de Paris. Celui qui a été pendant des années l'homme le plus recherché de France, surnommé "le roi de la cavale", a aussi passé 27 ans en prison, dont quelques années en cellule d'isolement. Depuis 2003, il est un homme libre et "apaisé", comme il le dit dans son livre "L'amour m'a sauvé du naufrage" (éd. XO). Un homme "sauvé" par l'amour de sa femme, Djamila. Et si tout ce qu'il a pu faire, ses bêtises, ce qu'il a vécu en prison, et si tout cela n'était autre qu'une quête d'amour ? Ça, il l'a "compris il n'y a pas très longtemps", juste avant d'écrire son livre - dont il aurait aimé que le tire soit "Les chemins de l'amour".
 

C'est le monde ultra violent de la prison qui lui a appris ce qu'est la haine : "Quand vous avez ça en vous, la haine, c'est une très mauvaise chose, croyez-moi, ça vous mange, c'est un poison qui vous mange, c'est pas un petit ressentiment, il n'y a plus de pensée, il n'y a plus de réflexion avec ça" 

 

Une enfance douloureuse

"Le cœur de l'homme c'est l'enfance", écrit-il dans son livre. "Je crois que le cœur de l'homme c'est l'enfance." Ce que Michel Vaujour a "compris dans la solitude". "L'enfance, ça m'accompagnait partout, les images de mon enfance me revenaient, c'était les seules images qui m'importaient." Et pourtant, son enfance n'a pas été si simple. Michel Vaujour a vécu un traumatisme, celui d'être abandonné par ses parents. "J'étais abandonné quand j'étais enfant."

En fait d'abandon, Michel Vaujour a été confié à sa tante Germaine, qui l'aimait pourtant. Mais il n'empêche, Michel Vaujour a toujours a vécu cela comme un abandon. "Je l'ai tellement mal vécu probablement que je n'ai plus aucun souvenir de cet abandon." Un sentiment quelque part au fond de lui, mais si fort qu'à sa sortie de prison, le jour où il a été libéré, en ayant sa mère au téléphone il a pleuré - des larmes qui auparavant, durant toutes ces années de galère et de violence, n'avaient jamais coulé. Ça s'est passé quand sa mère lui a dit "C'est ta tante qui aurait été contente ! D'une certaine façon c'était ta deuxième mère !" Là, "au plus profond de moi ça a hurlé, non ma première mère c'est toi ! Et j'ai explosé en pleurs, c'était la première fois dans tout ce chemin que je lâchais des larmes."

 


©Bruno LÉVY / éditions XO - Quand il était enfant, "l'Église et la forêt" étaient les "châteaux forts" de Michel Vaujour

 

Un désir de devenir prêtre

Quand sa tante Germaine meurt d'un cancer, Michel est de nouveau confié à ses parents - un père violent, alcoolique, qui ne lui a jamais manifesté de tendresse, d'affection. "Vous savez, l'alcoolisme ça tue tout." Pour père de substitution il élit un prêtre, l'abbé Zeller, qui lui a donné envie de devenir prêtre à son tour, tant l'Église était devenue pour le jeune homme "un château fort". Ce "curé de choc" lui a "tout appris" : l'activité physique, le dépassement de soi... Un apprentissage pour le meilleur et pour le pire car lui qui avait le vertige s'est échappé quelques années plus tard en hélicoptère de la prison de la Santé en 1986. "La peur après est devenue quelque chose pour moi qui était inacceptable, c'était un exercice à dépasser."
 

S'évader pour échapper à la haine

Michel Vaujour entre en prison à 19 ans, pour le vol d'une voiture. Il mène alors une vie "à l'écart" d'une petite ville où il "n'y a rien", avec son amie Zabette et leur fille. Une vie où "on ne fait que travailler" et où ce "rien détruit la relation". Quand il tombe sur cette voiture, que son propriétaire avait laissée là, moteur en marche, lui prend l'envie de s'en servir pour aller danser en boîte de nuit. Le samedi suivant il recommence, et encore le samedi d'après, et ainsi de suite. Jusqu'à ce que le couple "se fasse attrappé". Ils sont condamnés à 30 mois de prison ferme.

Aujourd'hui il en est certain : si la peine alors avait été moins lourde, il n'aurait pas vécu toutes ces années terribles. C'est le monde ultra violent de la prison - entre prisonniers, le sadisme du surveillant chef - qui lui a appris ce qu'est la haine. "Quand vous avez ça en vous, la haine, c'est une très mauvaise chose, croyez-moi, ça vous mange, c'est un poison qui vous mange, c'est pas un petit ressentiment, il n'y a plus de pensée, il n'y a plus de réflexion avec ça." 30 mois d'enfer marqués par la haine, que "le roi de la cavale" a voulu fuir pendant les 30 années qui ont suivi.

 

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Car chaque visage est unique, le podcast Visages accueille des hommes et des femmes d'une grande diversité : philosophes, aventuriers, personnes engagées dans le développement et dans l'action humanitaire, artistes, religieux, entrepreneurs ... Tous partagent au moins un point commun : l'ouverture et le respect de l'autre dans sa différence. Thierry Lyonnet leur donne la parole pour une rencontre en profondeur.

Le présentateur

Thierry Lyonnet

Rédacteur en chef du Service « Foi et Culture », Thierry met son insatiable curiosité au service de RCF depuis 1990. Spiritualité, art, voyages, solidarité et surtout rencontres, qu’il aime partager avec les auditeurs. Depuis l’enfance, il est fasciné par la richesse de la différence…et cette fascination ne cesse de croître!