Prendre de la distance avec les Pesticides

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Maison commune

mercredi 18 septembre à 12h24

Durée émission : 3 min

Maison commune

Suite aux arrêtés municipaux interdisant l’épandage de pesticides à proximité immédiate des habitations, le gouvernement engage une consultation. Un sujet sensible qui doit appeller des réponses pour le futur, comme l’idée de couronnes de terres agricoles bio autour des villes.

Aujourd’hui près de 50 maires ont pris un arrêté interdisant l’usage des pesticides à proximité des habitations, un sujet qui monte ? 

Oui parce que personne ne peut rester désormais indifférent face à un danger que des scientifiques dénoncent, et sur lequel le gouvernement semble naviguer à vue. Les pesticides doivent limiter aujourd’hui leur épandage à 5 mètres des habitations. «  ll faut au moins 150 mètres", affirmait encore Daniel Cueff la semaine dernière à Angers au congrès batiment et ville durable. Daniel Cueff,  c’est le maire de Langouet en Ille et Vilaine, retoqué par le préfet. Le gouvernement annonce une consultation sur les distances à admettre et les agriculteurs conventionnels crient à l’acharnement sur leur profession. Les agriculteurs conventionnels ne sont pas à oublier, aux revenus parfois peu élévés et une vie désespérante, ils ont été coincés par le système industriel mis en place depuis 50 ans. 

Un système qui les engage donc à utiliser des pesticides ? 

Aujourd’hui la France est le plus gros consommateur de pesticides au monde. Cet usage a commencé après la seconde guerre mondiale, car il fallait faire face au défi de nourrir plus de monde et plus rapidement. L’industrie chimique s’est développée et le rendement agricole a ainsi plus que triplé. 
En 1960, un hectare de blé produisait 25 quintaux, aujourd’hui on atteint  70 à 80 quintaux à l’hectare dans notre région.  
Avec la chimie, pour neutraliser les chenilles, les champignons, etc..  tous les «  nuisibles » à la culture, il y a deux principales techniques : l’enrobage des graines et l’épandage de produits. L’épandage est la question d’aujourd’hui : faut-il arrêter l’épandage à 3, 5 ou 10 mètres des habitations ou bien 150 m ? 50 m des écoles ? Emmanuelle Wargon, la secrétaire d’Etat à la transition écologique que j’ai interrogé jeudi dernier a préconisé  de demander aussi l’avis à la consultation citoyenne qui va réunir 150 personnes tirés au sort...

Vous ne semblez pas enthousiaste !?

Et vous ? Bof, bon … les études convergent pour nous alerter quand même : 
L’Organisation mondiale de la santé a reconnu le glyphosate probablement cancérigène, le métachlore perturbateur endocrinien, on sait aussi que les néocorticoides accélèrent le déclin des abeilles, etc.. fin août l’observatoire régional de l’air de Nouvelle aquitaine a retrouvé le fongicide utilisé dans les vignes du Médoc jusqu’à Bordeaux à 60 km de là… 
Alors quelles sont les précautions à prendre ? 
Le principe de précaution, qui est à l’initiative de l’Etat, est appliquée en faisant appel à des études scientifiques … pas forcément prises en compte… donc on peut dire que 50 maires en France ont pris leur précaution et, on pourrait pousser l’idée en terme d’aménagement du territoire. 

Expliquez-nous !

On pourrait imaginer que chaque ville et village soit entourée d’un corridor ou une couronne de terres agricoles bio. En bio, les pesticides sont remplacés des amendements de chaux ou de fumiers, par la rotation des cultures :  les rendements baissent à 25 quintaux à l’hectare pour le blé par exemple mais en principe ils sont mieux rémunérés. 
Ce n’est pas une utopie car aujourd’hui de plus en plus d’agriculteurs passent du conventionnel au bio. Un accompagnement vers le bio de ces 15 % de la surface agricole française  concernée serait une bonne façon de la part de l’Etat de faire de la transition écologique et un magnifique signal. Pour la ville aussi, ce serait un programme vertueux, alliant la reconnaissance des agriculteurs locaux et la nécessité d’aller vers des approvisionnements de proximité, et de renouer les liens ville-campagne. 
A Angers, par exemple,  l’ancien projet de rocade Sud pourrait être bouclée et devenir "couronne agricole bio »…  
A la semaine prochaine !

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