[jour des défunts] Les étapes du deuil, par Christophe Fauré

© Johann Sauty / The Consulting Company / éditions Albin Michel - Christophe Fauré

Le psychiatre Christophe Fauré explique comment se déroule le processus du deuil au jour le jour.

Qu'est-ce que le deuil?

Qu'est-ce que le deuil?

Après un deuil, on ne sera plus jamais le même. La perte d'un proche est un traumatisme dont les répercussions physiques, psychologiques, spirituelles, se font sentir tout au long de la vie.

Après un deuil, on est à tout jamais différent. La perte d'un proche, qu'elle soit prévisible ou brutale, est un traumatisme dont les répercussions physiques, psychologiques, relationnelles, sociales et aussi spirituelles, se font sentir tout au long de la vie. Or, quelle place accorde-t-on au deuil ? Notre société occidentale s'est coupée d'une connaissance ancestrale, dont chacun se nourrissait. Le Dr Christophe Fauré travaille depuis plus de 20 ans sur le sujet. Son ouvrage de référence "Vivre le deuil au jour le jour" (éd. Albin Michel, 1994) a été réédité. Il s'inspire du témoignage de milliers de personnes.

 "Le deuil nous ramène au cœur du cœur de nous-mêmes, dans ce lieu que j'appelle la solitude fondamentale, qui est l'intime de l'intime de nous-mêmes"

 

Parler du deuil...

"Il y a beaucoup de méconnaissance sur le processus du deuil." Dans une société qui n'aime pas trop la souffrance et où le deuil n'a plus la même visibilité qu'avant - on ne porte plus de vêtements de deuil, par exemple - on comprend mal ce mouvement intérieur de l'être. Refuse-t-on le deuil comme on repousse la souffrance ? Pour Christophe Fauré, il faut "mettre le deuil à sa juste place" : "Ce n'est pas le deuil l'ennemi, c'est la perte de la personne que j'aime que je ne veux pas : le deuil est mon allié, c'est cette intelligence intrinsèque à mon être qui va faire que je vais pouvoir cicatriser cette plaie d'une profondeur abyssale."

Depuis quelques années, on aborde de plus en plus le sujet dans des émissions de télévision ou dans des livres de développement personnel. Signe qu'il y a "une telle souffrance contenue non exprimée non manifestée que les gens n'en peuvent plus de rester avec ce fardeau de souffrance". 
 

... Pour mieux le comprendre

Le deuil est une crise existentielle : même s'il touche toutes les facettes de notre existence, "il nous ramène au cœur du cœur de nous-mêmes, dans ce lieu que j'appelle la solitude fondamentale, qui est l'intime de l'intime de nous-mêmes", explique le Dr Fauré.

Le deuil comporte des étapes et il peut être rassurant de savoir que, au cœur de ce qui semble n'être que chaos, il y a une cohérence. "Le processus de deuil ne va pas éradiquer la souffrance, il va l'apppprivoiser et lui trouver une place en nous qui fait qu'on aura toujours ce lien doux amer. Doux, parce que je sais que tu seras toujours avec moi, amer parce que tu n'es plus avec moi. La cicatrice sensible reste à tout jamais."

 

Émission d'archive diffusée en janvier 2019

 

Le choc, la première étape du deuil

Le choc, la première étape du deuil

"La seule facon de sortir du tunnel c'est d'y entrer". Deuxième partie d'une émission consacrée au deuil.

"La première étape du deuil est celle du choc, c'est comme une anesthésie émotionelle, qui peut durer quelques jours, quelques semaines. C'est une protection psychique. On dit non. Il y a un stress aigu. Le deuil est aussi porté par le corps".

"Il faut des rituels de contenance. On est commme en soin intensif. La veillée mortuaire,est un moment important. Voir le corps peut aider. Tous les rituels sont essentiels. C'est l'occasion de dire au revoir, de poser des gestes, d'honorer la personne qu'on a perdue."

"La deuxième étape est une étape de recherche ou de fuite. Je peux mettre des photos partout, je vais porter le vêtements du defunt, je vais porter son eau de toilette et je ne cesserai de parler de lui. Et ce n'est pas un deuil pathologique, c'est normal. On continue sur la lancée de la relation."

"Certains même disent recevoir des signes apaisants de la personne défunte comme de la  voir quelques secondes, l'entendre ou bien encore sentir sa présence ..." "Tout ceci prend 6, 8 ou 10 mois avant la troisième étape la phase de destructuration où on peut avoir l'impression de devenir fou.Puis la quatrième étape c'est l'apaisement.Le temps est important. Il y a un processus de cicatrisation. Il faut avoir confiance. Il y a quelque chose qui se fait en soi de facon inconsciente.On peut aider la cicatrisation.""L'expression faire son deuil est stupide." 

 

Le deuil, un processus évolutif

Le deuil, un processus évolutif

Le deuil est un processus évolutif. Après le choc, on se sent otage de la souffrance et cela peut durer plusieurs années. Petit à petit la personne endeuillée redéfinit son rapport au monde.

Le deuil n'est pas un état fixe mais un processus évolutif. Parfois, on peut avoir peur de devenir fou : on est otage de la souffrance. Avec cette oscillation constante : Je vais mieux, puis je vais moins bien. C'est épuisant ! Une phase qui peut durer plus de deux ans quand on perd un être très proche, comme un conjoint. On a pu noter que lorsque l'on perd un enfant cette phase peut se prolonger et durer jusqu'à six ans.

Dans la dernière étape du deuil, une douceur s'installe. La personne endeuillée redéfinit son rapport au monde. Continuer sa vie est un hommage à la personne décédée. On arrive à dépasser le sentiment de trahison ou de culpabilité. Pour y arriver, on peut se tourner vers une association d'accompagnement du deuil, et privilégier le partage au sein d'un groupe de parole, l'écoute de conférences ou encore des entretiens individuels.

 

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