Chômage: le tabou tombe, les clichés restent

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Le Temps de le dire

lundi 6 février 2017 à 9h03

Durée émission : 55 min

Chômage: le tabou tombe, les clichés restent

© Image du film "Moi, Daniel Blake" Le Pacte (2016)

Le chômage, on en parle plus depuis la crise. Mais les clichés ont la vie dure ("Il suffit de chercher ; Ils ne veulent par travailler"). On en parle avec Stéphanie Gallet.

Pour vaincre le chômage il suffit de chercher du boulot ; les jeunes ne veulent pas travailler ; les entreprises se méfient des chômeurs ; les Français ne travaillent pas assez... Le chômage et son lot d'idées reçues. Et si pour une fois on abordait le sujet sans se cacher derrière des clichés? Un collectif d'associations vient de publier "Chômage, précarité: halte aux idées reçues!" (éd. L'Atelier / MNCP). Un livre préfacé par Ken Loach, dont le dernier film "Moi, Daniel Blake" a reçu la palme d'or au festival de Cannes 2016. Il raconte la recherche d'emploi d'un menuisier anglais.
 

Bande-annonce |"Moi, Daniel Blake", de Ken Loach - Palme d'or au Festival de Cannes 2016

 

le travail a changé, le chômage aussi

Pour Pierre-Edouard Magnan, le film de Ken Loach correspond à la réalité. Il parle d'un "système qui pousse à l'absurde à force de dématérialisation", devenu aberrant à force de complexité administrative.
 

"Le travail a changé. Ou plutôt, la façon dont les employeurs embauchent. Quand j’étais jeune, tout le monde avait un emploi. On nous disait : « Apprends un métier, c’est pour la vie ! » Les gens se définissaient par leur métier, s’y identifiaient, qu’ils soient mineurs de fond, infirmières, cheminots, ouvriers du bâtiment ou du textile, etc.
Bien sûr, l’exploitation existait. Nous avions besoin des syndicats pour défendre et améliorer nos salaires et conditions de travail. […] Pour nous, le changement crucial est advenu en 1979, quand Margaret Thatcher et l’aile droite de son gouvernement se sont lancées dans un projet de réduction du pouvoir des syndicats. Les entreprises ne faisaient plus assez de profits. La marge d’exploitation devait augmenter.
[…] Nous sommes aujourd’hui confrontés, et ce livre le montrera, à  des conditions de travail qui rappellent celles du XIXe siècle.
[…] On observe une utilisation de plus en plus fréquente du statut de soi-disant « travailleur indépendant » pour des travailleurs qui en réalité n’ont qu’un seul employeur… Cette formule permet à l’employeur de ne pas prendre en charge les arrêts maladie, les congés payés ou quelque dépense que ce soit pour ses employés. Tandis que le chômage de masse perdure, une part encore plus importante de la population est aujourd’hui sous-employée… […] Heureusement pour nous, l’histoire continue, la lutte est vivante, le film n’est pas fini – le générique n’a pas encore défilé… […] Les histoires et les expériences de ce livre aideront, je l’espère, à nous rendre forts dans notre résistance.
" Ken Loach
Extraits de la préface de Ken Loach dans "Chômage, précarité: halte aux idées reçues" (Janvier 2017) avec l’aimable autorisation de l’éditeur : Les Editions de l’Atelier.

 

En France, on compte plus de 4 millions de chômeurs. Et beaucoup plus si on ajoute les travailleurs précaires. En cette période électorale, n'est-il pas nécessaire de savoir ce qu'ils veulent? Ils constituent, comme le rappelle Pierre-Edouard Magnan, du MNCP (Mouvement national des chômeurs et précaires), avec un brin d'humour acerbe, "la plus grande catégorie socio-professionnelle, mais la moins représentée".
 

"Aujourd'hui, beaucoup de chômeurs ont peur de pousser la porte de Pôle emploi, ce qui est un comble!"

 

dire la vie des personnes au chômage

Pour beaucoup le chômage est synonyme de spirale où la solitude nourrit une peur d'aller vers les entreprises et précipite vers une perte d'estime de soi. "Aujourd'hui, beaucoup de chômeurs ont peur de pousser la porte de Pôle emploi, ce qui est un comble!", dit Pierre-Edouard Magnan. C'est en tenant compte de cette pression psychologique forte que le 1.700 entreprises se sont engagées. Au sein du CREPI (Clubs régionaux d'entreprises partenaires de l'insertion), elles proposent à des personnes en recherche d'emploi d'aller dans l'entreprise, directement "au contact des dirigeants", explique Florence Emanuelli, pour se rencontrer et dépasser les clichés ou la peur. Une initiative qui permet chaque année à 2.000 personnes de trouver un tavail.

"La vie d'un être humain peut complètement se déconstruire par le manque de travail", explique Rina Rajaonary, de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne). Un mouvement présent dans les quartiers populaires, où 45% des jeunes sont au chomage. Et sont "victimes de choix politiques d'une société qui fait le choix du profit et de l'argent plutôt que de l'humain". Depuis la crise, et en un sens c'est heureux, le chômage et les travers de notre société sont un peu moins tabou. On en parle plus souvent au cinéma, par exemple, comme le montre le film de Ken Loach.

Il est essentiel de raconter la vie des personnes au chômage, comme le dit Bruno Lamour, du collectif Roosevelt. Ne serait-ce que pour se rappeller que ce sont souvent des gens comme les autres qui se sont trouvés dans la mauvaise entreprise au mauvais moment, des citoyens avec des droits et des devoirs, mais qui n’ont jamais rencontré les bonnes équipes pour leur mettre le pied à l'étrier.

 

Invités

  • Florence Emanuelli , déléguée nationale pour les CREPI (Clubs régionaux d'entreprises partenaires de l'insertion)

  • Rina Rajaonary , présidente de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne)

  • Bruno Lamour , président du collectif Roosevelt

  • Pierre-Edouard Magnan , délégué fédéral du MNCP (Mouvement national des chômeurs et précaires)

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La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.