[DOSSIER] La fraternité en actes

27 mai 2015 Par

© Diaconia

Des hommes et des femmes témoignent de leur expérience de la fragilité. Quand les mots permettent de reconquérir la dignité et de construire la fraternité.

"Fraternité", "vivre-ensemble": presque des mots magiques, célébrés, parfois jusqu'à l'excès et l'incantation. Pourtant, des paroles toutes simples, dites par des gens ordinaires ou même jugés fragiles, peuvent donner corps, vie, à ces mots rêvés. La parole des plus pauvres ou des plus fagiles est souvent la plus vive. Elle a un pouvoir de transformation parce qu'elle met parfois d'autres en route. 

En 2011, l'Eglise catholique en France lançait la démarche "Diaconia - Servons la fraternité". Avec un objectif : "redonner leur place aux oubliés" comme l'a écrit la Revue Projet (article d'Etienne Grieu, dans le numéro de septembre 2014). Il s'agissait de (re)mettre la parole des plus pauvres et des plus fragiles à la première place dans l'Eglise, d'entrer dans une dynamique de partage plutôt que de don. Voici comment les initiateurs de la démarche la présentent : "l’objectif premier de la démarche est d’appeler les communautés à vivre davantage,dans la réciprocité, la fraternité et l’espérance avec les personnes en situation de fragilité, proches ou lointaines. Elle est aussi l’occasion de redire combien le service du frère est une manière de vivre sa foi chrétienne à la suite du Christ". 

Cette démarche a connu son point d'orgue en mai 2013, lors du week-end de l'Ascension : 12 000 personnes se sont rassemblées à Lourdes pour témoigner de la manière dont des chrétiens, en ce temps de crise, s’attèlent à la transformation sociale, à partir de ce que vivent les personnes les plus fragiles. Parmi ces participants, 3 à 4000 avaient connu ou connaissaient une situation  de précarité ou de pauvreté. 

Ce rassemblement a profondément marqué tous ceux qui y ont pris part, certains ont même vu leur vie prendre une nouvelle orientation suite à cet événement. Dans les diocèses, les paroisses, les groupes de chrétiens, des petites fraternités, nées pour préparer le rassemblement, continuent à se rassembler pour vivre la convivialité, le partage, la solidarité, la prière en commun, la lecture de la Parole de Dieu. D'autres s'engagent dans des actions concrètes de solidarités. D'autres ont tout simplement découvert que leur parole avait du prix, et d'autres encore que la parole des autres avait le pouvoir de les transformer. 

Au fil des mois, des semaines, des jours, RCF donne la parole à certaines de ces personnes. Retrouvez ici ces mots qui racontent la fraternité en actes, qui témoignent de ce qu'elle produit dans des vies parfois dévastées. 

Riches, pauvres, jeunes, vieux, urbains, ruraux, théologiens ou nouveaux baptisés : leur parole a du poids, elle peut même changer le monde si elle est entendue et si elle s'articule à d'autres paroles. 
 

Yoann: regarder le Christ, modèle de fraternité

Yoann: regarder le Christ, modèle de fraternité

Pour Yoann, 19 ans, il y a un avant et un après Diaconia 2013. Le garçon timide veut changer le monde, avec les autres et en regardant le Christ.

Jeune homme espiègle et plein d'énergie, Yoann semble presque pouvoir changer le monde à lui tout seul, tant il emporte l'adhésion de ceux qui l'écoutent. Issu d'une famille pauvre de Malo-les-Bains, il raconte pourtant qu'il y a deux ans il était un garçon timide, comme écrasé par la pauvreté qu'il regardait comme une fatalité.
Mais en 2013, Yoann a participé au rassemblement "Diaconia - Servons la Fraternité" à Lourdes et cette expérience a profondément changé sa vie. Il a découvert qu'avec d'autres il était possible de changer la donne. Désormais, Yoann est capable de prendre la parole devant des centaines de personnes, de s'exprimer à la radio. Baptisé l'an dernier, il reçoit cette année la confirmation. Il est devenu chef scout, fait des maraudes auprès des SDF et va s'engager à la Croix-Rouge. Et il a l'air heureux. 

Marie Larrivé: "les plus pauvres m'ont transformée"

Marie Larrivé: "les plus pauvres m'ont transformée"

Marie Larrivé a 24 ans, elle est responsable de la conférence St Vincent de Paul de St Pierre de Montrouge à Paris.Sa rencontre avec les plus pauvres a changé sa vie. Elle en témoigne.

"Quand on se balade dans les rues de Paris et qu'on voit tant de gens à la rue c'est choquant et ça donne envie de faire quelque chose à notre mesure" explique Marie quand on lui demande pourquoi elle a rejoint la conférence St Vincent de Paul de sa paroisse il y a 5 ans. Elle qui voulait donner a appris à recevoir. "Dès la première maraude, on se rend compte qu'on est des serviteurs inutiles et qu'on ne va pas changer le monde, qu'il faut être humble. Ensuite, on reçois énormément, plus que ce qu'on donne (...). Ces personnes nous aident à changer notre regard sur la vie, sur les autres" témoigne-t-elle. 

Désormais, Maris est responsable de la conférence St Vincent de Paul de St Pierre de Montrouge à Paris, une conférence dont la trentaine de membres a entre 20 et 40 ans. Tous les lundis soir, ils vont à la rencontre des SDF lors de maraude, ils organisent aussi des rencontres avec les personnes âgées isolées du quartier tous les trimestres et un réveillon solidaire le 31 décembre. Marie témoigne de son engagement. 

 

Monique et sa première communion: "Enfin, je suis comme tout le monde"

Monique et sa première communion: "Enfin, je suis comme tout le monde"

Enfant de la DASS, Monique voulait faire sa communion. "Ce n'est pas pour toi" lui a dit une éducatrice. Aujourd'hui grand-mère, elle vient de recevoir l'Eucharistie pour la première fois.

"J'ai toujours eu la foi, depuis toute petite. Je sentais que Jésus était à mes côtés". Au long de sa vie marquée par la pauvreté et la souffrance, Monique n'a jamais perdu la foi, héritée de son père, même si elle n'a pas reçu d'éducation catholique, même si elle a été tenue à l'écart de l'Eglise. Aujourd'hui, alors qu'elle est grand-mère, Monique vient de faire sa communion, le jeudi saint en 2015. Elle s'y est préparée en suivant la catéchèse avec les enfants : "ils m'ont bien accueillie et je me suis sentie bien avec eux" témoigne-t-elle. Lorsqu'elle a reçu pour la première fois l'Eucharistie, elle s'est dit : "enfin, je suis comme tout le monde". 

Maintenant, Monique prépare sa profession de foi, elle ira bientôt à Lourdes et chaque dimanche dans sa paroisse, à Malo-les-Bains (Nord), elle distribue les carnets de chants et les feuiles de messe. Elle est pleinement membre de la communauté. Elle dit avoir trouvé là une famille. 

A Saint-Etienne, l'Evangile au coeur des quartiers populaires

A Saint-Etienne, l'Evangile au coeur des quartiers populaires

L’Évangile est pour tous, les chrétiens en sont persuadés. Une conviction qui s'incarne concrètement avec la pastorale des quartiers populaires. Reportage d'Anne Kerléo.

L'ancien évêque de Saint-Etienne, Mgr Joatton, récemment décédé, a légué à son diocèse un héritage original que des catholiques continuent de faire vivre : la pastorale des quartiers populaires. Aujourd'hui une quinzaine d'équipes manifestent une présence évangélique au cœur des zup et des quartiers populaires, elles rejoignent des personnes parfois très éloignées de l'Eglise. Ce reportage nous emmène à leur rencontre.

Reportage réalisé en avril 2014

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