[DOSSIER] Migrant n'est pas mon nom

© RCF - Ingrid Lebrasseur

Mardi 27 octobre à 21h, RCF donne la parole aux migrants. C'est à Mulhouse que nous installons les studios de cette émission, conçue comme un forum. Inédit dans l'histoire de RCF, Vous avez dit fragile? se construit au rythme des rencontres interpersonnelles et de la dynamique collective.

logo_pf_2013.jpgRendez-vous mensuel, réalisé en partenariat avec l'association Participation et Fraternité,  "Vous avez dit fragile?" donne la parole aux personnes isolées, en situation de précarité, malades... Des personnes que la vie a fragilisées. Parce que la parole des personnes fragiles doit être entendue, RCF et l'association Participation et Fraternité veulent faire entendre sur les ondes l'espérance que redonne la joie d'être ensemble.Chaque mois, les personnes qui participent à l'émission se réunissent deux ou trois fois dans les semaines qui précèdent la séance d'enregistrement. Le concept de l'émission est porté par la conviction que c'est dans la rencontre que l'on partage, et que pour bien se rencontrer il faut passer du temps ensemble. 

A travers les parcours de Crispin, Tony, Emmanuel, Sam et Adelina, Serge, Bouki, Lia et Nelson, on comprend combien il est absurde de résumer leur vie et ce qu'ils sont aujourd'hui au simple terme de "migrant". Les personnes qui ont accepté de témoigner sur les ondes de RCF sont l'un engagé politique fuyant la répression, l'autre chrétien menacé par sa propre famille à cause de sa foi, un autre encore rescapé de guerre civile, un couple menacé par sa famille au nom de traditions claniques ancestrales, des frères et soeurs menacés de mort par un clan opposé qui veut se venger...

Ils racontent ce qui les fait tenir tout au long de leur périple et encore aujourd'hui alors qu'ils sont enfin en France. La France, synonyme de richesse, de liberté, de sécurité, pour ces hommes, ces femmes et ces enfants qui auraient préféré rester dans leur pays sait-elle accueillir dignement ces personnes? Difficile pour qui n'a pas connu leur histoire de violence, de misère et d'exil, d'imaginer et de comprendre ce qu'ils vivent. Loin des polémiques, au-delà des débats politiques ou économiques, l'occasion est donnée ici d'écouter ce qu'ont à dire ces voisins venus de loin.

> Pastorale des migrants, diocèse d'Alsace
> Société de Saint-Vincent-de-Paul
> Collectif Urgence Welcome Mulhouse
> Cimade
> Ligue des droits de l'Homme

 

RCF remercie l’Association Georges Hourdin, partenaire de Vous avez dit fragile?

"Migrant n'est pas mon nom": des demandeurs d'asile témoignent

"Migrant n'est pas mon nom": des demandeurs d'asile témoignent

Arrivés en France il y a quelques semaines ou plusieurs années, demandeurs d'asile, réfugiés ou désormais français, les invités d'Anne Kerléo ont en commun leurs parcours d'exil.

Ce qui frappe dans les témoignages des personnes migrantes qui dévoilent un peu de leur parcours, de leur vie et des sentiments qui les habitent, c'est à la fois la douleur et la force. Comme deux facettes d'une même réalité. Douleur d'une histoire, parfois encore toute récente, parfois même actuelle, marquée par la violence et la peur. Force qui se manifeste à travers leur envie de vivre et leur capacité de résilience. Leurs témoignages disent la richesse qu'ils ont à apporter à la société française. 

Au cours de cette émission s'expriment aussi ceux qui les accompagnent : militants de diverses associations, ils racontent la fraternité qui se tisse entre eux et ces frères venus de loin. Ils témoignent aussi des grandes choses que l'on peut faire lorsqu'on unit ses forces : engagés à la Pastorale des migrants, à la Cimade, à la Société saint Vincent de Paul ou à la Ligue des droits de l'Homme, ils ont en commun la volonté de permettre à chacun de vivre dignement. 

Rendez-vous mensuel, Vous avez dit fragile? donne la parole aux personnes isolées, en situation de précarité, malades... Des personnes que la vie a fragilisées.

Parce que la parole des personnes fragiles doit être entendue, RCF et l'association Participation et Fraternité veulent faire entendre sur les ondes l'espérance que redonne la joie d'être ensemble. Chaque mois, les personnes qui participent à l'émission se réunissent deux ou trois fois dans les semaines qui précèdent la séance d'enregistrement. Le concept de l'émission est porté par la conviction que c'est dans la rencontre que l'on partage, et que pour bien se rencontrer il faut passer du temps ensemble.

  RCF remercie l’Association Georges Hourdin, partenaire de Vous avez dit fragile?

Emission enregistrée en octobre 2015

 

Dans les coulisses de "Vous avez dit fragile?"

Dans les coulisses de "Vous avez dit fragile?"

Le 16 octobre a eu lieu l’enregistrement de "Migrant n'est pas mon nom". Reportage dans les coulisses de l’émission par Jean-Louis Achille (Alsace Media).

 

S'y retrouver dans les arcanes du droit d'asile

S'y retrouver dans les arcanes du droit d'asile

Qu'est-ce qu'un demandeur d'asile ? Et un débouté du droit d'asile ? Et une OQTF ? Qu'est-ce qu'un pays déclaré "sûr ? Qui instruit les demandes d'asile ? Voici quelques définitions.

REFUGIé

Selon la Convention du 28 juillet 1951, un réfugié est une personne qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle a sa résidence habituelle. Il s'agit d'une personne qui craint à juste titre d’être persécutée du fait de sa "race", de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qui ne peut ou ne veut se réclamer de la protection de ce pays ou y retourner en raison de ladite crainte.

Convention de Genève

Il s'agit de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés. Elle définit les modalités selon lesquelles un État doit accorder le statut de réfugié aux personnes qui en font la demande, ainsi que les droits et les devoirs de ces personnes. Elle a été adoptée par une conférence convoquée par l'Organisation des Nations unies, en application de la résolution 429 (V) de l'Assemblée générale en date du 14 décembre 1950. Son adoption intervient à la suite des persécutions de l'entre-deux-guerres et de la Shoah, elle met en oeuvre les préoccupations proclamées par la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Elle constitue le principal cadre juridique de définition du droit d'asile dans les États qui l'ont signée et ratifiée. 

Demandeur d’asile

Un demandeur d'asile est une personne qui a déposé une demande d'asile afin de bénéficier du statut de réfugié. Ce n'est pas encore un réfugié et il n'est pas certain d'obtenir le statut. Chaque pays instruit les demandes d'asile qui sont déposées sur son territoire et décide s'il accorde ou non le statut de réfugié aux demandeurs. En France en 2014,  52 053  demandes d'asile ont été déposées et  8 763 ont donné lieu à des décisions positives (chiffres du Ministère de l'intérieur). La première démarche à accomplir par un demandeur d'asile est de se rendre à la préfecture pour demander son admission au séjour. Le préfer lui accorde une autorisation de séjour d'un mois (récépissé) et un formulaire OFPRA lui est remis. Il doit adresser ce formulaire dans un délai de 21 jours, après quoi il reçoit une autorisation de séjour (récipissé) de 6 mois, puis de trois mois renouvelable jusqu'à la décision de l'OFPRA ou de la CNDA qui instruisent la demande. Pendant le temps de l'instruction, le demandeur d'asile bénéficie de droits sociaux : 

  • Accès aux soins : les demandeurs d'asile bénéficient de la CMU (Couverture maladie universelles) ou le l'Aide Médicale d'Etat (AME) pour ceux qui sont en procédure prioritaire ou en procédure Dublin 
  • Aide financière : l'ATA (Allocation temporaire d'attente) est versée par le pôle emploi  aux demandeurs d'asile de plus de 18 ans, munis d'un récépissé et qui ont déposé une demande d'asile. En 2015, elle se monte à 11,45 euros par jour. Cette allocation n’est pas versée si le demandeur d'asile refuse une proposition d'hébergement en CADA
  • Hébergement : La loi fait obligation à l’Etat d’accueillir dans des Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) les personnes qui, pendant la période d’examen de leur demande d’asile, n’ont pas la possibilité d’occuper un hébergement individuel ou d’être logées par des proches. Il existe actuellement sur le territoire métropolitain 25 3000 places en CADA, ce qui est nettement insuffisant pour couvrir tous les besoins. Le dispositif d’hébergement d’urgence des demandeurs d’asile (HUDA) a été mis en place pour compléter les possibilités d'hébergement mais cela reste insuffisant. La création de 8000 nouvelles places de CADA est programmée. Beaucoup de demandeurs d'asile ont pour seul recours le 115 et il est fréquent qu'ils dorment dans la rue. 
  • Scolarisation des enfants : pour les enfants des demandeurs d'asile comme pour tous les enfants résidant en France, l'école est obligatoire de 6 à 16 ans et possible à partir de 3 ans. 
  • Travail : les demandeurs d'asile ne sont pas autorisés à travailler pendant leur première année de présence sur le territoire français. Passé ce délai, s'ils n'ont pas reçu de réponse à leur demande,  ils peuvent tenter d'obtenir une autorisation de travail auprès du préfet de leur département de résidence. Celui-ci peut leur refuser cette autorisation en invoquant la "situation de l'emploi" dans la région.

OFPRA

L'OFPRA est l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Cet établissement public, créé en 1952, a pour but d'appliquer en France les règles internationales régissantla protection des réfugiés. Son statut est régi par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'OFPRA instruit les demandes d'asile en première instance. Si la demande initiale est rejetée, le demandeur peut introduire un recours auprès de la CNDA. 
 

CNDA 

La CNDA est la Cour nationale du droit d'asile. Jusqu'en 2007 elle était appelée Commission des recours des réfugiés. Elle statue sur les recours formés par les demandeurs d'asile contre les décisions en première instance de l'OFPRA.
 

Débouté du droit d’asile 

Les déboutés du droit d'asile sont les personnes dont la demande d'asile a été refusées par l'OFPRA. Elles peuvent introduire un recours auprès de la CNDA. Si elles obtiennent une seconde réponse négative, elles doivent quitter le territoire français. Elles reçoivent de la Préfecture une OQTF (Obligation de quitter le territoire français) et ont un délai d'un mois pour partir volontairement. Passé ce délai, les déboutés qui restent alors en France deviennent ce que l'on appelle couramment des sans-papiers. Ils vivent clandestinement en France et peuvent être arrêtés et expulsés à tout moment. 
 

Pays sûr

Une demande d'asile peut être refusée au motif que le demandeur provient d'un pays considéré comme "pays d'origine sûr". La liste des pays sûr est établie par l'OFPRA, elle varie au fil du temps. Actuellement elle comporte les 16 pays suivants : Albanie, Arménie, Bénin, Bosnie-Herzégovine, Cap-Vert, Géorgie, Ghana, Inde, Kosovo, Macédoine, Maurice, Moldavie, Mongolie, Monténégro, Sénégal, Serbie. 
 

Circulaire Valls

La circulaire Valls du 28 novembre 2012 définit des critères pour la régularisation des sans-papiers. Ce texte précise les conditions d’examen des demandes d’admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, les sans papiers. Une circulaire n’a pas de valeur contraignante sur l’administration et même l’étranger remplit l’ensemble des conditions selon la catégorie de titre de séjour qu’il entend solliciter, la préfecture pourra refuser sa demande de titre de séjour avec ou sans obligation de quitter le territoire français. Mais la circulaire ouvre des possibilités à différentes catégories d'étrangers en situation irrégulière : 

  • Les étrangers sans papiers parents d’enfants scolarisés
  • Les étrangers sans papiers dont le conjoint est en situation régulière
  • Les étrangers sans papier entrés mineurs en France et devenus majeur
  • Les étrangers ayant un talent exceptionnel ou ayant rendu des services à la collectivité

Pour chacune de ces catégories, la circulaire prévoit des critères précis. Par exemple, elle ouvre une possibilité de régularisation pour les parents d'enfants scolarisés qui vivent en France depuis au moins 5 ans et ont au moins un enfant scolarisé depuis 3 ans. 

Marinette Schmitt est bénévole à la Cimade à Mulhouse. Elle assure des permanences juridiques et accompagne des migrants dans leurs démarches administratives. Elle témoigne de la complexité de la législation et de ses incohérences parfois. 

Crispin: "Quand on arrive on est seul dans son coin, on peut déprimer"

Crispin: "Quand on arrive on est seul dans son coin, on peut déprimer"

Au Congo-Kinshasa, Crispin avait un travail mais il trouvait important de s'engager en politique. Il est en France depuis neuf mois, où il fuit la répression politique.

Originaire de République Démocratique du Congo, Crispin a été arrêté comme opposant politique, lors d’un meeting. Emprisonné pendant deux mois par les services secrets - dans des conditions déplorables - il est sorti de prison mais contre rançon, ce qui n’était pas une sortie de prison officielle et l'a obligé ensuite à se cacher. Jusqu'au jour où il a pris la fuite. Un exil qui lui a coûté 10.000 dollars. "Etre associé à un chiffre comme si on était une marchandise, ça fait mal", confie-t-il avec douleur.

"Je n’avais encore jamais pleuré comme ça de toute ma vie." Arrivé en France, à Mulhouse, un 10 décembre, il faisait si froid qu'il a cru en mourir. Un jour, il est entré dans une église et devant le tabernacle il a reprit courage. S'intégrer peu à peu à un groupe de prière l'a aidé. "Il y a des gens qui ont juste besoin d'être écouté et d'avoir un sourire de l'autre."

Maintenant Crispin a un cercle d’amis. Il est investit dans une radio locale, il est bénévole à la Société de Saint-Vincent-de-Paul, où il donne des cours de catéchisme. "Je ne suis plus ces 10.000 dollars, je suis maintenant une personne qui vaut plus que ces 10.000 dollars."

Pour Bouki, du Kosovo, la peur demeure

Pour Bouki, du Kosovo, la peur demeure

Bouki est mère de famille. A 34 ans elle vit à Mulhouse avec son mari et ses deux enfants. Il y a 6 ans ils ont fui des règlements de compte au Kosovo. Mais ils vivent toujours dans la peur.

Depuis plusieurs années, Mulhouse est un point d’arrivée pour les Kosovars et les Albanais. Ce sont des filières de passeurs qui y aboutissent. Pour Bouki et sa famille, la Serbie a servi d'étape avant la France. Il leur a fallu débourser 9.000 euros pour arriver à Mulhouse. Fuir le Kosovo c'était échapper à des règlements de compte. C'est d'ailleurs le cas de la plupart des Kosovars qui s'exilent: fuir des vengeances familiale ou professionnelle. Le mari de Bouki était menacé de mort, il a été agressé, ce qui l’a rendu épileptique et a développé chez lui des phobies ; leur fils aussi a été agressé, poussé dans un escalier, blessé. Ils ont dû tout quitter, alors qu’ils avaient une bonne situation économique au Kosovo.

Bouki, 34 ans, ses 2 enfants de 14 et 5 ans, son mari: tous vivent dans la peur. A la télévision ils voient que chaque jour des violences se produisent au Kosovo. Ici en France, ils n'ont qu'une obsession: protéger leurs enfants, les garder en sécurité. Quand il rentre de l'école, si ça mère n’ouvre pas tout de suite, son fils aîné a peur qu’elle ne soit plus là, qu’elle ait été tuée. Il se sent encore menacé par les gens du Kosovo. La peur demeure, pour elle aussi. "On n’oubliera jamais", dit Bouki. Cette histoire l’empêche de dormir...

Emmanuel, du Ghana: la foi dans l'épreuve

Emmanuel, du Ghana: la foi dans l'épreuve

Son arrivée en France a été difficile. Emmanuel a dû quitter le Ghana à cause de sa foi chrétienne. Quand il raconte son parcours, sa famille qui l'a menacé, les larmes lui viennent vite.

Il a une carte de séjour valable un an, renouvelée déjà trois fois. Emmanuel est arrivé en France en 2010. Il était menacé dans sa propre famille, au Ghana, son pays. A l’évocation des souvenirs du passé, les larmes lui viennent vite. Orphelin, Emmanuel a été élevé par son oncle. Prêtre de la religion traditionnelle du Ghana et personnage influent: il aurait voulu que son neveu suive ses traces. Emmanuel, qui a choisi la foi chrétienne, a dû quitter sa famille qui le rejetait et le maltraitait. C'est une association évangélique qui l'a aidé.

Grâce à Urgence Welcome, il n’a plus jamais dormi dans la rue. Arrivé en France à l'âge de 25 ans, Emmanuel a attendu trois ans avant d'avoir des papiers. Après Paris, Mulhouse. Au 115, on lui avait donné une place pour une semaine: le dernier jour il a prié Dieu. Il lui a dit: "Demain c’est le dernier jour, où je vais dormir?" Et le dernier jour, le responsable du 115 lui a dit qu’il avait un rendez-vous et c’était à Urgence Welcome. Il se dit que Dieu a répondu à sa prière. Aujourd’hui, Emmanuel travaille et vient juste d’emménager dans un F1.

Lia, entre ici et là-bas

Lia, entre ici et là-bas

"Je suis partie parce que sinon j'aurais été une esclave ou une prostituée", raconte Lia. Sa demande d'asile a été rejetée. Depuis elle vit recluse chez elle, sans pouvoir faire de projets.

A son arrivée en France, Lia écrivait:

"Je m'appele Lia et je suis née au Kosovo. J'ai 27 ans et je parle assez bien le français car j'avais commencé des études de langues. Je voulais passer le bac et au moment des examens, on m'a empêchée de continuer à cause des ennuis avec mon frère aîné. Il était employé dans un casino. Il se trouve que certaines personnes qui ne sont pas du même clan que celui de ma famille ont perdu beaucoup d'argent dans ce casino. Elles ont pensé que mon frère en était la cause et ont décidé de se venger. Cela se passe toujours comme ça au Kosovo. On est d'abord membre d'une famille, d'un clan et on risque d'être menacé et poursuivi par un membre d'un autre clan ou d'une autre famille. Vous ne connaissez pas ça en France mais je vous assure que c'est très difficile à vivre."

Avant, Lia avait confiance en elle, elle pensait qu’elle pouvait réussir. Aujourd'hui, elle pleure en racontant. "C’est difficile de tout laisser derrière soi, de recommencer à zéro, sans rien. Tu ne peux rien faire. Je n’ai vraiment pas d’espoir, j’ai perdu confiance, d’abord en moi et après envers les autres."

Impossible de se projeter dans l'avenir. Ses journées, ainsi que celle de sa famille, elle les passe à la maison. Sa demande d’asile et son recours ont été rejetés. Depuis la dernière réponse négative, elle a l’impression que toutes les portes sont fermées. Elle se sent comme "au milieu", entre ici et là-bas.

Serge, du Togo, a fui la répression politique

Serge, du Togo, a fui la répression politique

Professeur d’anglais et journaliste au Togo, Serge a fui son pays à cause de son engagement politique contre le gouvernement en place. Sa demande d'asile vient d'être rejetée.

Engagé au sein de l’ANC (Alliance nationale pour le changement), un parti d'opposition au Togo, Serge a voulu protester contre la mort en prison d’un de ses camarades. Il été arrêté, torturé pendant une semaine. Il a réussi à s’enfuir. Pendant 28 jours il a vécu caché près de la frontière avec le Bénin. Il a réussi à gagner Accra au Ghana, et de là à atteindre la France. Il est arrivé à Mulhouse après un passage par la Suisse où il a été emprisonné 22 jours: il voulait se rendre au HCR - Haut commissariat aux réfugiés - à Genève.

Il est en France depuis novembre 2013 grâce à l'aide d'un Malien qui l'a accueilli chez lui. Serge reçoit une aide de 300 euros mais depuis que sa demande d’asile vient d’être rejetée par l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), il ne recevra plus rien. L'OFPRA lui demande plus de détails sur son arrestation et les tortures subies. Il doit prouver qu’il est en danger de mort s’il retourne au dans son pays.

Au Togo, il a une femme, deux enfants, sa maman, ses cousins... "des bouches que je suis supposé nourrir", dit-il. Il reste engagé politiquement et garde sa foi en Dieu. "Je sens toujours sa présence, il m’a dit que n’importe où je mettrai les pieds, cette terre m’est donnée ; et en cela je crois."

Tony: "Le migrant a une envie de se battre, de s'en sortir"

Tony: "Le migrant a une envie de se battre, de s'en sortir"

"A travers le migrant, on ne voit que la misère, mais il y a cette envie de se battre." Tony est citoyen français depuis 2008. Il travaille comme aide-soignant auprès des personnes âgées.

Tony a fui la guerre civile au Congo-Brazzaville en 1997. Réfugié politique, il vivait chez un ami, nourri, logé. "Quand vous êtes demandeur d'asile vous êtes un sous-homme, pour les gens vous ne valez rien". Aujourd'hui, il essaie de soutenir ceux qui arrivent en leur donnant des conseils, en les orientant. Il veut dire aussi les migrants ont un instinct de survie, une joie de vivre à la base. "On les prend pour des envahisseurs mais ce sont des humains avec un potentiel énorme!" Pour Tony, il faut les aider à partager cette joie.

Citoyen français depuis 2008, Tony est aide-soignant auprès de personnes âgées. Il est aussi membre de la Pastorale des migrants et responsable de la communauté chrétienne africaine de Mulhouse. Pour lui, "un humain n’a pas de patrie: Jésus a envoyé les disciples dans tous les pays".

Nelson: "c'est grâce aux rencontres que j'ai trouvé ma place en France"

Nelson: "c'est grâce aux rencontres que j'ai trouvé ma place en France"

Originaire du Sri Lanka, Nelson Piris a quitté son pays à l'âge de 10 ans. Arrivé en France à 16 ans, en 90, il est aujourd'hui très bien intégré et accueille à son tour d'autres migrants.

Nelson Piris est français, d’origine Sri lankaise, en France depuis 1990. Marié et père de 3 filles nées en France, il est aujourd’hui investi auprès des migrants de sa communauté d’origine, qui demandent toujours l’asile en France, mais l’obtiennent plus difficilement qu’il y a 15 ans.

Il est membre du conseil de la pastorale d des migrants à Mulhouse en charge notamment du lien avec les autres communautés d'origine étrangère. Aujourd’hui très intégré dans sa paroisse et dans la société française, il raconte l'histoire de sa famille, digne d’un film d’aventures, un exil vécu à travers des yeux d’enfants.

 

A Mulhouse, l'union sacrée des associations qui accompagnent les migrants

A Mulhouse, l'union sacrée des associations qui accompagnent les migrants

A Mulhouse, les acteurs de la solidarité envers les migrants travaillent ensemble au sein du collectif Urgence Welcome. Associations confessionnelles et non-confessionnelles collaborent.

"Nous militons depuis des années pour que la communauté issue de la migration fasse partie de la pastorale habituelle de l'Eglise locale". Pour Jean-Marie Romann, s'il est important pour les communautés d'origine étrangère, de pouvoir se retrouver entre elles, il est capital que ceux qui en font partie soient aussi membres à part entière des communautés locales, au même titre que n'importe quel chétien. Il évoque les 4 missions de la pastorale des migrants : 
 

  • Permettre aux communautés de s'organiser
  • Rappeler à l'Eglise son universalité et sa responsabilité vas-a-vis des frères venus d'ailleurs
  • L'interreligieux et notamment le lien avec les musulmans
  • Accompagner les novueaux arrivants

Pour remplir cette dernière mission, le service de la pastorale des migrants s'intègre au sein du collectif Urgence Welcome qui réunit de nombreuses associations (dont certaines sont confessionnelles, d'autres non). Pour Jean-Marie Romann, "c'est vraiment significatif que l'on puisse travailler sur les mêmes objectifs, sur l'Humanité, dans le respect des  uns et des autres". Les fruits de cette sollaboration : un réel dynamisme et une capacité à agir dans la durée en dépit des difficultés rencontrées. 

Au micro d'Ingrid Lebrasseur, Jean-Marie Romann en dit plus sur la Pastorale des migrants puis sur Urgence Welcome. 

Nicolas Gridel: "Avoir de vraies relations d'humanité"

Nicolas Gridel: "Avoir de vraies relations d'humanité"

Bénévole à la Société de Saint-Vincent-de-Paul, Nicolas Gridel accompagne des migrants. Au-delà de l'accompagnement juridique et matériel, l'essentiel est pour lui dans la rencontre.

Nicolas Gridel est bénévole à la Société de Saint-Vincent-de-Paul, l’une des associations présentes concrètement auprès des migrants, notamment pour la distribution alimentaire et l’accompagnement des familles. Il y passe une grande partie de son temps, surtout auprès les familles originaires des Balkans qui représenteraient 90% des personnes en demande d’asile ou clandestines (déboutées du droit d'asile) à Mulhouse.

Au fil du temps, il s'est formé et désormais il maîtrise bien les arcanes du droit d'asile. Mais l'essentiel est pour lui dans la rencontre avec ces personnes. Ingrid Lebrasseur l'a rencontré. 

Les dossiers RCF