[DOSSIER] Tous des humains

12 novembre 2015 Par

© Etienne Pépin, RCF

Quand on vit à la rue, on n’existe plus dans le regard des autres, on n’existe plus du tout... A Rennes, des hommes et des femmes luttent contre ce déni d’humanité. Ils témoignent le 24 novembre à 21 heures sur RCF.

"Tous des humains". Comme si cela devait encore être dit, comme si on pouvait soupçonner certains parmi les humains de ne pas être vraiment membres de la famille humaine.

S’il faut le redire, c’est parce que certains gestes, certaines attitudes parfois, manifestent comme un déni d’humanité vis-à-vis de certaines personnes. Parce qu’on serait trop comme ou pas assez comme- ça, on ne serait pas un vrai humain. Chacun a pu un jour en faire l’expérience, mais certains plus que d’autres ont à subir ce déni d’humanité. Quand on vit à la rue on le connaît, quand on meurt à la rue aussi. Lorsque quelqu’un est enterré sans nom, sans prénom, sans date de naissance, avec pour seule indication de sa présence sous terre, un numéro, qu’est-ce que cela signifie ? Le considère-t-on comme un humain, comme quelqu’un qui a eu une vie, une histoire ?

A Rennes, il y a plus de 20 ans, quelques-uns se sont levés pour dire ça suffit. Ils vivaient à la rue ou y avaient vécu et en avaient assez de voir leurs copains enterrés comme des chiens. Ils ont créé le collectif « Dignité cimetière ». Et depuis, l’aventure a continué, d’autres ont rejoint cette lutte pour la dignité. D’autres collectifs sont nés pour dire aussi la dignité des vivants, de tous les vivants, y compris ceux qui sont exclus de la société parce qu’ils vivent dans la rue. Ils ont créé le" collectifs "Paroles d'exclus, paroles de vivants" puis "le sac ma maison". Pour témoigner de leurs histoires fragiles et fortes à la fois.

Au 6 rue de l'Hôtel Dieu à Rennes, le QG de tous ces collectifs, ils se retrouvent tous les mardis pour partager, travailler ensemble aussi. Et puis le dimanche matin, c'est le rendez-vous de "Source vive", le groupe de ceux qui parmi eux, se reconnaissent comme croyants, chrétiens. Philippe, Sébastien, Lydie, Evelyne, Patrick, Henri, Jean-Louis, Janine et les autres font route avec des personnes qui ont des vies différentes des leurs, moins précaires. Tout a commencé avec 2 prêtres ouvriers, encore à leurs côtés aujourd'hui : Jean-Claude Guillet et Pierre Navarre. 

Sur RCF, les membres de ces "collectifs du 6" prennent la parole pour raconter comment, même lorsqu'on tombe plus bas que terre, il est possible de se remettre debout, de renaître même pour certains. A une seule condition : ne pas rester seul, agir collectivement, en amitié. 
 

RCF remercie l’Association Georges Hourdin, partenaire de Vous avez dit fragile?

Tous des humains: un forum avec le collectif Dignité cimetière à Rennes

Tous des humains: un forum avec le collectif Dignité cimetière à Rennes

Vivre à la rue déshumanise. A Rennes, des personnes s'engagent pour rendre à chacun sa dignité, jusque dans la mort. C'est le collectif Dignité cimetière. Forum animé par Anne Kerléo.

"T'as vu, nous on n'a pas le droit d'être enterrés comme les autres." Un jour, Patrick Gallais a entendu cette phrase, poignante, de la bouche d'une personne de la rue, un de ses amis. Patrick Gallais c'est l'un des pionniers du collectif Dignité cimetière à Rennes. Depuis plus de 15 ans, avec différents acteurs (la ville de Rennes, les pompes funèbres...), lui et les membres de Dignité cimetière veillent à ce que les personnes décédées seules et  / ou sans ressources aient une sépulture digne. Pour que les plus pauvres d'entre les pauvres ne soient plus enterrés avec pour seule marque un numéro.

Jean-Claude Guillet et Pierre Varenne, deux prêtres ouvriers ont donné l'impulsion de ce mouvement. Aujourd'hui ils accompagnent, se rendent disponibles, mais ils ne font rien seuls ou à la place des membres du collectif. Au numéro 6 de la rue de l'Hôtel-Dieu à Rennes on se réunit chaque mardi après-midi. Pour travailler ensemble, échanger sur les projets en cours. Et surtout pour se voir, partager ensemble un moment entre amis

Dignité cimetière est constitué de personnes ayant elles-mêmes connu la rue ou la grande précarité. Pour Henri, très marqué par le chômage qui lui a "retiré sa dignité", c'est important de rompre l'isolement en venant au "6" rencontrer "les copains", comme tous se nomment ici. Au "6" il y a les membres de Dignité cimetière, mais aussi d'autres collectifs, nés au fil du temps. Paroles d'exclus, paroles de vivants ou Le sac ma maison, dont la mission est de témoigner de ce que signifie vivre à la rue. Ils espèrent ainsi changer le regard de ceux qui, le plus souvent, passent devant ceux qui font la manche comme s'ils ne les voyaient pas. Au "6", il y a enfin Source vive, la communauté chrétienne du lieu. Ceux qui le souhaitent se retrouvent chaque dimanche pour prier et célébrer ensemble.

Enregistrée à l'Espace Ouest-France à Rennes, par l'équipe de RCF Rennes, l'émission Tous des humains, c'est un peu de la vie du "6" qui se partage. Le "6" c'est le numéro 6, rue de l'Hôtel-Dieu à Rennes. L'adresse du collectif Dignité cimetière. Ceux qui autrefois étaient privés de parole, privés du regard des autres, prennent la parole en public pour dire que chaque vie est digne. D'autres personnes, touchées ou non par la précarité, entrent en dialogue avec eux et apportent aussi leur témoignage.

 

Rendez-vous mensuel, Vous avez dit fragile? donne la parole aux personnes isolées, en situation de précarité, malades... Des personnes que la vie a fragilisées.

Parce que la parole des personnes fragiles doit être entendue, RCF et l'association Participation et Fraternité veulent faire entendre sur les ondes l'espérance que redonne la joie d'être ensemble. Chaque mois, les personnes qui participent à l'émission se réunissent deux ou trois fois dans les semaines qui précèdent la séance d'enregistrement. Le concept de l'émission est porté par la conviction que c'est dans la rencontre que l'on partage, et que pour bien se rencontrer il faut passer du temps ensemble.

RCF remercie l’Association Georges Hourdin, partenaire de Vous avez dit fragile?

 

Emission enregistrée en novembre 2015

 

Patrick Gallais, pionnier du collectif "Dignité cimetière"

Patrick Gallais, pionnier du collectif "Dignité cimetière"

Patrick a vécu 16 ans à la rue. Réinséré dans la société grâce à une main tendue, il lutte à son tour pour la dignité de tous. Il est l'un des fondateurs du collectif "Dignité cimetière".

"Avant 80, on a vu des amis à nous qui étaient mis en terre par 4 porteurs et après on ne pensait plus à eux, presonne n'allait les voir. On a trouvé ça un peu dégueulasse". Ce sont les mots employés par Patrick pour raconter comment est née l'idée du collectif "Dignité cimetière".

Entre l'idée et la mise en place, il a fallu se mettre en route, entreprendre diverses démarches auprès de la municipalité de Rennes notamment. Patrick est allé rencontrer Edmond Hervé, alors maire de Rennes, qui leur a demandé de faire un projet. Depuis ils se sentent "suivis et reconnus" par la municipalité. Et peu à peu, l'action du collectif a pris forme : "Maintenant on enterrre les personnes dignement, avec une sépulture décente, des obsèques dignes, il ne sont pas seuls : on est toujours entre 30 et 50 personnes". De la trentaine de personnes à l'origine du collectif, il en reste 4 aujourd'hui, mais d'autres ont rejoint l'aventure. 

Dans le sillage de "Dignité cimetière" est né le collectif "Paroles d'exclus, paroles de vivants". Parce que des anciens de la rue ont décidé de témoigner pour "changer l'image des personnes à la rue. Parce qu'une personne à la rue c'est une personne debout et digne". Et Patrick est aussi de cette aventure, lui qui a vécu 16 ans à la rue. Même lorsque la vie est moins facile, il garde le cap, il ne perd pas confiance, parce que Jean-Claude, celui qui lui a tendu la main et l'a aidé à sortir de la rue dans les années 80 est toujours là. " J'ai besoin de la parole de quelqu'un d'autre pour avancer" explique Patrick. 

Il livre son témoignage, au micro de Maurice Thuriau de RCF Rennes. 

00:00

00:00

Emission enregistrée en novembre 2015

Philippe Reymond ou l'histoire d'une résurrection

Philippe Reymond ou l'histoire d'une résurrection

Sur ses 40 années de vie, Philippe en a passé 25 ans la rue. Aujourd'hui, il a repris le contrôle de sa vie

La parole de Philippe est de celles qui chamboulent. Philippe, c'est 40 ans de vie, 25 ans de rue, la drogue, l'alcool jusqu'à presque en mourir. Puis trois ans de soins pour en sortir, dont une année d'hospitalisation. Comme une expérience de résurrection. "Quelque chose m'a touché la hanche et m'a dit vis !" raconte-t-il. 

Et tout a changé alors. "J'ai découvert un autre Philippe, j'ai repris contact avec mon fils que je n'avais pas vu depuis 10 ans, avec mon papa qui a failli pourir en mon absence" raconte-t-il.
"Je m'étonne moi-même de vouloir aller tous les dimanche à la prière. Maintenant, je veux essayer à mon tour d'en aider d'autres". Sa force ? Son témoignage, sa parole, qu'il partage via le collectif "Paroles d'exclus, paroles de vivants". "Dernièrement, une dame de 80 ans m'a dit que j'étais beau, pourtant je ne suis pas Tom Cruse ! Ca m'a beaucoup touché" dit-il encore. 

Au micro de Maurice Thuriau de RCF Rennes, il partage cette parole qui, lestée de cette expérience de résurrection, fait mouche et touche tous ceux qui ont la chance de l'écouter. 

00:00

00:00

 

Emission enregistrée en novembre 2015

Dignité cimetière, histoire d'une reconnaissance

Né d'une colère, le collectif Dignité cimetière est le fruit d'une collaboration réussie entre des personnes vivant ou ayant vécu à la rue et la ville de Rennes. récit d'une belle aventure.

C'est d'une colère qu'est né le collectif "Dignité cimetière" à Rennes : en 89, un homme va reconnaître à la chambre funéraire l'un de ses copains mort à la rue. Il constate qu'on l'a laissé dans "ses habits sales" et qu'il n'y a pas eu de toilette mortuaire. C'est le déclic pour un groupe d'une trentaine de personnes, vivant ou ayant vécu à la rue : l'idée de "Dignité cimetière est née", il faudra ensuite plusieurs années pour que le projet prenne une forme concrète. A l'occasion d'une nouvelle étape pour le collectif en novembre 2015, Etienne Pépin et Maurice Thuriau de RCF Rennes nous invitent à rencontrer quelques acteurs qui ont participé à sa mise en place. 

00:00

00:00

 

Contre toutes les nuits noires

Contre toutes les nuits noires

Joël est membre du collectif "Dignité cimetière". Il a écrit ce texte qui dit la force du faire-ensemble et du vivre-ensemble pour vaincre la fatalité et la solitude.

Contre toutes les nuits noires, 
Celles des jeunes en fugue qui n'espèrent plus rien,
des femmes qui s'enfoncent dans des jours trop vides, 
celles des gens qui se suicident lentement dans l'alccol.
Contre les nuits solitaires, effrayantes, haineuses, des pays sous les mitrailleuses ou les bombes,
ou sous la trilogie boulot, dodo, métro.

Contre toutes les nuits noires, 
il reste à opposer la couleur d'un regard attentif. 
Contre les murs, contre les nuits,
il reste encore des affiches à coller :
assez, assez de sang, de pages rouges, 
regards bleus contre toutes les nuits. 

Restent encore des portes quxquelles il faut sonner,
jusqu'à ce que les gens les ouvrent, 
jusqu'à ce qu'ils sortent de leur nuit, 
jusqu'à ce qu'ils s'appellent camarades. 

Leur as-tu dit que Dieu a besoin d'eux pour continuer à croire ? 
Tu ne les juges pas, tu les aimes comme ils sont,
tu les aimes et ils aiment, et ils décident d'agir parfois.

Contre toutes les nuits noires, 
il suffit d'une rencontre, d'un regard, d'un silence ou d'un mot, 
La nuit contre la nuit, la page devient blanche,
devient espoir, lumière,
devient vie,
devient foule,
devient rencontre. 

 

"Quand on n'a pas été aimé enfant, c'est difficile d'aimer les gens"

Enfant battu, Patrick Guéhennec a connu l'échec scolaire puis a vécu 25 ans à la rue. Grâce aux collectifs du 6, il a trouvé la foi... en Dieu et en la vie, même si la peur du rejet demeure.

"Je tendais la main, sur le trottoir et j'ai vu trois personnes venir vers moi. On a parlé... comme des éducateurs quoi. Ca m'a donné une petite étoile et ça a fonctionné. Je suis rentré dans leur jeu et ça a fait une amitié de trente ans ". C'est ainsi que Patrick raconte sa rencontre avec des membres des collectifs du 6. Régulièrement, les prêtres ouvriers, Jean-Claude Guillet et Pierre Varenne, avec d'autres, vont à la rencontre des personnes vivant dans la rue à Rennes. Pour Patrick, cette rencontre a mis fin à 25 ans de rue et d'aclcool et lui a ouvert la porte de l'amitié, vécue avec "les copains" des collectifs du 6. Il témoigne au micro de Maurice Thuriau de RCF Rennes. 

00:00

00:00



 

"Les personnes de la rue m'ont transformé intérieurement"

Pierre Navarre est prêtre ouvrier à Rennes. Il est l'un des 10 "compagnons de route" des collectifs du 6, ces groupes composés de personnes ayant vécu à la rue. Une vraie richesse pour lui.

L'équipe de 10 personnes dont fait partie Pierre Navarre, s'est fixé pour mission d'aller deux fois par semaine à la rencontre des personnes qui vivent dans la rue à Rennes. "Parce que ces ont des êtres humains comme nous, qui ont besoin d'être écoutés, de dialoguer, d'être considérés comme des hommes", explique-t-il. 

Et puis, pour poursuivre la route avec ces personnes, les 10 les accompagnent aussi au sein des collectifs qu'ios ont créés. "On n'est pas des animateurs, on est des compagnons de route" explique Pierre qui ajoute : "toutes les choses nées ici sont nées avec eux et à partir d'eux". Par exemple, la communauté de croyants "Source vive" est née de la demande d'un homme qui vivait à la rue et qui a dit : "ce serait bien qu'on prie ensemble le dimanche matin". Même chose pour les collectifs "Dignité cimetière", "Paroles d'exclus, paroles de vivants" et "Le sac ma maison". 

Pour Pierre, ce compagnonnage est source de vie, d'enreichissement personnel : "ils m'ont rendu plus humain et plus croyant, parce que, dépouillés de tout, ils ont découvert l'être humain qu'ils étaient et ils en témoignent. Ils m'ont transformé intérieurement". 

Maurice Thuriau de RCF Rennes a recueilli son témoignage. 

00:00

00:00

Les collectifs du 6 à Rennes, une grande famille

Membre du collectif "Dignité cimetière" et de la communauté "Source vive" depuis 2010, Jean-Louis Macé témoigne de ce qu'il vit dans ces groupes. Pour lui ce sont de nouveaux liens.

Jean-Louis Macé a rejoint le collectif "Dignité cimetière" de Rennes en 2010, après avoir connu lui-même des difficultés qu'il évoque pudiquement en disant : "j'ai galéré pas mal". Au micro de Maurice Thuriau de RCF Rennes, il explique quelle est l'action du collectif et témoigne de ce qu'il vit au sein du groupe. Il évoque aussi "Source vive", communauté des croyants des différents collectifs du 6 rue de l'Hôtel Dieu à Rennes. 

00:00

00:00