La lutte contre la pauvreté exige un changement de l'opinion publique

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Le Temps de le dire

jeudi 14 avril 2016 à 9h03

Durée émission : 55 min

Le Temps de le dire

© CyrilBADETCIRIC - Décembre 2015, une maraude de l'association United à Argenteuil

Le constat est unanime: les inégalités augmentent. Pour stopper la spirale de la misère, il est nécessaire de mettre fin aux préjugés sur les pauvres, disent les invités de Stéphanie Gallet.

Depuis la crise de 2008, les inégalités n'ont cessé de se développer dans notre pays, les bénévoles du Secours catholique l'ont constaté en Ile-de-France. "Ce qui est grave c'est que cette fracture qui existe s'intensifie", s'inquiète Hervé Le Souich. Il a d'ailleurs publié un rapport en février 2016, "La fracture territoriale - Analyse croisée des inégalités en Iles-de-France". Etude partie d'un constat: "dans les lieux de grande pauvreté cela devient de plus en plus difficile, on a l'impression d'être de plus en plus dépassés par les événements, que l'ensemble de l'univers associatif n'y arrive plus". Cela s'explique notamment par un effet de concentration, "la pauvreté appelle la pauvreté".

"Il ne faut pas désespérer des riches, disait le père Wresinski, il ne faut pas désespérer des pauvres non plus!"

 

Le père Joseph Wresinski disait que les premiers à lutter contre la misère sont ceux qui la vivent, "à résister, à ne pas vouloir se laisser traiter n'importe comment", explique Bruno Tardieu. En France, les gouvernements se succèdent et, sans trop y croire, tentent d'accompagner les plus pauvres et de les faire sortir de cette spirale mortifère. Le fondateur d'ATD Quart Monde disait aussi: "Tout un chacun y peut quelque chose".
Depuis début mars 2016, la polémique enfle dans le XVIè arrondissement de Paris autour de la construction éventuelle d'un centre d'hébergement d'urgence. "Ça me touche mais moi je suis né là", confie le directeur du Centre Joseph-Wresinski, qui ajoute: "il ne faut pas désespérer des riches, disait le père Wresinski, il ne faut pas désespérer des pauvres non plus!".

Sans une opinion publique favorable, les politiques publiques ne peuvent se mettre en place.

 

Face à l'ampleur de la pauvreté en France, certains n'ont pourtant pas baissé les bras. Pour Michel Dollé il est faux de dire qu'on a tout essayé: "il est possible de provoquer un certain nombre de transformations sociales, malgré toutes les difficultés budgétaires dans lesquelles nous sommes, pour réduire le risque de pauvreté". L'économiste a été comparer la situation de la France à celle des autres pays d'Europe de niveau de développement comparable, ayant des taux de pauvreté "nettement plus faibles que la France". S'il entrevoit une possiblité d'agir, il souligne toutefois que sans une opinion publique favorable, les politiques publiques ne peuvent se mettre en place. Et pour que l'opinion publique évolue, il faut mettre à mal les préjugés sur la misère. "On dit souvent que les pauvres transmettent la misère mais les riches ou les classes moyennes transmettent à leurs enfants des préconceptions sur la misère qui fait que l'on ne s'en sort pas", constate Bruno Tardieu. Et si on entendait vraiment les gens qui vivent la misère? "On remplace leur silence par un nombre de fantasmes hallucinant".

 

VOUS AVEZ DIT FRAGILE? Une émission qui donne la parole aux personnes en situation de précarité
Sous la forme d'un forum accompagné et animé par Anne Kerléo, elle donne la parole aux plus fragiles, précaires, malades, détenus, isolés, et ouvre un temps de liberté ou les expériences peuvent se partager dans le respect de la parole de chacun.
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Invités

  • Hervé du Souich , président de la délégation du Secours catholique d'Ile-de-France et des Yvelines

  • Michel Dollé , économiste, rapporteur général du Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale

  • Bruno Tardieu , membre d'ATD Quart Monde, codirecteur du Centre international Joseph-Wresinski

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L'émission

Tous les jours du lundi au vendredi à 9h03

La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.