A la rue, sans nom et sans histoire: lutter contre l'anonymat des personnes exclues

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Le Temps de le dire

mercredi 29 juin 2016 à 9h03

Durée émission : 55 min

Le Temps de le dire

© Cyril BADET/CIRIC

Avec l'été la solitude des personnes exclues s'intensifie. L'occasion de redire le combat d'associations pour leur redonner un nom, une histoire. On en parle avec Stéphanie Gallet.

Comme tous les ans, le collectif Les Morts de la Rue a rendu hommage, samedi 18 juin 2016, aux personnes mortes dans la rue et l'indifférence, au cours de l'année précédente. Lors d'une émouvante cérémonie, des noms ont été lus un à un à haute voix, place Joachim-du-Bellay en plein Paris, près de la fontaine des Innocents. Le journal La Croix a publié leurs noms dans ses pages.

Dire que "leur vie n'est pas foutue", c'est un peu ce que veut faire le pape François. Du 11 au 13 novembre 2016, 6.000 personnes en situation d’exclusion sont attendues à Rome pour célébrer la clôture de l'Année de la Miséricorde. En France c'est l'association Fratello qui s'occupe d'organiser le voyage. Son porte-parole, François le Forestier, se dit surpris du "vrai désir" que suscite l'invitation, de la part de personnes que l'on pourrait croire déconnectées. Son association pourra s'appuyer sur son expérience puisqu'en 2014, ils avaient été 200, dont 150 personnes exclues, à partir en pèlerinage.
 

 

Des personnes "sans A" - comme sans attention, sans avenir, sans abri, sans amis... - mais pas sans histoire. Martin Besson (21 ans) a mis à profit ses talents de futur journaliste pour créer le site sans-a.or. Une intuition qu'il a eue à 18 ans quand, après avoir partagé durant une journée les conditions de vie des SDF, il s'est rendu compte que ces personnes anonymes que l'on regarde de biais voire pas du tout, ont chacune une histoire, un passé, des goûts, des envies... Son site Internet est fait de noms sur des visages, d'histoires que l'on ne pourrait pas soupçonner autrement qu'en les écoutant.
 
©sans-a.org

 

Rendre hommage et s'indigner - parce que "cela va ensemble", précise Nicolas Clément - c'est aussi une façon de redonner une histoire aux personnes exclues. Le collectif Les Morts de la Rue, qui rassemble une quarantaine d'associations, comme (le Secours catholique, Les Restos du cœur, Aux captifs, la libération, la Bagagerie d'Antigel, Cœur du Cinq, etc.) veille à donner une sépulture digne à ces morts pour qu'ils ne soient plus anonymes. Puisque de leur vivant on n'aura pas su dire qui ils étaient, au moins dans la mort ils seront accompagnés.
 


©Les Morts de la Rue

 

En 2015, le collectif a recensé 497 personnes mortes dans l'exclusion et l'anonymat. Difficile cependant de savoir précisément combien meurent chaque année dans ces conditions... "En travaillant avec l'Inserm, on pense que le chiffre réel tourne autour de 2.800 personnes", observe Nicolas Clément.

A la rue on meurt 30 ans trop tôt, à 49,6 ans en moyenne (contre 80 ans en moyenne en France), comme le martelle le collectif Les Morts de la Rue. Sur les 141.500 personnes recensées comme sans domicile par l'Insee - qui ne compte pas ceux qui vivent en bidonville - les deux tiers vivent en hébergement et un tiers est à la rue ou en hébergement de très courte durée.

 

Invités

  • Martin Besson , fondateur et directeur de la publication du site sans-a.org | Twitter @MartinBesson_

  • Nicolas Clément , président du collectif Les Morts de la Rue | Twitter @Mortsdelarue

  • François Le Forestier , porte-parole de l'assocation Fratello

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Tous les jours du lundi au vendredi, à partir du lundi 4 septembre 2017

La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.