Traiter le manque de neige : un signe des temps révolus

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La chronique Écologie

mardi 18 février à 7h20

Durée émission : 3 min

Traiter le manque de neige : un signe des temps révolus

Les records de douceur tombent et les stations de ski ont une drôle de façon de s’y adapter.

C’est la photo écologie du week-end en effet : des stations un peu partout, notamment à basse altitude qui font venir de la neige en camion voire en hélicoptère, pendant que les fleurs s’ouvrent et que les cigognes remontent vers le nord. On croit un peu rêver. Les stations avec leurs allures de villes champignons en béton dans la montagne, l’énergie folle dépensée pour créer et entretenir les pistes, maintenant la neige à faire venir d’ailleurs : tout est artificiel, on dépense l’énergie sans compter. Ce côté nez dans le guidon, incapable de changer de logiciel a quelque chose de fascinant.

Les stations répondront qu’elles font vivre l’économie montagnarde.

Il faudrait faire le bilan, parce que ces apports de neige coûtent une fortune et en plus contribuent à l’émission de gaz à effet de serre qui cause le réchauffement et l’absence de neige. On est au fond de l’absurde. Et pas plus tard que cette semaine est paru un dossier montrant que les sports d’hiver traditionnels attirent de moins en moins, et c’est normal : ce côté ville à la montagne, usine à loisirs, ce n’est plus du tout la mode.

D’autres territoires montagnards qui n’ont pas connu ça et ont conservés des paysages préservés, aujourd’hui, s’en sortent très bien grâce à l’absence des stations et de tous leurs équipements, je pense par exemple à certaines vallées du Queyras ou du Briançonnais sans parler des massifs moins élevés. Ici encore on a un archétype qui persiste, la croyance que le progrès, c’est le béton, le bulldozer, les machines. Ce n’est pas du tout une fatalité.

A l’échelle des enjeux climatiques mondiaux, la déconfiture du ski, c’est très symbolique mais peut-être anecdotique ?

Pas tant que ça. On y voit déjà la difficulté à sortir de nos sentiers battus en termes de « développement », alors même que ces autres chemins sont là devant nous. On n’aime pas revenir en arrière même quand c’est à l’évidence ce qu’il faut faire. En ce sens, chacun de nous est parfois une station de ski qui importe de la neige. On l’est chaque fois qu’on s’entête dans un choix individuel ou citoyen qu’on sait écologiquement désastreux – parce que l’information ne manque vraiment pas.

L’habitude, la facilité nous entraînent vers des comportements qui sont de la même manière des commandes de neige sur Amazon en 1-clic. Ce qui veut dire qu’il y a une bonne nouvelle, c’est que le chemin écologique est un chemin d’inventivité et de créativité. La remontée mécanique, c’est comme le plat sous cellophane, c’est du tout prêt, c’est simple, mais pas fameux, ni passionnant. Ça vaut le coup d’y renoncer.

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Le présentateur

Johannes Herrmann

ornithologue, auteur avec Mahaut Hermann de La Vie Oubliée Crise d’extinction Agir avant que tout s’effondre Edition Première partie Membre de la rédaction de la revue Limite http://revuelimite.fr/ sur Twitter : @Taigasangare