Vendredi noir - Et vivre simplement, c'est possible ?

© Sharon McCutcheon / Unsplash - Black Friday, chasse aux bonnes affaires ou course à la surconsommation ?

En ce vendredi 23 novembre, difficile d'y échapper, #blackfriday est partout, synonyme de bonnes affaires, de réductions monstres... Mais sans doute aussi de : "il y a urgence à consommer". Et si c'était l'occasion de repenser nos habitudes de consommation ?

Hyper-consommation, le mal du siècle

Hyper-consommation, le mal du siècle

Quand la société bascule dans l'hyper-consommation elle fait passer le consommateur avant l'homme qui pense, qui aime, qui prie, qui s'engage. On en parle avec Stéphanie Gallet.

La montée du fondamentalisme religieux, les revendications identitaires... les symptômes d'une même maladie? Philippe Moati fait un lien troublant entre les attentats du 7 janvier 2015, ses causes, et tout ce que l'on observe de l'ordre de la pulsion individualiste. Pour lui, le diagnostic est sans appel: la société occidentale est bel et bien malade de son hyperconsommation. "Peut-être que l'on voit ici les limites d'une société non pas de consommation mais d'hyperconsommation", explique-t-il.

La consommation n'est pas un mal en soi - il convient de le rappeler. Elle est d'ailleurs "un aboutissement de l'activité économique et un des moteurs de la croissance dans une économie capitaliste", souligne l'économiste. Ce que Philippe Moati dénonce dans son dernier ouvrage c'est "l'hyperconsommation". C'est-à-dire ce qui fait passer le consommateur avant l'individu, le citoyen, le penseur, l'homme agissant, l'homme engagé pour la cité. Dans une société d'hyperconsommation, les individus forgent leur identité à travers des modèles diffusés par des techniques marketing. "Des constructions identitaires extrêmement fragiles". Et qui montrent leur faille quand la société va mal.

Changer de téléphone tous les deux ans, de voiture tous les quatre ans, investir dans le nouvel écran plat incurvé, faire les soldes en janvier et en juin... Le shopping et le divertissement s'introduisent dans tous les interstices des emplois du temps. Est-ce le bonheur que l'on cherche? En mai 2013, on a vu circuler sur Internet de nombreuses vidéos montrant ces ruées de clients dans les différents magasins Virgin de France. Hédonisme, présentisme, plaisir immédiat. La société de l'hyperconsommation s'organise selon des "comportements individuels pétris de la figure du consommateur roi, un acteur toujours en train de chercher son intérêt privé".

"Rendre aux hommes une signification spirituelle. On ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés. On ne peut plus vivre sans poésie, couleur, ni amour, en travaillant pour les seuls biens matériels." HUBERT, AUDITEUR DE RCF A GRENOBLE

 

"Il ne faut pas que la consommation nous fasse rater l'essentiel". C'est un économiste qui le dit. L'essentiel c'est quoi? La poésie, l'art, la culture, mais aussi les amis, la spiritualité... Pour Philippe Moati, qu'importe le domaine pourvu qu'il ait du sens. Et que l'on sache se passionner. Il y aura toujours à portée de main un petit plaisir plus immédiat que celui procuré par la lecture d'un poème, l'écoute d'un silence, la marche en montagne ou le jardinage. Dans notre société d'hyperconsommation et d'abondance de biens, découvrir quelle est notre véritable identité passe par l'apprentissage du refus.

Sortir de la peur de manquer

Sortir de la peur de manquer

Consommer plus et plus vite. De quoi notre peur de manquer est-elle le signe? La psychanalyste Nicole Fabre observe la façon dont nous tentons de répondre à notre peur du vide.

Le chariot du supermarché rempli à ras bord, celui-ci pressé le casque sur les oreilles, celle-là qui grignote devant la télé... L'heure est à la vitesse et au remplissage. C'est ce qu'observe Nicole Fabre, qui analyse cette course collective dans "Peur de manquer - L'angoisse du manque" (éd. In Press).

 Et si finalement, notre volonté de remplir nos vies à outrance n'était pas notre manière de combattre cette peur du vide ?

 

Vitesse et consommation, de quoi sont-elles les symptômes ?

De nos jours, il faut posséder, accumuler, se dépêcher de posséder, ou de profiter de quelque chose, comme si c'était la dernière fois, comme s'il ne fallait pas rater le coche. Dans cette dynamique, on se gaver d’images, de son, de nourriture, de sport, de voyage ou de travail, comme si nous avions perdu le goût d’autres espaces, plus larges, et qui paraissent, à tort, plus vides. Comme les espaces de l’intériorité, de l'esprit, de l'âme.

Nicole Fabre explique que nous mettons en place de nombreuses petites stratégiques qui nous empêchent de penser au manque, pourtant fondamental et qui nous constitue. La peur du vide se manifeste beaucoup plus dans la manière dont on le cache. On évite le vide, on le cache. On fait n'importe quoi pour faire du remplissage.

 



 

Combattre la peur du vide

Dès le moment où on prend conscience qu'on est mortel, que le lendemain est incertain, ce vide commence à apparaître. Cette angoisse s'associe à une peur d'avoir perdu nos racines. Le petit bébé fait une expérience énorme de séparation d'avec son milieu protecteur. Nous sommes des êtres manquants.

Dans cette société, le silence, la rêverie, la solitude, n'occupent plus de place, ou bien très peu. Des mots que l'on assimile souvent au vide, au néant, et qui nous angoissent. Et si finalement, notre volonté de remplir nos vies à outrance n'était pas notre manière de combattre cette peur du vide ?

 

Émission enregistrée en octobre 2016

 

 

La sobriété heureuse expliquée par Pierre Rabhi

La sobriété heureuse expliquée par Pierre Rabhi

Pionnier de l'agroécologie, Pierre Rabhi est un résistant de la première heure. Il invite à sortir du mythe de la croissance infinie. Il répond à Béatrice Soltner.

Petit homme au visage buriné, le regard rieur... Pierre Rabhi est un résistant de la première heure. Installé en Ardèche depuis les années 60, il a mis au point une agriculture respectueuse de l’environnement. Ce fils de forgeron algérien poursuit son chemin d’éveilleur de conscience. Paysan, penseur, écrivain et conférencier, le pionnier de l’agroécologie a publié "La puissance de la modération" (éd. Hozhoni). Il nous invite à sortir du mythe de la croissance infinie et défend un nouveau paradigme fondé sur une révolution intérieure visant à vivre en harmonie avec la planète qui nous nourrit.
 

"Si nous étions dans une posture de modération nous serions plus heureux"

Pierre Rabhi dénonce une agriculture "entièrement dévoyée", une condition animale "abjecte" et "hors de toute morale". Une vision qui a selon lui pour origine l'amour de l'argent, qui détruit notre relation à la vie. Et au plus profond de l'homme, Pierre Rabhi pointe cette peur de la mort qui nous habite et qui nous amène à sortir de la sobriété heureuse.

 

Emission enregistrée en novembre 2015

Critique de la société du déchet: ce que nos détritus disent de nous

Critique de la société du déchet: ce que nos détritus disent de nous

Existe-t-il un bon déchet? Quand on voit la "grande soupe" de restes qu'est devenu l'océan, les Homo detritus que nous sommes ont intérêt à repenser leur façon de produire du déchet.

Homo detritus, la face cachée de l'Homo œconomicus? Qu’ils soient stockés dans les décharges, éparpillés à la surface des océans ou dispersés dans l’air sous forme de particules fines, les déchets sont partout. Plastiques, radioactifs, chimiques... ces restes de nos sociétés technico-industrielles, fermement dénoncées par le pape François dans son encyclique Laudato Si', sont les symptômes de notre monde. Un monde qui produit toujours plus et qui tente d’enfouir ses restes. Des questions au cœur de l'essai passionnant signé Baptiste Monsaingeon, "Homo detritus" (éd. Seuil).
 

Avant le tournant du XIXe siècle, les déchets, qui étaient principalement organiques, constituaient une sorte de bien commun, d'une façon ou d'une autre on les réutilisait

 

SEPTEMBRE, LE MOIS DE LA CRÉATION SUR RCF - Du 1er septembre au 4 octobre 2017, RCF  vous propose une programmation spéciale. C'est en 2007, lors de la 3ème assemblée œcuménique chrétienne réunie à Sibiu en Roumanie, qu'a été lancée l'idée d'un "Temps de la Création". La Journée de prière pour la création a, elle, été créée en 1989 par le patriarche œcuménique de Constantinople, Démétrios Ier. L'association Oeko-logia la célèbre depuis 2009. Quant à l'Église catholique, elle l'a officiellement instituée en 2015.
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du déchet bien commun au détritus qu'on oublie

Mais il faut remonter à la fin du XIXe siècle et à l'émergence de la pensée hygiéniste, pour comprendre ce qui se joue dans l'évolution de notre rapport au déchet. Quand le préfet Eugène Poubelle (1831-1907) invente la désormais célèbre poubelle, "il donne naissance à l'homo detritus", selon Baptiste Monsaingeon.

En effet, dès lors que le déchet est enfermé dans une décharge ou qu'il est mis à part, il devient non plus un "à soi" mais un "à part soi", selon l'expression du philosophe Cyrille Harpet. C'est-à-dire que l'on y pense plus. Avant le tournant du XIXe siècle, les déchets, qui étaient principalement organiques, constituaient une sorte de bien commun, d'une façon ou d'une autre on les réutilisait. Interdit au XIXe siècle, le métier de chiffonnier procurait du travail à plus de 500.000 personnes entre 1850 et 1900. Des chiffonniers qui "participaient à la mise en circulation des restes".

 



 

États-unis, la naissance de l'usage unique

Aux États-Unis, quand on a voulu simplifier la vie de la ménagère, on a valorisé l'acte de jeter à la poubelle ses détritus, comme on jette ses problèmes ménagers. Baptiste Monsaingeon parle de "libération culturelle de l'individu." Tout a commencé avec l'apparition au milieu du XIXe siècle du col jetable, comme l'a montré l'historienne Susan Strasser, qui a beaucoup travaillé sur l'invention de la jetabilité. En remplaçant les cols de chemise en coton par ceux en carton, on a ouvert la voix aux serviettes, aux couches jetables, etc. Jusqu'aux emballages à usage unique, qui aujourd'hui "posent très clairement question à ceux qui étudient les déchets".

 



 

le déchet, histoire d'un refoulé qui refait surface

On parle souvent du continent plastique, le fameux 7e continent flottant. En 2009, à bord d'un voilier, Baptiste Monsaingeon est allé voir de plus près cette réalité. Il a participé à la première expédition dédiée à l’identification de concentrations de débris plastique en Atlantique Nord. "Une grande soupe" de déchets comme un retour du refoulé, ce dont on cherchait à se débarrasser, loin de notre champ de vision, qui est bel et bien là. Dans les océans mais pas seulement. Des traces indélébiles, souvent infimes, de notre présence sur terre.

 

Entretien réalisé en mai 2017

 

Vivre simplement, de l'effet de mode à la (vraie) conversion

Vivre simplement, de l'effet de mode à la (vraie) conversion

Simplicité, minimalisme, manger bio local et de saison. La sobriété a beau être à la mode elle n'a jamais été autant difficile à vivre. Conseils pour amorcer une vraie conversion écologique.

Aujourd'hui, on mange bio, on est pour le zéro déchet, mais on utilise le téléphone dernier cri... la sobriété n'est-elle qu'un effet de mode ? Et derrière cela, n'est-on pas pris dans quelque chose de décidément compliqué ? "Pas si facile d'être simple", c'est le dossier que signe la journaliste Maryline Chaumont pour le numéro de mars de Panorama.
 

La simplicité "ça se construit peu à peu dans le quotidien et ça se reçoit"

 

LA SOBRIÉTÉ, LE THÈME DU CARÊME 2018 - Ce mercredi 14 février commence le Carême, une période de 40 jours pendant laquelle les chrétiens se préparent à la fête de Pâques, la résurrection du Christ. Cette année pour le Carême, nous vous invitons à méditer le thème de la sobriété.
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La simplicité peut-elle être à la mode ?

Le Carême, depuis 2.000 ans, c'est le temps de la simplification pour les chrétiens. On peut difficilement parler d'effet de mode ! Sauf qu'en 2018, cela répond pourtant à de réelles préoccuations contemporaines. En 2015, avec Laudato si’, le pape François encourageait à une conversion intégrale, faisant un lien direct entre écologie et spiritualité.

C'était la première fois qu'une encyclique recevait un tel écho en dehors de l'Église, et notamment chez les écologistes non chrétiens. Du côté des fidèles, le pape venait à bout de certaines craintes vis-à-vis d'une vision idéologique totalisante de l'écologie ou d'un militantisme de la simplicité. "Ça pourrait vite devenu une idole, ou une idéologie, concède Alexis Voizard, mais cette conversion écologique, elle est certes environnementale, mais elle est également humaine et spirituelle."

 



 

La sobriété, De l'idée à l'action

Les journées sans voiture, sans smartphone ou sans déchet, aussi incitatives soient-elles, n'en restent pas moins détachées de la réalité quotidienne de nos vies. Difficile pour une famille nombreuse de ne produire aucun déchet ! Aussi pour entrer dans une conversion écologique il faut un déclic, une prise de conscience comme le dit Jean Aubin, mais aussi se dire que la simplicité "ça se construit peu à peu dans le quotidien et ça se reçoit", observe Maryline Chaumont.

Son déclic, Alexis Voizard l'a eu d'abord eu grâce à Laudato si'. "Ça nous a clarifiés dans les enjeux sur ce sujet et ça nous a fait prendre conscience qu'on ne pouvait pas unifier notre vie en faisant abstraction de ce sujet de l'écologie intégrale." Puis il y eut le coup de pouce avec le film documentaire "Demain" (2015). Dans "Comment sauver la planète à domicile" (éd. L'Emmanuel), qu'il a co-écrit avec sa femme Adeline, le père de famille explique comment, à partir de son verre à dent - dont l'usage permet de consommer moins d'eau dit-il - il en est venu à modifier ses habitudes de vie. Compost, achats responsables ("et pas que bio"), recyclage des ampoules... Autant d'habitudes changées les unes après les autres, certes "triviales" mais sources de "joie de poser ces actes justes et bons".

 



 

L'écologie, le bon combat

Et comme le rappelle Jean Aubin, "il ne faut pas se tromper de combat". On peut adopter des petits gestes respectueux de l'environnement toute l'année, si l'on part en avion à l'autre bout du monde pour les vacances on ne fait que multiplier son empreinte écologique ! Une remarque qui incite à approfondir nécessairement le sujet. L'écologie est un sujet de justice sociale. Pour Jean Aubin, auteur de "Sobriété et solidarité" (éd. Salvator) : "La solidarité passe par la sobriété chez les plus riches." À chacun de prendre conscience que la solution passe aussi par lui.

Le Happy Planet Index 2017 plaçait le Costa Rica en tête des pays où on est le plus heureux. Le Costa Rica - et non la Suisse, les États-Unis ou la Norvège - de quoi rassurer ceux qui auraient peur de manquer. "Les études faites sur le bonheur et la croissance de la consommation, montrent qu'à partir d'un certain niveau de consommation, consommer plus ne sert à rien sur le plan du bonheur, du bien-être", rappelle Jean Aubin.

 

Émission en partenariat avec Panorama

 

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