Violences obstétricales, la fin d'un tabou

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Le Temps de le dire

lundi 16 octobre 2017 à 9h03

Durée émission : 55 min

Violences obstétricales, la fin d'un tabou

© Photo by freestocks.org on Unsplash -

Depuis les propos de Marlène Shiappa le débat enfle sur les violences obstétricales. Et si c'était une certaine médecine qui était visée, où la technique prend le pas sur l'écoute?

Épisiotomie imposée, actes gynécologiques irrespectueux, propos déplacés et humiliants... Sur les violences obstétricales, depuis cet été la parole des femmes se libère. Lundi 24 juillet, Marlène Shiappa a pris la parole au Sénat et avancé le chiffre de 75% d'épisiotomies en France. Un chiffre remis en cause par la suite mais qui a relancé un sujet qui couvait depuis de longs mois. Le 5 octobre 2017 est sorti en librairie "Le livre noir de la gynécologie" (éd. First) de la journaliste et documentariste Mélanie Déchalotte. Si le débat est houleux, il a le mérite de questionner la façon dont la médecine se pratique au XXIè siècle.
 

"Ce mouvement contre les gynéco s'inscrit dans un mouvement plus large de montée en puissance des usagers de la santé"

 

jeunes gynéco, "Nous ne sommes pas des bourreaux"

Parmi les professionnels du secteur on vit assez mal ce qui est perçu comme un "gynéco-bashing". Le 12 septembre, dans une lettre ouverte, de jeunes gynécologues ont employé des termes forts, "nous ne sommes pas des bourreaux". Les chiffres annoncés par la secrétaire d'État ont d'ailleurs été reprécisés par de nombreux médias, qui ont repris les chiffres de l'Inserm: en 2010 le nombre d'épisiotomies était autour de 27%.

Les observateurs s'étonnent de l'ampleur du débat. Même à la Société d'histoire de la naissance, que préside l'historienne Marie-France Morel, on s'en étonne. "Il faut aussi modérer ces plaintes qu'on entend maintenant sur les réseaux sociaux", pour Marie-France Morel, qui avance un autre chiffre de l'Inserm: "88% des femmes sont contentes de leur accouchement".

Parmi les arguments avancés, certains dénoncent les effets d'une société patriarcale et d'une domination masculine. Or "aujourd'hui 75% des gynécoloques sont des femmes", observe Pierre Bienvault, auteur de l'article "La parole se libère autour des « violences » obstétricales", publié dans La Croix. Des femmes qui pour la plupart ont choisi ce métier pour aider les femmes et qui sont par ailleurs de la même génération que ceux qui prennent la parole sur les réseaux sociaux.

 



 

La relation patient-praticien, enrichir le débat

Les violences obstétricales, "un sujet qu'on avait vu venir", explique Hélène Carrère, administratrice du Ciane (Collectif interassociatif autour de la naissance). Pour Pierre Bienvault, "ce mouvement contre les gynéco s'inscrit dans un mouvement plus large de montée en puissance des usagers de la santé". À travers ce débat ce qui est mis en cause c'est la relation patient-praticien.

"La parole ne se libère pas contre une profession, mais contre des pratiques", pour Alba Horvat. Et par "pratiques" elle entend déclenchement de la naissance ou injections abusives d'Ocytocine, etc. Si le praticien parfois se focalise sur l'aspect techique des actes, c'est parfois au détriment d'une qualité de présence et d'écoute que le patient attend.

Et si les professionnels de santé souffraient eux aussi de la généralisation de certaines pratiques? Pour la porte-parole de la Fondation des femme, ce type de débat peut être bien accueilli par les professionnels de santé eux-mêmes. Le guide juridique proposé par la Fondation des femmes à destination des femmes enceintes a ainsi été mis au point avec des sage-femmes, des gynécologues et des associations. Il vise à aider les femmes enceintes à connaître leurs droits - on peut le télécharger sur le site de l'association.

 

Invités

  • Pierre Bienvault , journaliste pour le quotidien La Croix, spécialiste des questions de santé

  • Alba Horvat, élève avocate, porte-parole de la Fondation des femmes

  • Hélène Carrère, administratrice du Ciane (Collectif interassociatif autour de la naissance)

  • Marie-France Morel, hsitorienne, spécialiste de la naissance, maître de conférences honoraire à l'ENS de Fontenay-Saint-Cloud, présidente de la Société d'histoire de la naissance

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L'émission

Le samedi à 12h et le dimanche à 23h

La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.